24 Juil 2018

Deafheaven – Ordinary Corrupt Human Love (2018)

Album : Ordinary Corrupt Human Love

Style musical : post black metal

Compagnie : Anti Records

NOTE: 7/10

Le groupe originaire de San Francisco, Deafheaven, est de retour avec un nouvel album de 7 titres, intitulé Ordinary Corrupt Human Love, leur 4e en carrière.

Le titre de ce nouvel opus est inspiré du roman The End Of The Affair (1951) de l’auteur britannique Graham Greene, qui met en scène un triangle amoureux. Le magazine Rolling Stone décrit leur style comme un « mélange de black métal, de shoegaze et de post-rock qui cherche à repousser les limites » et d’autres sources, comme du « post-black métal ». Bien que ce soit deux excellentes descriptions, pour ma part – pour cet album du moins –, j’y ai vu des similarités entre le groupe post-rock texan Explosions In The Sky – surtout au niveau de l’instrumentation – et le groupe black métal norvégien Mayhem – pour ce qui est du style vocal.

Chose certaine, Deafheaven est un groupe qui n’a pas froid aux yeux. L’idée de marier l’esthétique post-rock avec celle du black métal est pour le moins risquée, voir suicidaire. Pourtant, à l’écoute de l’album Sunbather, sorti en 2013, le résultat de cet assemblage atypique nous a paru consommé et tout à fait limpide, si bien que Sunbather fut amplement célébré tant par la critique que les fans. Par contre, avec ce dernier opus, Ordinary Corrupt Human Love, le résultat est moins saisissant et le mariage entre colère et espoir, moins réussi. En fait, à mon avis, cet album souffre en majeure partie de la maladie des clichés post-rock. Les passages plus atmosphériques ressemblent énormément à d’autres déjà entendus chez d’autres groupes : mêmes sons de guitares, mêmes rythmes de batterie et subtils changements de tempo. Il serait peut-être temps de passer à autre chose ou, au moins, de tenter de renouveler la recette. On dirait que les membres de Deafheaven se sont pris les pieds dans leurs influences. À un point tel, qu’en définitive, ils perdent un peu de leur identité propre et c’est dommage.

Personnellement, je pense que tout le génie de Deafheaven, se situe dans leur approche conceptuelle du mélange des genres. C’est-à-dire, qu’au lieu de nous proposer deux styles en alternance ou de passer d’un passage lourd à un passage doux, en utilisant les dynamiques par exemple – ce qui aurait été la marche à suivre pour la plupart des groupes –, eux décident de les superposer un sur l’autre, ce qui donne souvent au final une musique souvent douce et apaisante, sans être sirupeuse, alignée sur des parties vocales sombres, rauques et agressives. Génial! Malheureusement, sur Ordinary Corrupt Human Love, cette caractéristique unique est moins mise de l’avant et l’album verse davantage du côté d’un sentimentalisme pesant et sans cesse surligné.

Aucun doute, Ordinary Corrupt Human Love est un album qui s’inscrit dans la lignée de ce que Deafheaven nous a offert dans le passé. Donc pour les fans de la première heure, pas de déception en vue, mais pour ceux et celles qui s’attendaient à ce que le groupe se surpasse, c’est raté. Pour les nouveaux venus, si vous appréciez les mélanges aventureux, les émotions contradictoires, les concepts risqués, donnez une chance à cet album.

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