26 Fév 2016

Steven Wilson : Entrevue avec l'ex-Porcupine Tree (2016)

Musik Universe a réalisé une entrevue avec Steven Wilson, anciennement de Porcupine Tree et maintenant artiste solo et figure de proue de la musique progressive contemporaine. Il nous a parlé de son spectacle au St-Denis le 2 mars prochain, de ses derniers albums, de son métier de producteur et de ses préférences musicales.

 

Musik Universe : Bonjour Steven, je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous parler aujourd’hui. Je suis votre carrière depuis longtemps, d’abord avec Porcupine Tree, puis avec vos divers projets solos.

Steven Wilson : Merci!

MU : J’aimerais commencer par parler de la tournée qui s’en vient. Je sais que vous êtes venu à Montréal dans le cadre du Festival de Jazz l’été dernier et je sais pertinemment que beaucoup de gens qui étaient à ces spectacles reviendront vous voir au St-Denis, alors j’aimerais savoir, outre le fait que vous jouez l’intégrale de Hand. Cannot. Erase., à quoi pouvons-nous nous attendre cette fois-ci?

SW : Cette fois-ci, le spectacle est divisé en deux. La première partie est, comme vous l’avez mentionné, l’intégrale de Hand. Cannot. Erase, qui inclut Transience, que nous n’avons pas joué auparavant. La deuxième partie contient des chansons de mon nouveau EP, 4-1/2 dont la première chansons, My Book Of Regrets, a été enregistrée en partie durant un des spectacles de l’été dernier à Montréal. Il y aura aussi des chansons plus anciennes, qui remontent jusqu’aux années 90. Donc, il y a beaucoup de nouveautés dans ce spectacle, qui proviennent de mon nouvel EP et de mon passé.

MU : Excellent! Étant donné que vous jouez beaucoup de matériel de H.C.E. et de 4-1/2, aurons-nous la chance de voir Ninet Tayeb dans ce spectacle?

SW : Tout à fait! À ce que je sache, Ninet participera à mes trois spectacles au Canada.

MU : C’est une excellente nouvelle! Qui sont les musiciens qui vous accompagneront en tournée?

SW : Les mêmes qui étaient avec moi à Montréal la dernière fois : David Kilminster à la guitare, Adam Holzman aux claviers, Craig Blundell à la batterie et Nick Beggs à la basse et au stick.

MU : Ce sont d’excellents musiciens! Vous avez dit en entrevue que H. C. E. représente un peu la totalité de votre carrière côté sonorité. Est-ce la même chose pour 4-1/2? J’ai écouté l’EP et il m’a semblé un peu la suite de H. C. E.

SW : Il s’agit plutôt d’une œuvre d’accompagnement. La musique a été écrite environ à la même époque que H. C. E., mais elle ne convenait pas vraiment au concept de l’album, donc j’avais mis ces chansons de côté. Si vous avez aimé H. C. E., vous devriez aussi aimer 4-1/2 puisque les pièces ont une sonorité similaire.

MU : Ma réaction après la première écoute de 4-1/2 était que cet EP aurait pu être un excellent disque bonus pour H. C. E.

SW : Disque bonus, œuvre d’accompagnement, oui, mais pas, je l’espère, dans le sens ou les chansons sont moins efficaces. J’espère… je pense qu’elles sont aussi bonnes que celles de H. C. E. Si vous faites référence à la sonorité, à l’atmosphère, alors tout à fait, oui, c’est une bonne façon d’aborder 4-1/2.

MU : Pour vous raconter une petite anecdote personnelle, quand j’écoute My Books of Regret, au milieu de la pièce (partie accoustique rapide et saccadée), j’ai toujours l’impression que vous pourriez poursuivre avec Time Flies (chansons de Porcupine Tree).

SW : Ah oui! Je vois ce que vous voulez dire. Vous savez la plupart des auteurs favorisent certains motifs rythmiques, certaines atmosphères, certains thèmes… et je ne suis pas différent. Je n’avais jamais pensé à cette chanson de cette façon, mais c’est tout à fait vrai!

MU : Vous pigez dans votre boîte à outils…

SW : Hahaha, exactement!

MU : Ce que j’ai également remarqué, c’est à quel point Don’t Hate Me, particulièrement avec la voix de Ninet Tayeb, semble avoir été écrite pour cet album, même s’il s’agit d’une reprise de Porcupine Tree.

SW : Oui, énormément. Je pense que cette impression vient du fait que Don’t Hate Me aborde le thème central de H. C. E., c’est-à-dire, la solitude, la vie en ville, l’isolement… Je suppose qu’on revient à ce que nous disions plus tôt : j’ai l’impression que tout au long de ma carrière, je reviens à certains thèmes, à certains aspects de la vie. J’ai été surpris de constater à quel point Don’t Hate Me est similaire à ce que j’ai écrit pour Hand. Cannot. Erase., même s’il y a 15 ans entre les deux.

MU : Donc, il n’y a pas eu de planification à long terme pour revenir à ce thème?

SW : Pas du tout! La vérité est que je voulais rejouer Don’t Hate Me en concert parce que j’ai toujours été très fier de cette chanson et elle ne comptait pas parmi les chansons préférées des fans. Porcupine Tree ne l’a pas jouée beaucoup, seulement pour une tournée je pense, mais j’ai toujours eu un faible pour cette chanson. Je voulais la « ramener », la rejouer. Et c’est seulement lorsque je l’ai réécoutée que j’ai réalisé à quel point elle était près de ce que j’écris présentement. Au bout du compte, ce n’était qu’une coïncidence.

MU : Si vous voulez mon avis, c’est une excellente coïncidence!

SW : Oui! J’en suis vraiment très heureux!

MU :J’aimerais parler de l’enregistrement de 4-1/2. J’ai compris que vous avez utilisé un processus hybride; une partie sur scène et une partie en studio… Est-ce que c’est une façon de faire qui vous a plu?

SW : Beaucoup! J’ai enregistré les pistes de base de My Books of Regret et de Don’t hate Me lors de spectacles. La première, à Montréal et l’autre, en Europe. Évidemment, j’ai ramené les enregistrements en studio pour les retravailler, réenregistrer les voix, ajouter des guitares, etc. Mais ce que j’aime particulièrement, c’est que ces chansons conservent toute l’énergie, la chimie et l’ambiance d’une prestation en direct. C’est ce qui fait la beauté de la chose : avoir la possibilité de saisir la performance d’un groupe en spectacle, devant un auditoire, et de la « nettoyer » de lui donner la même qualité audio qu’une chanson enregistrée en studio. Et c’est exactement ce que j’ai fait avec ces pièces. C’est définitivement une expérience que je veux répéter; l’enregistrement hybride me donne le meilleur des deux mondes : l’énergie de la scène et la qualité sonore du studio.

MU : La technologie numérique nous permet maintenant ce genre de technique.

SW : Exactement!

MU : Est-ce que c’est un processus que vous envisageriez pour enregistrer un album complet?

SW : Certainement! Si j’étais en mesure d’écrire un album et de le jouer devant un public, ça pourrait être une façon très efficace d’enregistrer un album. Donc, oui, c’est quelque chose que j’envisage.

MU : Ça me rappelle l’ancienne méthode d’enregistrement, où tous les musiciens étaient réunis en studio, on sortait les micros et ils jouaient tous ensemble…

SW : C’est vrai… mais je fonctionne un peu comme ça aussi. Hand. Cannot. Erase. a été enregistré de cette façon : tous les musiciens jouant ensemble dans le studio. Évidemment, après, il faut doubler les pistes et tout ça… Ce qui m’intéresse surtout c’est d’entendre la chimie entre cinq musiciens jouant ensemble dans une même salle. Comme vous le dites, de nos jours, c’est pratiquement une façon un peu vieillotte d’enregistrer, mais on obtient un son unique de cette façon.

MU : Évidemment, rien ne peut remplacer la spontanéité et l’atmosphère de jouer tous ensemble. J’ai trouvé cette approche très intéressante. Passons maintenant à votre carrière de producteur. Je sais que vous faites beaucoup de production et de mixage pour d’autres groupes. Vous avez déjà dit que vous vous considérez d’abord comme un producteur. Comment conciliez-vous les rôles de musicien et de producteur?

SW : Si les gens me demandent ce que je fais, je répondrai que je suis musicien, mais pour être plus précis, je me considère comme un auteur-producteur. Si je dis ça, c’est parce que je ne suis pas particulièrement intéressé à jouer d’un instrument de musique. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de faire des albums, créer des aventures sonores. Le fait de jouer de la guitare, de la basse, du clavier, pour moi ce sont des outils qui me permettent d’atteindre mon but. Au bout du compte, je suis vraiment un auteur-producteur, ce que j’aime, c’est réaliser, diriger. Je veux être celui qui a les commandes pour créer des aventures musicales incroyables. Si cela exige que je joue de la guitare, de la basse, du piano, que je chante, je vais le faire, mais ce n’est pas la partie qui m’intéresse le plus.

MU : Je sais que vous avez fait beaucoup de mixages en Surround 5.1 pour divers groupes, entre autres King Crimson. J’ai été surpris de voir les noms de Tears For Fears et XTC dans la liste. Je sais que Songs From the Big Chair est un de vos albums préférés à vie, mais comment en êtes-vous parvenu à travailler avec ces groupes?

SW : … et XTC est mon groupe préféré à vie, depuis toujours! J’ai eu la chance d’être invité à travailler avec des artistes extraordinaires. Ces invitations sont venues de différentes façons : une porte ouverte permet d’en ouvrir une deuxième et ainsi de suite. Le projet de XTC me tenait énormément à cœur parce que c’est mon groupe préféré. J’ai donc peut-être insisté un peu plus pour le faire. D’autres projets me sont proposés par les maisons de disque, par les artistes ou par la gérance. Je me considère très chanceux de les recevoir. J’ai grandi dans les années 80. C’est MA décennie; j’étais un adolescent à cette époque. J’ai grandi en écoutant ces groupes : The Cure, XTC, Joy Division, Cocteau Twins, Tears For Fears, Orchestral Manoeuvre in the Dark… j’adorais ces groupes! Mais en même temps, je m’intéressais aussi à la musique de la décennie précédente; j’aimais aussi beaucoup King Crimson, Pink Floyd, Tangerine Dreams. C’est un peu étrange, parce que les gens m’associent automatiquement au rock progressif des années 1970, mais ce n’est vraiment pas le portrait complet. J’ai grandi dans les années 80 et Seeds of Love (Tears for Fears) a été un album très, très important pour moi, particulièrement en tant qu’inspiration dans mon rôle de producteur. Côté qualité sonore, cet album a très peu d’égaux. Ce fut tout un défi de travailler sur cet album.

MU : J’ai aussi grandi dans les années 80 et je vous comprends parfaitement. J’étais un grand fan de Tears for Fears… et je le suis encore d’ailleurs.

SW : Vous savez de quoi je parle… Roland (Orzabal) est un génie!

MU : Il n’a pas reçu toute la reconnaissance qu’il mérite.

SW : Vous savez, à notre époque, tout le monde en a pour les groupes des années 1970. On reconnaît maintenant King Crimson comme un groupe qui a eu une très grande influence. Et je me souviens que dans les années 1990, ces groupes-là étaient tombés dans l’oubli total. Personne n’en parlait jamais. Maintenant, ils ont été redécouverts. Leur importance est réévaluée. C’est d’ailleurs pourquoi Robert (Fripp) a repris la route avec King Crimson : il y a maintenant un intérêt qui n’existait pas il y a dix ans. Je souhaite ardemment qu’il se produise la même chose pour les groupes comme Tears For Fears, que les gens réalisent à quel point ils sont géniaux.

MU : Ç’a été un véritable plaisir de parler avec vous aujourd’hui. Je vous souhaite une bonne tournée et j’ai très hâte de vous voir le 2 mars prochain.

SW : Merci beaucoup!

 

Musik Universe a eu l’occasion de discuter avec Steven Wilson, anciennement de Porcupine Tree et maintenant artiste solo et figure de proue de la musique progressive contemporaine. Il nous a parlé de sa tournée, de ses derniers albums, de son métier de producteur et de ses préférences musicales.

 

Musik Universe : Bonjour Steven, je suis très heureux d’avoir l’occasion de vous parler aujourd’hui. Je suis votre carrière depuis longtemps, d’abord avec Porcupine Tree, puis avec vos divers projets solos.

Steven Wilson : Merci!

MU : J’aimerais commencer par parler de la tournée qui s’en vient. Je sais que vous êtes venu à Montréal dans le cadre du Festival de Jazz l’été dernier et je sais pertinemment que beaucoup de gens qui étaient à ces spectacles reviendront vous voir au St-Denis, alors j’aimerais savoir, outre le fait que vous jouez l’intégrale de Hand. Cannot. Erase., à quoi pouvons-nous nous attendre cette fois-ci?

SW : Cette fois-ci, le spectacle est divisé en deux. La première partie est, comme vous l’avez mentionné, l’intégrale de Hand. Cannot. Erase, qui inclut Transience, que nous n’avons pas joué auparavant. La deuxième partie contient des chansons de mon nouveau EP, 4-1/2 dont la première chansons, My Book Of Regrets, a été enregistrée en partie durant un des spectacles de l’été dernier à Montréal. Il y aura aussi des chansons plus anciennes, qui remontent jusqu’aux années 90. Donc, il y a beaucoup de nouveautés dans ce spectacle, qui proviennent de mon nouvel EP et de mon passé.

MU : Excellent! Étant donné que vous jouez beaucoup de matériel de H.C.E. et de 4-1/2, aurons-nous la chance de voir Ninet Tayeb dans ce spectacle?

SW : Tout à fait! À ce que je sache, Ninet participera à mes trois spectacles au Canada.

MU : C’est une excellente nouvelle! Qui sont les musiciens qui vous accompagneront en tournée?

SW : Les mêmes qui étaient avec moi à Montréal la dernière fois : David Kilminster à la guitare, Adam Holzman aux claviers, Craig Blundell à la batterie et Nick Beggs à la basse et au stick.

MU : Ce sont d’excellents musiciens! Vous avez dit en entrevue que H. C. E. représente un peu la totalité de votre carrière côté sonorité. Est-ce la même chose pour 4-1/2? J’ai écouté l’EP et il m’a semblé un peu la suite de H. C. E.

SW : Il s’agit plutôt d’une œuvre d’accompagnement. La musique a été écrite environ à la même époque que H. C. E., mais elle ne convenait pas vraiment au concept de l’album, donc j’avais mis ces chansons de côté. Si vous avez aimé H. C. E., vous devriez aussi aimer 4-1/2 puisque les pièces ont une sonorité similaire.

MU : Ma réaction après la première écoute de 4-1/2 était que cet EP aurait pu être un excellent disque bonus pour H. C. E.

SW : Disque bonus, œuvre d’accompagnement, oui, mais pas, je l’espère, dans le sens ou les chansons sont moins efficaces. J’espère… je pense qu’elles sont aussi bonnes que celles de H. C. E. Si vous faites référence à la sonorité, à l’atmosphère, alors tout à fait, oui, c’est une bonne façon d’aborder 4-1/2.

MU : Pour vous raconter une petite anecdote personnelle, quand j’écoute My Books of Regret, au milieu de la pièce (partie accoustique rapide et saccadée), j’ai toujours l’impression que vous pourriez poursuivre avec Time Flies (chansons de Porcupine Tree).

SW : Ah oui! Je vois ce que vous voulez dire. Vous savez la plupart des auteurs favorisent certains motifs rythmiques, certaines atmosphères, certains thèmes… et je ne suis pas différent. Je n’avais jamais pensé à cette chanson de cette façon, mais c’est tout à fait vrai!

MU : Vous pigez dans votre boîte à outils…

SW : Hahaha, exactement!

MU : Ce que j’ai également remarqué, c’est à quel point Don’t Hate Me, particulièrement avec la voix de Ninet Tayeb, semble avoir été écrite pour cet album, même s’il s’agit d’une reprise de Porcupine Tree.

SW : Oui, énormément. Je pense que cette impression vient du fait que Don’t Hate Me aborde le thème central de H. C. E., c’est-à-dire, la solitude, la vie en ville, l’isolement… Je suppose qu’on revient à ce que nous disions plus tôt : j’ai l’impression que tout au long de ma carrière, je reviens à certains thèmes, à certains aspects de la vie. J’ai été surpris de constater à quel point Don’t Hate Me est similaire à ce que j’ai écrit pour Hand. Cannot. Erase., même s’il y a 15 ans entre les deux.

MU : Donc, il n’y a pas eu de planification à long terme pour revenir à ce thème?

SW : Pas du tout! La vérité est que je voulais rejouer Don’t Hate Me en concert parce que j’ai toujours été très fier de cette chanson et elle ne comptait pas parmi les chansons préférées des fans. Porcupine Tree ne l’a pas jouée beaucoup, seulement pour une tournée je pense, mais j’ai toujours eu un faible pour cette chanson. Je voulais la « ramener », la rejouer. Et c’est seulement lorsque je l’ai réécoutée que j’ai réalisé à quel point elle était près de ce que j’écris présentement. Au bout du compte, ce n’était qu’une coïncidence.

MU : Si vous voulez mon avis, c’est une excellente coïncidence!

SW : Oui! J’en suis vraiment très heureux!

MU :J’aimerais parler de l’enregistrement de 4-1/2. J’ai compris que vous avez utilisé un processus hybride; une partie sur scène et une partie en studio… Est-ce que c’est une façon de faire qui vous a plu?

SW : Beaucoup! J’ai enregistré les pistes de base de My Books of Regret et de Don’t hate Me lors de spectacles. La première, à Montréal et l’autre, en Europe. Évidemment, j’ai ramené les enregistrements en studio pour les retravailler, réenregistrer les voix, ajouter des guitares, etc. Mais ce que j’aime particulièrement, c’est que ces chansons conservent toute l’énergie, la chimie et l’ambiance d’une prestation en direct. C’est ce qui fait la beauté de la chose : avoir la possibilité de saisir la performance d’un groupe en spectacle, devant un auditoire, et de la « nettoyer » de lui donner la même qualité audio qu’une chanson enregistrée en studio. Et c’est exactement ce que j’ai fait avec ces pièces. C’est définitivement une expérience que je veux répéter; l’enregistrement hybride me donne le meilleur des deux mondes : l’énergie de la scène et la qualité sonore du studio.

MU : La technologie numérique nous permet maintenant ce genre de technique.

SW : Exactement!

MU : Est-ce que c’est un processus que vous envisageriez pour enregistrer un album complet?

SW : Certainement! Si j’étais en mesure d’écrire un album et de le jouer devant un public, ça pourrait être une façon très efficace d’enregistrer un album. Donc, oui, c’est quelque chose que j’envisage.

MU : Ça me rappelle l’ancienne méthode d’enregistrement, où tous les musiciens étaient réunis en studio, on sortait les micros et ils jouaient tous ensemble…

SW : C’est vrai… mais je fonctionne un peu comme ça aussi. Hand. Cannot. Erase. a été enregistré de cette façon : tous les musiciens jouant ensemble dans le studio. Évidemment, après, il faut doubler les pistes et tout ça… Ce qui m’intéresse surtout c’est d’entendre la chimie entre cinq musiciens jouant ensemble dans une même salle. Comme vous le dites, de nos jours, c’est pratiquement une façon un peu vieillotte d’enregistrer, mais on obtient un son unique de cette façon.

MU : Évidemment, rien ne peut remplacer la spontanéité et l’atmosphère de jouer tous ensemble. J’ai trouvé cette approche très intéressante. Passons maintenant à votre carrière de producteur. Je sais que vous faites beaucoup de production et de mixage pour d’autres groupes. Vous avez déjà dit que vous vous considérez d’abord comme un producteur. Comment conciliez-vous les rôles de musicien et de producteur?

SW : Si les gens me demandent ce que je fais, je répondrai que je suis musicien, mais pour être plus précis, je me considère comme un auteur-producteur. Si je dis ça, c’est parce que je ne suis pas particulièrement intéressé à jouer d’un instrument de musique. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de faire des albums, créer des aventures sonores. Le fait de jouer de la guitare, de la basse, du clavier, pour moi ce sont des outils qui me permettent d’atteindre mon but. Au bout du compte, je suis vraiment un auteur-producteur, ce que j’aime, c’est réaliser, diriger. Je veux être celui qui a les commandes pour créer des aventures musicales incroyables. Si cela exige que je joue de la guitare, de la basse, du piano, que je chante, je vais le faire, mais ce n’est pas la partie qui m’intéresse le plus.

MU : Je sais que vous avez fait beaucoup de mixages en Surround 5.1 pour divers groupes, entre autres King Crimson. J’ai été surpris de voir les noms de Tears For Fears et XTC dans la liste. Je sais que Songs From the Big Chair est un de vos albums préférés à vie, mais comment en êtes-vous parvenu à travailler avec ces groupes?

SW : … et XTC est mon groupe préféré à vie, depuis toujours! J’ai eu la chance d’être invité à travailler avec des artistes extraordinaires. Ces invitations sont venues de différentes façons : une porte ouverte permet d’en ouvrir une deuxième et ainsi de suite. Le projet de XTC me tenait énormément à cœur parce que c’est mon groupe préféré. J’ai donc peut-être insisté un peu plus pour le faire. D’autres projets me sont proposés par les maisons de disque, par les artistes ou par la gérance. Je me considère très chanceux de les recevoir. J’ai grandi dans les années 80. C’est MA décennie; j’étais un adolescent à cette époque. J’ai grandi en écoutant ces groupes : The Cure, XTC, Joy Division, Cocteau Twins, Tears For Fears, Orchestral Manoeuvre in the Dark… j’adorais ces groupes! Mais en même temps, je m’intéressais aussi à la musique de la décennie précédente; j’aimais aussi beaucoup King Crimson, Pink Floyd, Tangerine Dreams. C’est un peu étrange, parce que les gens m’associent automatiquement au rock progressif des années 1970, mais ce n’est vraiment pas le portrait complet. J’ai grandi dans les années 80 et Seeds of Love (Tears for Fears) a été un album très, très important pour moi, particulièrement en tant qu’inspiration dans mon rôle de producteur. Côté qualité sonore, cet album a très peu d’égaux. Ce fut tout un défi de travailler sur cet album.

MU : J’ai aussi grandi dans les années 80 et je vous comprends parfaitement. J’étais un grand fan de Tears for Fears… et je le suis encore d’ailleurs.

SW : Vous savez de quoi je parle… Roland (Orzabal) est un génie!

MU : Il n’a pas reçu toute la reconnaissance qu’il mérite.

SW : Vous savez, à notre époque, tout le monde en a pour les groupes des années 1970. On reconnaît maintenant King Crimson comme un groupe qui a eu une très grande influence. Et je me souviens que dans les années 1990, ces groupes-là étaient tombés dans l’oubli total. Personne n’en parlait jamais. Maintenant, ils ont été redécouverts. Leur importance est réévaluée. C’est d’ailleurs pourquoi Robert (Fripp) a repris la route avec King Crimson : il y a maintenant un intérêt qui n’existait pas il y a dix ans. Je souhaite ardemment qu’il se produise la même chose pour les groupes comme Tears For Fears, que les gens réalisent à quel point ils sont géniaux.

MU : Ç’a été un véritable plaisir de parler avec vous aujourd’hui. Je vous souhaite une bonne tournée et j’ai très hâte de vous voir le 2 mars prochain.

SW : Merci beaucoup!

Lu 5482 fois Dernière modification le vendredi, 26 février 2016 15:23
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