04 Sep 2017

Ensiferum : Entrevue en français sur le nouvel album "2 Paths"

Musik Universe a eu la chance de bavarder un peu avec Sami Hinkka, bassiste et parolier principal de Ensiferum à propos de leur nouvel album 2 Paths qui paraîtra le 15 septembre sur Metal Blade Records.

Musik Universe: Salutations et félicitations pour le nouvel album! Il sort dans quelque temps, le 15 septembre prochain. Vous avez hâte?

Sami Hinkka: Salut! Oui absolument! On est des compositeurs plutôt lents donc beaucoup de ces pièces, on les travaille et retravaille depuis des années, à force d’entendre des versions demos durant des heures. C'est vraiment bien d'enfin pouvoir les jouer en spectacle et de pouvoir en faire profiter aux fans. C'est toujours intéressant d'entendre l'opinion des gens.

MU: J'ai entendu le premier "single", For Those About To Fight For Metal et franchement, c'est vraiment excellent!

SH: Merci! Bien content de l'entendre! Quelque chose d'un peu étrange s'est produit par rapport à ça. Bizarrement, on m'a sorti d'une chaîne de courriels. Metal Blade nous a demandé quelles chansons on voulait comme "single" et ça en faisait partie. Je croyais que le premier "single" serait en fait "Way Of The Warrior», notre premier vidéo qui vient de sortir. Alors quand on a entendu que le premier extrait de l'album serait For Those About To Fight For Metal, on a été quelque peu surpris! Hahaha! C'est un choix intéressant comme premier extrait car c'est une pièce un peu "quétaine" qui se veut un genre d'hommage sans gêne à AC/DC et Manowar! AC/DC en a un peu perdu quand le chanteur a dû se retirer mais ils ont fait la tournée avec Axl Rose et Manowar qui a décidé d'arrêter. On voulait donc montrer le respect qu'on a envers ces groupes qui ont eu une grande influence sur nous tant en tant que groupe qu'à un niveau individuel

MU: J'ai lu dans le dossier de presse que cet album se voulait le plus organique à date pour le groupe. Comment avez-vous atteint ce résultat? Est-ce que vous étiez tous ensemble dans le studio à travailler les pièces? Chacun de votre côté pour ensuite se ressembler et voir qui est rendu où avec tout ça?

SH: Non, non! C'est la même chose quand on compose: quelqu'un va trouver une idée de mélodie ou même plusieurs parties d'une même pièce ensuite on s'assoit tous ensemble et on écoute ce que tout le monde a à dire et on crée les arrangements, les parties manquantes, etc. C'est vraiment plaisant. C'est aussi très long parce que nous avons une démocratie absolue dans le groupe. L'idée est aussi d'essayer au moins une fois toutes les idées de tous : "essayons ça à la manière R&B" ou reggae et on l'essaye même si on se doute bien que ça va sonner un peu ridicule, on se doit de l'essayer parce qu'on ne veut pas passer à côté de quelque chose. On s'est fait la promesse sacrée tous ensemble d'essayer toutes les idées au moins une fois. Donc on y était tous, quand on a enregistré les drums et tout, on a tous joué ensemble. Je ne sais pas si tu sais qu'on a utilisé beaucoup d'équipement analogue?

MU: Wow! À l'ancienne!

SH: Tous les drums, basses, guitares rythmiques et voix "dures" ont été enregistré sur bande. Ensuite on a manqué de pistes sinon plus de trucs aurait été enregistré. Peut-être que le prochain album sera entièrement enregistré sur bande. Donc, en studio, quand on a enregistré les drums, on était tous ensemble à jouer en même temps. Ça donnait une dynamique tellement exceptionnelle, je crois qu'il y a au moins 3 pièces ou la basse a été enregistrée durant ces enregistrements. C'était vraiment à l'ancienne! Il y à même des pièces qui ont été enregistrées sans "click track"!

MU: Ça rend la chose plus vivante un peu non? Le rythme n'est pas "coincé" pas une piste de clics. Ça rend le truc plus humain. C'est ces mini variations qui font la différence entre avec ou sans la piste de clics.

SH: Une des chansons, on a enregistré les drums une fois avec le click et une fois sans. Quand on a réécouté juste les drums, on a essayé la version sans click et elle était énergétique, pleine de vie, c'était vraiment incroyable! Ensuite, pour être juste, on a écouté la version avec click. Après moins de 10 secondes, tout le monde a dit "Non, pas celle là, c'est pourri". C'était pourtant la même pièce, le même gars qui jouait. La différence entre ces deux prises, c'était environ 5 minutes mais le groove n'y a pas survécu, et Janne (Parviainen, drummer) est un excellent drummer! C'était très intéressant de voire la différence entre les 2 versions.

MU: C'est la différence entre laisser aller et suivre une piste.

SH: Exactement. Et c'est un peu drôle, Janne, c'est une machine à la batterie. Il est vraiment bon pour garder le tempo. Donc, la différence dans les deux versions,  de jouer avec un click et sans click, je pense que c'était seulement une seconde ou deux. Sur une pièce de 4 ou 5 minutes, c'est plutôt impressionnant. Ça a quand même fait une différence gigantesque pour le groove.

MU: C'est-ce que vous vouliez dans le fond.

SH: Exactement. Quand on a commencé cette quête pour le "Saint Graal". Pour l'album précédent, on voulait enregistrer un album qui sonnait comme si c'était un album "live" que le groupe jouait, mais quand même vraiment juste, Je crois que le résultat était vraiment bon mais je pense que sur Two Paths, on a réussi à un tout autre niveau. Je pense que la plus grande différence était, de un, d'utiliser encore plus d'équipement pour celui-ci, et aussi la mentalité. Lorsqu'on est entré en studio, Anssi (Kippo, producteur) avec qui on avait enregistré aussi One Man Army, je ne sais pas si il avait eu une révélation ou quelque chose du genre. Il est plutôt strict comme producteur mais pour cet album, il a focussé beaucoup plus sur le "feeling". On n'essayait pas d'avoir des prises techniquement parfaites, c'était plus important qu'il y ait une sorte d'âme. L'habitude aussi d'écouter les gars pendant qu'ils jouaient les pièces au complet pour ensuite leur dire: "Ok, c'était techniquement parfait mais tu peux faire mieux. Essaie de le rejouer en éteignant ton cerveau, ferme tes yeux, et imagine que tu es sur scène devant la plus grosse foule devant laquelle tu as joué et laisse-toi aller. Laisse la musique te guider." J'aime beaucoup cette manière de travailler avec des images mentales.

MU: Wow!

SH: Il aussi utilisé certaines références. Une référence en particulier était Kurt Cobain. Il parlait du fait que rien qui n'était enregistré sur bande n'avait été édité de quelconque manière. Les guitares, les voix, rien d'édité et c'était le but. Il disait: "Si on pense à Nirvana. Si la voix de Cobain avait été éditée et retravaillée à « l'auto-tune », si on lui avait demandé de chanter sa chanson 1000 fois et que tout était bâté sur cette seconde version trop propre.

MU: Ça aurait tout changé.

SH: Désastre total. J'aime bien la comparaison. Je ne suis pas particulièrement un fan de Nirvana ou de grunge mais je comprends le parallèle qu'il voulait faire. Il est important que le chanteur se rappelle de ses capacités et qu'il sache qu'il veut être chanteur.

MU: Dans le dossier de presse, ça dit aussi que c'est votre album le plus épique à date. Est-ce que c'est dans les arrangements musicaux, dans les histoires et les paroles?

SH: C'est peut-être un peu cliché mais je dirais que c'est parce que "moins donne plus" (less is more). C'est quelque chose qu'on essaie de faire depuis From Afar sorti en 2009. Pour cet album, on y était allé un peu fort avec les différentes pistes d'enregistrement. C'était le premier album pour lequel on avait des orchestrations. Il y avait des parties pour certaines pièces qui utilisaient presque 1000 pistes différentes et ça c'est complètement dément. Simplement parce que tu peux, on ajoute une mélodie ici, une harmonie, on double ça, un octave là.

MU: Avec un ordinateur, c'est sans limites.

SH: Exactement et personne ne peut entendre tous les détails donc c'est beaucoup de temps gaspillé en bout de ligne. On se sentait géniaux à orchestrer tous les détails que personne n'entendra jamais. Depuis, on a réduit le nombre de pistes pour qu'on puisse entendre tous les détails.

MU: De retour à l'essentiel.

SH: Voilà. De cette manière, la musique respire plus et la dynamique fait que le tout sonne encore plus épique que si tout était à 11 tout le long. Les oreilles finissent par se fatiguer quand tout est à fond. Je dirais que pour cet album, on a vraiment bien exploité la dynamique.

MU: Netta (Skog, accordéon numérique) a officiellement rejoint le groupe il y a un peu plus d'un an? Je crois que c'était sa première fois dans le studio avec vous. Vous aviez été en tournée avec elle. Comment ça a été d'en faire une membre à part entière du groupe? Comment ça se passe? Ça a été ton cas il y a environ 13 ans, est-ce difficile de rejoindre un groupe déjà établi? Comment s'est passé sa transition de la scène au studio?

SH: En fait, elle avait fait un peu de chœur sur One Man Army et c'est un peu comment tout cela a commencé. Quelques mois après, notre ex-claviériste, Emmi Silvennoinen  nous a annoncé qu'elle ne pouvait plus faire de longues tournées et on connaissait Netta depuis longtemps.  Je crois que la première fois que nous avons fait une tournée avec elle, c'était en 2008 et Emmi faisait encore des tournées avec nous à ce moment.  On a fait une tournée Nord Américaine avec eux (Turisas, ancien groupe de Netta) et on la connaissait bien, c'est une personne fantastique, une musicienne incroyable alors c'était vraiment facile de lui demander de prendre la place de Emmi. Quand Emmi nous a annoncé qu'elle voulait se retirer, il n'y avait pas vraiment d'autres options pour nous car on avait déjà fait des tournées avec Netta et elle avait déjà sa place dans le groupe et la famille Ensiferum. C'est vraiment facile de bien s'entendre avec et de travailler avec. Je me souviens de lui avoir dit:" Ok, on est en train d'écrire ces chansons donc viens, s'il-te-plait, à la salle de pratique et dis ton opinion parce qu'on l'apprécie tous et surtout, viens avec tes propres idées. Comme on a dit, j'ai rejoint le groupe en 2004-2005 et on est les 4 gars ensemble depuis ce temps. On se connaît tous bien, on a fait plusieurs tournées et albums ensemble, on se parle assez directement.

MU: Pour quelqu'un de l'extérieur, ça peut paraître intimidant:" Est-ce que je suis prêt pour tout ça?"

SH: Je lui ai donc dit" Dis tes idées, si on les rejette, ne le prend pas personnel, ne soit pas offusquée." On essaie juste de faire de la musique le plus fluidement possible. Bien sûr, tout le monde doit être content du résultat à la fin. C'est une autre raison pour laquelle on est tous ensemble pour composer l'album. L'opinion de tous, compte. Je suis très fier d'elle parce c'est exactement ce qu'elle a fait. Elle a donné son opinion, elle a un bagage musical un peu différent du nôtre, et elle est arrivée avec ses idées, et j'en suis vraiment fier. Sur l'album, il y a de ses idées qu'on a ensuite arrangé tout le monde ensemble parce c'est ce qu'on fait avec les idées de tout le monde. Ce qu'elle a amené au procédé de composition, c'est qu'elle est vraiment bonne en improvisation. C'est un peu aussi comment je joue. Je ne joue jamais deux spectacles identiques. Si quelqu'un, et c'est arrivé à l'occasion, où je joue et on me demande ce que c'était, je n'en ai aucune idée. 

MU: OK!

SH: C'est une bonne et une mauvaise chose.

MU: Tu y vas avec le courant. C'est bon sur le moment mais tu ne gardes pas en mémoire ce que tu fais. C'est vraiment un truc du moment.

SH: Exactement. Netta est pareille. C'est une musicienne extraordinaire, une splendide accordéoniste. C'était vraiment plaisant. On pouvait avoir une pièce, et on savait d’où elle venait et où elle allait mais on avait une partie entre les deux et on avait une idée vague. "On commence avec cette tonalité, avec ces accords, et la mélodie pouvait aller comme ça et le rythme comme cela."  Et on a cette idée vraiment floue et elle, prend son accordéon et immédiatement: " Comme ça?", et c'est exactement ça.  Elle comprend l'idée vraiment rapidement. Elle a joué avec tellement de groupes différents donc elle a vraiment un bagage différent.

MU: Excellent! Vous avez travaillé de nouveau avec Gyula Havancsak pour l'aspect visuel de l'album. À quel point vous impliquez-vous en tant que groupe dans cet aspect? Est-ce que vous avez des idées que vous lui amenez? Est-ce que vous lui donnez une copie de l'album et dites:" Voilà, fait ce que tu crois être approprié et on se revoit dans quelque temps."

SH: Oh non non!! On est très impliqués. C'est la plus grande différence entre Gyula, qui a aussi fait la couverture pour One Man Army, et le gars précédent, qui avait fait nos albums antérieurs. Il était absolument excellent. Toutes ces couvertures d'albums sont de vraies peintures.  On avait l'habitude de lui envoyer une idée, il disait probablement "Ok" et quelques mois plus tard, on recevait une image. La différence avec Gyula, c'est le jour et la nuit. Pour Two Paths, j'ai encore écrit toutes les paroles.  Je lui ai dit les idées de base pour la pochette, ensuite je lui ai dit quelques échantillons des paroles. J'aime vraiment qu'il soit si enthousiaste vis-a-vis ce qu'il fait! Sa réponse était, instantanément: "Ok oh oui, superbe idée! J'ai cette vision, cette image dans ma tête. Qu'est-ce que tu penses de ça, et ça, et ça?" Tu réponds avec tes impressions, et il te répond, puis il envoie des dessins de base. Il dessine un truc avec un crayon et il en envoie une photo. C'est vraiment interactif.  C'est un super échange. C'est vraiment bien de travailler avec lui et le résultat est incroyable. C'est super important que le tout fonctionne ensemble, la pochette, la musique, les paroles, les photos promotionnelles. Ça crée un tout.

MU: L'idée de sortir 2 versions de 2 pièces est une bonne idée. Ça avance l'image de Two Paths (deux chemins) encore d'avantage. Outre les voix, y a-t-il autre chose de différent entre les deux versions?

SH: La seule différence est dans les voix. Une version a des voix gutturales, plus grognées, et l'autre version a des voix "propres", plus chantées. Ensiferum a toujours eu des voix grognées, des voix chantées, des chœurs et des voix féminines depuis le 2ième album. Pour Don't You Say et God Is Dead, on a débuté par enregistrer les voix "clean" en premier. On a ensuite dit à Pete (Petri Lindroos, guitares, voix dures):" Va faire ton truc avec ta voix." On l'essaie et le résultat est juste estomaquant. On s'est tous dit:" On doit sortir ces versions aussi! On va sortir des versions alternatives, comme ça on va pouvoir toutes les sortir." Le truc fun maintenant c'est que seulement nous savons quelles versions on va jouer en spectacle!

MU: Vous utilisez quelques instruments inhabituels comme le nyckelharpa et le violon. À quel point est-ce important de garder un aspect folklorique dans vos pièces?

SH: Le tout dépend de la pièce, de ce qu'elle a besoin. Ça ne sonnera pas bien si tu rajoutes des instruments folks juste parce que tu penses que tu le dois. Tu finis avec quelque chose qui sonne faux si ça ne va pas avec la chanson. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas beaucoup d'instruments folks sur Two Paths. Les chansons sont un peu plus lourdes. J'en suis vraiment fier. On adore les pièces avec des éléments folks.  Tu dois juste faire attention. Comme j'ai dit, tu dois écouter la pièce et voir ce dont elle a besoin. Qu'est-ce qui dessert la chanson le mieux. Le folk est définitivement une pierre angulaire de la musique d’Ensiferum. Bien sûr, il y a des groupes avec beaucoup d'instruments folks sur scène à tous coups mais pour Ensiferum, je crois que l'aspect folk vient des mélodies. Elles sont jouées à la guitare mais je crois que beaucoup d'entre elles sont "folkish" . Il y a aussi les thèmes et les paroles qui viennent jouer avec cet aspect aussi.

MU: Vous êtes en tournée en Europe cet automne. Vous avez quelconque plans pour venir nous voir ici en Amérique du Nord? Je crois que votre dernière tournée dans le coin remonte à 2015 avec Koorpilkaani et Trollfest.

SH: Bien sûr! Manière intéressante de faire la promo de l'album. D'habitude, on fait une longue tournée en Europe ou en Amérique du Nord mais ce coup-ci, on débute avec six spectacles dans le centre de l'Europe, ensuite dix spectacles en Finlande, ce que nous n'avons jamais fait avant. Personne ne nous connait en Finlande. Nous allons faire l’Amérique du Sud après ça, suivi de la Russie et l'Asie, pour ensuite faire une grande tournée en Amérique du Nord et en Europe. Après tout ça, ça sera déjà la saison des festivals d'été.

MU: Ça nous met en 2018.

SH: Oui, il y a des gros plans pour l'an prochain mais je ne peux rien dire pour l'instant car rien n'est confirmé encore. Et l'automne suivant, j'espère qu'on pourra aller en studio pour enregistrer les versions démo des nouvelles pièces qui seront sur le prochain album. On y travaille déjà.

MU: Donc oui ça peut vous prendre beaucoup de temps pour faire un album comme tu as dit plus tôt mais au moins, vous commencez tôt.

SH: On doit! Sur le nouvel album, il y a une chanson qui s'appelle I Will Never Kneel. Je me souviens que la première version démo de cette chanson, c'était peut-être 2 mélodies ou quelque chose comme ça, mais j'ai enregistré ça il y a 7 ans.

MU: Ok donc le processus est long mais c'est bien, vous devez prendre le temps de travailler sur vos chansons, de les rendre parfaites. Rien n'est fait trop rapidement.  Ça prend le temps que ça prend pour avoir les pièces que vous voulez, ensuite vous pouvez sortir l'album.

SH: C'est exactement ma position. D'un autre côté, ce serait agréable de faire un album thématique mais à notre manière de composer, c'est impossible. On ne sait jamais quand une pièce sera prête. Comme je t'ai dit, I Will Never Kneel a pris 7 ans à composer, King Of Storms, elle aussi sur cet album, le refrain a été la première partie créée, a été commencée l'été dernier, il y a un peu plus d'un an. Donc comme ça peut prendre 7 ans écrire une pièce, on ne peut pas prendre le risque de se dire:" On a une équipe géniale, on va écrire toutes les paroles maintenant et on va composer ensuite." Parce que pour ce qu'on sait, ça peut nous prendre 10 ans pour terminer cette musique. On aime les tournées beaucoup trop pour ça.

MU: Qu'est-ce qui vous pousse à continuer? Qui est-ce que vous admirez? À quoi est-ce que vous pensez quand vous vous dites: "Quand on aura fait ça, on sait qu'on y sera vraiment arrivé." Ou du moins "on sera sur la bonne voie."

SH: Oh, bonne question! Je crois que ce qui nous pousse à continuer ce sont les spectacles. Bien sûr, si nous, ou Two Paths ne vendaient rien, si personne ne voulait plus rien savoir de nous nulle part, on irait quand même pratiquer et on écrirait quand même de la musique. C'est quelque chose qu'on fait depuis qu'on est de jeunes enfants, jouer et écrire de la musique. Mais ce qui fait que le tout en vaut la chandelle, les longs trajets, les aéroports, le trafic au milieu de nulle part,  l'autobahn en Allemagne, etc. Comme cet été on jouait dans un festival au Canada, à Montebello.

MU: Ah oui le Rockfest!

SH: Oui. On a voyagé durant 3 jours pour jouer 45 minutes.

MU: Ça fait de longues journées!

SH: Mais ça valait vraiment la peine parce que ce spectacle était vraiment exceptionnel et le festival était vraiment intéressant parce que ce n'était pas un festival métal proprement dit, donc je crois que 75% des gens présents pour nous voir jouer n'avaient aucune idée de qui nous étions, ils ne connaissaient pas les paroles mais à la fin, tout le monde avait les mains dans les airs! Des moments comme ceux-là sont vraiment motivants.

MU: Une autre foule conquise! Ou trouves-tu l'inspiration pour les paroles?

SH: Dans la vie de tous les jours. Je lis certainement beaucoup. Je me rends compte que plus je vieillis, d'habitude, les premières idées me viennent de ma vie. Ça peut être quelques mots, ou quelques phrases. J'ai une longue liste de ces idées de base. Ensuite ça peut dépendre. Certaines chansons, lorsqu'on a toutes les parties, alors je prends les paroles que j'ai écrites. J'en parle beaucoup avec Markus (Toivonen, guitares et voix) pour connaître ses impressions à propos de chaque chanson, quelles idées il a. C'est une très bonne chose qu'on fait depuis quelques albums maintenant, parce qu'ensuite, tout fonctionne bien ensemble et il comprend ce que je vais écrire et si certaines choses sont modifiées, il sait quelle direction les paroles auront et tout ira bien ensemble.  Quand j'ai rejoint le groupe, j'arrivais avec des paroles toutes prêtes et on les forçait à fonctionner avec la musique  et ce n'est pas la meilleure idée. Mais on apprend au fil des années et je ne changerais rien car c'était bien aussi, les essais et c'est bien d'essayer des choses car c'est la meilleure façon d'apprendre et d'évoluer.

MU: Vous avez fait la croisière 70k Tons Of Metal  il y a quelques années. Comment avez-vous trouvé l'expérience? Vous êtes sur le bateau avec vos fans pour un certain temps.

SH: J'adore ces croisières. On en a fait plusieurs, en fait on était sur la toute première. J'aime vraiment ça. Évidement, le soleil des Caraïbes, et vous devez faire 2 prestations réparties sur quelques jours donc ça fait beaucoup de temps à ne rien faire. J'aime beaucoup l'idée qu'il n'y a pas d'arrière-scène. Je me rappelle une de ces croisières on était assis à boire une bière avec Olavi de Amon Amarth et des fans sont venus et se sont assis à notre table juste pour bavarder, le chanteur de Blind Guardian était à la table d'à côté, à boire et s'amuser. J'aime beaucoup cette attitude terre-à-terre parce que je n'ai jamais compris cette idée d'idolâtrer un autre être humain.

MU: On dit qu'il vaut mieux ne jamais rencontrer ses héros...

SH: C'est quelque chose avec laquelle j'ai toujours été d'accord. Un de mes héros est Flea de Red Hot Chili Pepper et je me rappelle de l'avoir déjà entendu dire en entrevue, parce que c'est un grand fan des Lakers de Los Angeles, qu'il ne voudrait jamais rencontrer un des membres des Lakers car ils sont ses héros. En fait je ne sais pas où j'en suis avec le fait de ne jamais rencontrer ses héros. Je comprends, mais aussi, d'un autre côté, si tu as la chance de rencontrer un de tes héros ou un artiste, peintre, réalisateur, peu importe, dont tu aimes le travail, et que cette personne se révèle être une horrible personne, est-ce que ça change quoi que ce soit si leur art est vraiment bon à tes yeux?

MU: Il y a aussi le contexte. Si vous rencontrez cette personne dans la rue et elle passe déjà une mauvaise journée, le fait qu'elle ne réponde pas de la manière espérée ne veut pas nécessairement dire qu'elle est comme ça tout le temps. Ça veut juste dire que vous l'avez possiblement approchée à un mauvais moment.

SH: Exactement! Les gens ne pensent pas souvent à ça. Quand ils jugent du caractère d'une personne, un acteur ou quelque chose, chassés par les paparazzis et que leur vie personnelle part en vrille. Tout le monde est un être humain. Je me sens triste pour ces célébrités parfois. En Finlande, personne ne nous connait. J'ai l'air tellement sérieux, bon vieux "metalhead". Un truc nous est arrivé une fois, à notre ancien local de pratique. Il est dans la même bâtisse qu'une des salles les plus connues de Helsinki, Nosturi. On avait un spectacle là ce soir là et après que tout ait été installé, Markus et moi on est allé se chercher de la bière au magasin de l'autre côté de la rue. C'était déjà le soir et on attendait pour payer et ce gars, probablement complètement saoul et avec un t-shirt d'Ensiferum nous voit et demande: "Hey, est-ce que vous allez au spectacle ce soir?" Et on répond: "Oui, c'est dans nos plans." Et lui de nous dire: "Excellent! Je vous revois en première rangée!" C'était assez surréel.

MU: Vous avez 2 pièces ave des titres en finlandais, la première et la dernière pièce de l'album. Y a-t-il quelconque raison pour ce choix?

SH: Les paroles sont aussi en finlandais pour ces chansons.

MU: Est-ce qu'il y avait une raison pour débuter et finir l'album en finlandais? C'était une décision consciente ou juste le fruit du hasard?

SH: En finlandais, il y a beaucoup de voyelles et on doit vraiment chanter les voyelles et ça semblait être la meilleure chose à faire. C'est le problème pour moi en tant que parolier, l'anglais n'est pas ma première langue. Lorsque j'écris en finlandais, je peux vraiment jouer avec les mots, trouver des synonymes. Je peux prendre un dictionnaire et trouver des choses en anglais mais quand c'est votre langue première, c'est plus précis. Je suis triste de ne pas pouvoir faire ça en anglais. Bien sûr, quand j'écris, je harcelle mon ami au Royaume-Uni pour qu'il s'assure qu'il n'y ait pas d'erreur. Je lui explique ce que je veux dire. J'ai aussi les gens de Metal Blade pour m'aider.  Donc j'ai l'opinion des États-Unis et du Royaume-Uni comme ça. Pour les chansons de l'album, il y a une traduction des paroles dans le livret.

MU: Merci énormément pour cet entretient Sami. Ça a été un honneur de te parler.

SH: Merci à toi, ça a été très agréable. On se revoit l'an prochain lors de notre tournée nord- américaine.

MU: Marché conclu!

Merci à Sami Hinkka pour son incroyable générosité lors de cette entrevue. L'album d'Ensiferum Two Paths sera disponible à partir du 15 septembre sur Metal Blade Records.

Lu 1388 fois Dernière modification le lundi, 04 septembre 2017 23:49
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