10 Aoû 2013

Newsted : Entretien en français avec Jason Newsted

 

Oui, je dois confirmer que la nervosité m’habitait lors de mon entretien en personne avec Jason Newsted lors du Heavy Mtl. Bassiste de talent, figure légendaire à mes yeux et musicien extraordinaire, il était difficile de m’enlever le fait que je faisais un brin de jasette avec un ancien membre de Metallica, que ce gars qui était à mes côtés était bien celui dont j’avais la binette de tapissée sur mes murs, jadis et ce, à profusion. Un gars que j’ai vu excessivement souvent sur scène mais en ce moment, j’ai 15 minutes pour lui faire un entretien au sujet de son nouvel album, ses projets présents et futurs sans oublier de glisser un mot sur Metallica et Voïvod. C’est en empêchant mon cœur de fanatique de sortir de ma poitrine que j’ai pu livrer cet entretien dont voici l’intégralité.



Il y a un an et demi environ, ou peut-être deux années, nous avons vu que tu passais le plus clair de ton temps à peindre. Les gens croyaient que tu délaissais la musique. Et aujourd’hui en 2013, tu lances un album sous ton nom. Que peux-tu nous dire face au cheminement qui t’a mené de la peinture jusqu’à ce retour à la musique avec un disque de métal très pur?

J’ai commencé à peindre en 2006 pour être plus précis. J’ai eu une opération à l’épaule et je ne pouvais plus vraiment jouer de la basse.J’ai donc commencé à peindre et tranquillement, j’ai trouvé un certain lien avec la musique. Avec le temps, mes peintures ont été reconnues, il y a des gens qui se sont mis à les acheter et j’entendais souvent comme commentaires que mes peintures ressemblaient à la sonorité de ma musique. Et pour ce disque, il faut que je te précise que j’ai recommencé, il y a quelques années, à jouer avec mon autre groupe, Papa Wheelie. Avec les pratiques, je me suis remis en mode musique et j’ai retrouvé l’excitation liée à la musique. Par la suite, il y a eu les célébrations entourant le 30e anniversaire de Metallica en 2011 où je devais jouer, donc je me retrouvais dans un bain musical. Il y a un an, le 11 août 2012, j’ai donné les démos à Jesus Mendez (batterie) et Jessie Farnsworth (guitare) qui sont dans mon groupe pour que nous puissions travailler sur le EP du nom de Metal. Ça fait donc un an que ce projet est en marche, je suis devenu plus fébrile et excité après avoir fait le truc 30e anniversaire avec Metallica. Je voulais savoir si les gens allaient avoir un intérêt envers ce que je fais ou même voir s’ils n’en ont rien à chier de ce que je peux faire mais on dirait que les gens sont intéressés. J’ai donc lancé une quinzaine de chansons durant les 6 derniers mois. Je suis très fébrile face à tout ce qui se passe en ce moment pour mon groupe.

Steel panther



De toutes les chansons que tu as proposées sur le mini-album Metal, seulement deux se sont retrouvées sur ton album. Est-ce que tu as d’autres chansons laissées de côté qui vont se retrouver sur un autre EP bientôt?

Non je ne crois pas. En ce moment, c’est avec l’album complet que je me retrouve et j’aime le format album. Mais on ne sait jamais. Avec iTunes, il est facile de lancer des EPs ou des simples. On ne sait pas, les règles du marché ont vraiment changé. Il y a effectivement du matériel en extra car j’avais 20 ou 21 chansons pour le projet, 17 sont sorties donc le calcul est facile. Il y en a deux plus spécifiques que nous gardons de côté, elles sont plus tendres, plutôt comme des ballades à la Fade to Black. J’ai écrit beaucoup de matériel pour ce projet. C’était la première fois que j’écrivais des chansons de façon aussi complète, en prenant le soin d’écrire pour tous les instruments, de faire les démos et les paroles. C’était de la racine jusqu’à la cime, pour la première fois de ma carrière!

Le nom de l’album est Heavy Metal Music, comme le dit l’expression anglaise, tu as mis ton argent là où se trouve ta bouche (Traduction : Tu as joint l’acte à la parole) Tu es un passionné de musique métal, surtout le métal de la vieille école, mais que peux-tu nous dire sur ce disque, tes influences et même le processus d’écriture?

Il est évident que mon parcours a facilité ce que j’aime comme musique. Dès que je me suis retrouvé avec Metallica, j’ai pu assimiler le tout avec de grands yeux et les oreilles grandes ouvertes. J’ai vécu de bonnes expériences avec de nombreuses personnes et mon cerveau était comme une éponge. J’ai eu le plaisir de côtoyer des gens comme Zakk Wylde et Devin Townsend, James Hetfield comme de raison… je ne veux pas me lancer dans une série de noms. Ce sont des frères, ce sont des gars qui m’ont enseigné. Le processus d’écoute des groupes comme Black Sabbath, Judas Priest, Motörhead, Rush et Ted Nugent m’a permis de parfaire mon apprentissage à la basse et si tu combines ça avec les enseignements des gens que je t’ai énumérés il y a quelques secondes, c’est ce qui donne ma base, ce qui me permet d’être bon sur mon instrument qui est la basse. J’ai appris à devenir meilleur au niveau de l’écriture de la musique, au niveau de la compréhension face à l’écriture des paroles. C’est une combinaison des 30 dernières années à jouer avec tous ses facteurs énumérés qui fait que j’en suis rendu là. C’est ma première chance de m’exprimer, de blaaargggh, de régurgiter ce que j’ai accumulé au cours des 30 dernières années. C’est ma première heure de musique sur album. Elle vient de loin!


C’est possible de parler de Metallica maintenant?

Bien sûr!

Dans le film Some Kind of Monster, tu dis quelque chose de vraiment intéressant à un moment précis du film, tu expliques à la caméra que tu as dit aux autres membres de Metallica que vous n’aviez pas besoin d’un psychologue, que vous aviez déjà eu des problèmes énormes, que vous êtes dans un groupe et ça fait partie des conditions. Quand on regarde le film, on voit que tu es très émotif à ce moment là. J’aimerais savoir si cette pensée a été le point tournant pour toi, le moment où tu t’es probablement dit que s’en était fini avec Metallica?

Il y a eu énormément de choses pour que j’en arrive là. Ce n’est pas quelque chose qui s’exprime facilement, c’est très long comme histoire. Si je te fais une histoire courte, j’ai joint le groupe à l’automne 1986. Dès ce moment, nous sommes partout et à toute vapeur pour les 15 années qui ont suivi. Nous regardions devant nous, juste un gros BOOM! Nous ne regardions pas derrière, non. Il y a eu une période où pendant deux ans, je me suis retrouvé chez moi que pendant 6 jours. Après le Black Album, ce qui veut dire pour 1991, 1992 et 1993, nous avons couvert la planète à la grandeur. Nous avons continué, sans remord et toujours la pédale au fond. À la base, ce ne sont que 4 êtres humains ensemble, qui vivent ensemble et qui en paient le prix par la suite. Les problèmes surviennent, les dépendances, les problèmes avec les familles, comme tous les êtres humains. Sauf que nous avions un rythme de vie qui était en mode accéléré, tout allait plus vite. Et les gens qui ont pu s’enrichir grâce au groupe, ceux qui travaillent pour le groupe, ils n’ont jamais pris le temps (NDLR : Jason se penche, il me fixe dans les yeux en me prenant pas l’épaule) de nous dire : « Eh, ça va ? Comment vas-tu ? Comment va ta famille ? Comment va ta mère, ton père et ton frère ? » juste pour nous remettre dans la réalité. Ça n’a jamais été fait par l’entourage du groupe, ce n’était que le business. Personne ne se préoccupait de l’état mental des 4 membres du groupe, de la stabilité mentale qui est si importante pour les membres de Metallica car ce sont eux qui permettent à toute cette panoplie de gens de pouvoir faire des millions de dollars. J’étais dépendant aux analgésiques, James était soul comme de la merde, Lars avait un nouveau bébé et Kirk était en plein divorce. C’était incontrôlable, tout était sans dessus dessous et nous étions des épaves. J’ai dit aux autres : « Les gars, c’est le temps de prendre une pause. Nous devons prendre une année de congé. » Ils m’ont dit qu’il n’en était pas question. Non. Sans aucune réflexion, sans aucun retour sur ce qui se passait, c’était un « non » catégorique. C’est donc à ce moment là que j’ai dit que s’en était trop, que je quittais le groupe. Pour moi, il était plus important de vivre que de rester avec le groupe car je m’en allais vers le gouffre, et les autres membres du groupe aussi. J’ai tout donné pour Metallica. Chaque goutte de sueur possible, je l’ai donnée au groupe. J’ai mérité chaque petit sous que j’ai pu faire avec le groupe. La personne qui devait reconnaitre la stabilité ou plutôt l’instabilité du groupe, celui qui devait dire qu’il fallait arrêter pour remettre la machine qu’est Metallica à neuf, pour qu’elle puisse reprendre son élan et que l’on puisse retravailler ensemble à nouveau de façon correcte, il semble que ce n’était pas moi.


L’album …And Justice for All célèbre ses 25 ans cette année. Je me demandais si une version anniversaire ou remasterisée allait se retrouver sur le marché avec tes parties de basse sur l’album. Que penses-tu de cette controverse qui tend à nous démontrer qu’il n’y a pas de basse dans le mix de l’album?

J’aimerais rejouer la basse sur l’album. La basse sur l’album est jouée comme de la guitare, je ne fais que jouer la même rythmique que James aux mêmes endroits et je jouais les mêmes putains de notes. Si j’avais joué de la basse comme une vraie basse doit être jouée sur l’album, ce qui veut dire comme un vrai bassiste doit la jouer, il y aurait eu plus de feeling, plus de slab donc on pourrait entendre ma basse mais on m’a demandé de le faire comme ça. Après 25 ans, je trouve cet album parfait. Justice est fucking parfait même ! Écoute, tu prends Kill em’ All qui n’est pas parfait mais il est parfait. Tu vois ? Pas besoin de le remasteriser car il est parfait.

Est-ce possible de parler de ton expérience avec le groupe d’Ozzy Osbourne?

Oui, certainement.

Qu’est-il arrivé car tu as été bassiste pour Ozzy pendant quelques mois seulement.

Je jouais déjà avec Voïvod. Lorsque j’ai reçu l’offre, c’était non-négociable. Si je prenais le poste avec Ozzy, il fallait que je puisse continuer avec Voïvod donc Voïvod se devait d’ouvrir pour les concerts d’Ozzy. C’est le genre d’entente que nous avions, le tout a fonctionné pour l’Amérique. Après la portion américaine de la tournée, l’objectif était d’aller faire l’Europe avec Voïvod en ouverture d’Ozzy. Pendant qu’il était en congé à sa maison en Angleterre, Ozzy a eu un accident de 4-roues. Il s’est fracturé la clavicule, il a eu des dommages aux côtes et aux vertèbres. La tournée a été annulée. J’ai continué avec Voïvod.

En parlant de Voïvod, nous sommes à Montréal, Voïvod est un groupe d’ici. J’ai fait une entrevue avec Dan Mongrain et il me disait que tu étais très près de Piggy. Que pourrais-tu nous dire au sujet de Piggy que nous ne savons pas déjà?

Que vous ne savez pas…

Oui, nous savons de nombreuses choses sur Piggy mais des trucs plus anecdotiques?

Il était le guitariste le plus sous-estimé dans ce genre de musique. Voïvod est le groupe qui a toujours su pousser les frontières, un groupe qui est unique dans ce genre de musique. Sur ce que vous ne savez pas, je ne suis pas certain. C’était quelqu’un de très discret, très calme. Il était très relax et mollo, sauf quand c’était au sujet de sa musique. Il n’acceptait pas vraiment les erreurs. Je vais te raconter quelque chose. Nous étions sur mon perron, au Chophouse (NDLR : Le domaine de Newsted qui comprend sa maison et son studio) il y a de cela très longtemps. Nous étions là, à échanger des idées de chansons, bien calmement. Ce gars là avait une oreille incroyable. Tu sais que la façon d’accorder sa guitare était très différente face à ce qui est normal dans les standards ? Lui, il faisait do, ré, mi, fa, sol, la et si tandis que moi c’était A, B, C, D, E, F et G. Même s’il était accordé de façon différente de la mienne, je me plaçais devant lui et je pouvais tout de même suivre en regardant à quel endroit il plaçait ses doigts car il voulait me montrer des choses sur sa guitare. Par la suite, je pouvais suivre à la basse et je pouvais jouer car je voyais les positions sur le manche. Je ne sais pas comment ça s’appelle ce qu’il fait mais je sais comment le faire car je vois ses doigts sur le manche. Mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas faire ça avec Piggy car sa façon d’accorder sa guitare était vraiment trop différente. Je devais donc regarder attentivement tout ce qu’il faisait, note après note, pour être capable de le suivre. Tu ne peux pas juste y aller en croyant que ce que tu fais est correct. Donc, nous y allons avec une chanson, pour la toute première fois, juste nous deux sur le perron. Nous sommes à deux minutes dans la chanson et je manque une note. Une seule. Il arrête et me lâche un « WRONG ! » Ce n’était que la première fois que nous fassions cette chanson mais elle se devait d’être parfaite pour lui. Je lui ai dit que ce n’était que la première fois mais lui disait qu’il fallait qu’elle soit parfaite. Malgré le fait qu’il était un chic type, doux et docile, lorsque venait le temps de faire de la musique, il passait en mode intensité.

Et ma dernière question maintenant. Tu seras fort probablement en tournée bientôt avec ton propre groupe en tant que tête d’affiche. Aimerais-tu amener du nouveau sang avec toi, de nouveaux groupes qui déménagent quand même ? As-tu une tournée idéale en tête avec des groupes qui pourraient te suivre?

Nous terminons le Gigantour en ce moment, nous sommes sur la route depuis avril environ. Nous avons reçu quelques offres, certaines pour être en tête d’affiche, d’autres pour ouvrir. Nous avons l’Australie l’an prochain et d’autres dates dans le Pacifique. L’album est sorti depuis trois jours, il faut attendre de voir l’engouement. Par la suite, je peux voir ce qui s’offre réellement, je peux avoir de meilleurs engagements si l’engouement autour de l’album est présent et palpable. Ma quête est, et c’est toujours la même depuis mes débuts avec Flotsam & Jetsam, de présenter ma musique partout où c’est possible, partout où l’on veut entendre et où l’on demande du rock n’ roll. Si vous nous voulez, nous allons nous présenter. J’ai déjà joué dans 52 pays dans ma carrière, Metallica en a fait 55. Ce n’est pas une compétition mais j’aimerais dépasser ce chiffre. J’aime la scène et c’est ma vie. Et pour ce qui est d’ici, à Montréal ? Le concert le plus long que j’ai donné a été avec Ozzy à Montréal, trois heures et une minute. J’ai un attachement avec cette ville pour différentes raisons et il est certain que je serai de retour ici très bientôt. Nous avons une vingtaine de chansons à offrir donc il est certain qu’un concert en tant que tête d’affiche est à prévoir.

Jason Newsted, merci beaucoup et comme je l’ai dit aux autres aujourd’hui, profite de ton séjour à Montréal!

Merci et gardez le métal bien vivant!


 

 www.newstedheavymetal.com

 

*ENTREVUE PAR YANICK "KLIMBO" TREMBLAY*

 

Lu 5474 fois Dernière modification le jeudi, 05 juin 2014 21:21
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