16 Oct 2017

Epica : Entrevue avec Simone Simmons à Montréal (2017)

Dans le cadre du spectacle d’Epica au M Telus à Montréal, Musik Universe s’est entretenu avec la chanteuse du groupe Simone Simmons. Le groupe est en tournée en Amérique du Nord avec Lacuna Coil. 

TRADUCTION FRANÇAISE EN BAS DE LA VIDÉO :


Musik Universe : Commençons par la tournée : il s’agit de votre deuxième spectacle dans cette tournée et c’est aussi une journée très spéciale parce qu’aujourd’hui marque la sortie de votre EP (The Solace System), alors pouvons-nous attendre à entendre quelques chansons de cet EP dans le spectacle de ce soir?

Simone Simmons : La liste des chansons sera différente de celle de notre dernière tournée au Canada, mais nous sommes encore en train de pratiquer les nouvelles chansons (de cet EP). Nous vivons tous très loin les uns des autres; nous n’avons pas le temps de pratiquer dans notre sous-sol tous les dimanches. Nos pratiques se font au début des tournées, pendant les tests de son, jusqu’à ce qu’elles soient prêtes pour le spectacle. Nous avons l’intention d’ajouter une ou deux chansons de notre EP à notre spectacle, prochainement, mais pas ce soir. Ce soir, nous aurons une liste complètement différente de celle des autres spectacles de la tournée.

MU : Vraiment? Très intéressant! Vous faites votre tournée avec Lacuna Coil. Je crois que Cristina est une très bonne amie? Avez-vous fait beaucoup de tournées ensemble?

SS : Nous avons joué ensemble seulement lors de festivals. Lorsque nous jouons à Milan et qu’elle est chez elle, elle vient nous voir. Même chose lorsque Lacuna Coil joue où j’habite, mais ce n’est pas arrivé très souvent. Donc nous nous voyons principalement durant les festivals; nous pouvons voir nos groupes respectifs à l’œuvre et prendre le temps de nous voir. Cette tournée est la première que nous faisons ensemble. Malheureusement, le décalage horaire est encore bien présent. Nous avons fait des plans, mais pour l’instant, nous sommes encore à l’état de zombie. Hahaha!

MU : Ça vous prendra certainement quelques jours pour vous ajuster. Parlant de tournée, j’ai calculé que vous êtes venus à Montréal quatre fois en quatre ans. Cela va sans dire, que Montréal vous adore! Mais cela me dit également que vous êtes constamment en tournée! Avez-vous prévu une petite pause pour vos 15 ans d’existence?

SS : Oui, effectivement, nous sommes beaucoup en tournée. Eh bien, nous sommes en tournée en Amérique du Nord présentement. Au début de l’année prochaine, nous serons en Europe. Ensuite, il y a une autre tournée et des festivals. Ensuite, ce sera le temps d’entreprendre l’écriture d’un autre album. Nous sommes à la fin d’un cycle présentement. Ce qui risque d’arriver, par contre, c’est que nous ne définirons pas de date butoir pour ce nouvel album. Comme tu l’as dit, nous faisons beaucoup de tournées et c’est important de prendre des pauses, pour être avec la famille, recharger ses batteries. Nous ne fonctionnons pas à l’électricité. C’est la famille, les amis, les enfants qui nous alimentent. Nous essayons de maintenir l’équilibre entre la tournée et la vie de famille. Le groupe va vraiment bien et nous avons travaillé très fort pour en arriver là, alors je pense que tout le monde mérite une petite pause de temps en temps.

MU : Les gens vont comprendre. C’est évident que vous consacrez beaucoup de temps à votre musique, à votre art. Pour l’enregistrement de votre dernier album, The Holographic Principle, vous avez fait appel pour la première fois à un orchestre complet en studio. Je sais qu’il vous est arrivé d’avoir un orchestre avec vous sur scène (pour les 10 ans du groupe). Est-ce que vous prévoyez la tenue d’une autre édition du Epic Metalfest et est-ce que ça pourrait être une bonne occasion de faire un spectacle avec un orchestre complet?

SS : Oui, nous avons joué quelques fois avec le Hungarian Orchestra. Nous adorons faire ça. Nous avons un projet prochainement avec le Metropolitan (??) orchestra, avec qui nous enregistrerons une chanson d’Epica. Nous avons de gros projets… en fait nous avons beaucoup de projets, mais il faut attendre pour voir ceux qui pourront aboutir. Nous aimons beaucoup travailler avec un orchestre, mais c’est énormément d’organisation, il faut un budget approprié; il y a énormément de facteurs qui entrent en ligne de compte au moment de créer un projet de cette ampleur. Mais c’est extrêmement satisfaisant : la musique est entièrement en direct, et c’est une sensation très grandiose de se retrouver sur scène avec un orchestre et une chorale.

MU : Effectivement ce n’est pas seulement spécial pour les spectateurs, mais pour vous aussi! Nous avons à Montréal une salle qui s’appelle « La Maison symphonique », conçue spécialement pour l’orchestre symphonique. La dernière fois que j’y suis allé, je me disais que ce serait tellement fantastique d’entendre un groupe comme Epica y jouer, avec l’orchestre et la chorale.

SS : C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup aussi, mais comme je disais, ça prend un budget énorme pour être capable de le faire ailleurs qu’en Europe. Si on en fait une tournée, il faut plus d’autobus, plus de tout. Il y a tellement de choses à considérer… la logistique de tout ça, oui.

MU : Avez-vous d’autres plans pour souligner votre 15e anniversaire?

SS : Il n’y aura rien de l’ampleur de Retrospect, c’est certain. 15 ans, c’est un peu comme l’entre 10 et 20. De fait, Epica a été fondé en 2002, alors notre véritable 15e anniversaire est cette année. Mais je pense que Phantom Agony a été lancé en 2003, alors on peut dire que ce sera notre 15e l’année prochaine. Nous ferons quelque chose, mais je ne sais pas quoi encore. Notre équipe de gérance s’occupe de ces idées, des détails. Nous faisons les tournées et enregistrons les albums.  Nous avons aussi un autre projet fantastique, sur lequel nous avons travaillé cet été et qui sortira au début de l’année prochaine, mais je ne peux pas en parler pour l’instant.

MU : Donc il faudra être patient

SS : Exactement.

MU : Je parcourais votre discographie pour me rafraîchir la mémoire et je me demandais si vous aviez à enregistrer Requiem For the Indifferent cette année, feriez-vous quelque chose de différent? Avec tout ce qui est arrivé dans le monde depuis l’enregistrement, peut-être que ça apporterait une autre couleur à l’album? Particulièrement avec le président que nous avons ici, en Amérique du Nord….

SS : Tu parles des paroles?

MU : Les paroles ou même la façon dont il a été enregistré. Peut-être qu’il serait plus lourd ou plus sombre?

SS : Wow. Requiem for the Indifferent est probablement l’album que j’aime le moins parmi tous ceux qu’on a fait. Évidemment, il contient quelques excellentes chansons, comme Storm of Sorrow, que nous jouons presque toujours en spectacle. Mais pour moi, un mauvais souvenir y est rattaché. Nous avons enregistré l’album en Allemagne, je crois que c’est le dernier que nous avons enregistré là-bas, et un technicien est mort pendant l’enregistrement. L’album contient également une chanson sur le suicide. Pour ces raisons, c’est un album que je n’écoute pratiquement jamais. En plus, nous avons eu des problèmes durant le « mastering » : ma piste de voix pour la dernière chanson avait disparue, donc cet album, pour moi, est rempli de mauvais souvenirs. En plus, nous avons eu le suicide de deux excellents musiciens cette année, ce qui me replonge un peu dans cet album, qui est passablement sombre, pas seulement pour le sujet de l’album, mais pour ce que nous avons vécu à cette époque. Après ça est arrivé Quantum Enigma. Nous avons pris une pause, j’ai eu un bébé, toute ma vie a changé, et nous nous sommes réinventés. Donc, peut-être que dans un sens, Requiem for the Indifferent a été l’album qui a marqué la fin d’une époque et qui nous a permis d’évoluer.

MU : L’album de transition, qui vous a permis de vous réinventer.

SS : Exact. Trop de mauvais souvenirs y sont rattachés, ce qui est vraiment dommage, car il contient beaucoup de bon matériel. Mais quand je réécoute ces chansons, je suis automatiquement replongée dans ces mauvais souvenirs. Donc si j’avais à refaire ces chansons, je serais replongée dans cette époque et ces souvenirs, alors…

MU : La musique n’est jamais que la musique, elle apporte avec elle son lot de souvenirs, de sensations…

SS : C’est un peu comme un journal intime. L’affaire est que j’ai écrit cette chanson sur le suicide et, peu après, un suicide est survenu, de quelqu’un qui était près de nous. Ç’a été un gros choc pour moi; un peu comme si nous avions prédit ce qu’il allait se passer. Storm of Sorrow, pour moi, est la lumière de cet album, et c’est également une de mes vidéos préférées. Donc il reste quand même du positif de cet album.
Si j’avais à faire quelque chose de différent de cet album? Difficile à dire. On évolue constamment et quand on termine un album, il n’est jamais véritablement terminé. On le réécoute des années plus tard et on pense « j’aurais pu faire ceci ou cela autrement. ». Ensuite, nous sommes six dans le groupe, nous avons tous les goûts et des attraits différents. Ensuite, il y a le producteur… quand une chanson est-elle véritablement terminée? Prenons par exemple The Phantom Agony; pour nos fans, c’est un album pivot et empreint de nostalgie. Personnellement, j’aimerais apporter quelques changements, mais ce faisant, il perdra de sa magie parce que je suis une personne différente de celle qui l’a enregistrée.

MU : Absolument, je pense qu’un album devrait demeurer tel qu’il était lors de sa création, parce que c’est une photo, un instantané de qui vous étiez à l’époque. Par contre, rien ne vous empêche d’apporter des changements en spectacle.

SS : C’est exactement ce que je fais. Certains fans aiment ça et d’autres pas… je fais ce que je veux! Hahaha!

MU : Si ce n’était pas le cas, nous ne serions pas en train de discuter.

SS : Tout à fait. Tout commence par le fait que nous nous amusons sur scène. Nous faisons ce que nous aimons et l’énergie que nous dégageons va se répandre dans la salle. Si nous étions sur scène comme une bande de nains grognons (référence à Blanche Neige), ce ne serait pas très bon pour nos spectacles.

MU : Oui, les salles seraient pas mal vides! Hahaha. Tu as mentionné que les six membres d’Epica ont chacun leurs goûts et leurs… antécédents je pourrais dire. C’est la recette qui permet au groupe d’évoluer, non? Dans ton cas, en tant que chanteuse, est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais améliorer ou sur lesquelles tu voudrais travailler?

SS : J’ai appris à chanter dans plusieurs styles. J’ai commencé par le chant classique et j’ai ajouté des cordes à mon arc, avec différents professeurs. Je suis très heureuse de ce que je fais maintenant. Évidemment, on peut toujours en apprendre plus… Certains membres du groupe ont une formation en musique et ont beaucoup de connaissances théoriques. C’est une de mes lacunes. Je pourrais parfaire mes connaissances de la théorie de la musique pour mieux comprendre le processus d’écriture. Je n’écris pas de chansons parce que je n’en suis pas capable. J’écris des paroles, j’écris des mélodies de voix. J’aimerais bien travailler cet aspect. Mon mari (Oliver Palotai, de Kamelot) joue du piano et il m’a offert des leçons gratuites, alors je devrais probablement les accepter. Par exemple, j’ai une bonne intuition pour les harmonies; avec des connaissances théoriques, ce serait plus facile pour moi de les écrire et de les comprendre. La musique est une langue qu’il faut apprendre à parler. J’ai des notions de base, que j’aimerais améliorer.

MU : As-tu déjà essayer le growling?

SS : Non, Mark (Jansen) le fait très bien; je n’ai pas besoin de le faire.

MU : L’EP qui vous lancez aujourd’hui, vous l’avez enregistré au même moment que l’album? Donc les chansons ont été faites dans le même esprit, dans le même thème? Vous auriez pu donc lancer un album double?

SS : Je vais t’expliquer comment nous avons fonctionné. Au moment d’enregistrer The Holographic Principle, nous avions 25 ou 26 chansons écrites. Les cinq gars ont écrit des chansons, que nous avons placées dans un dossier. Nous avons ensuite travaillé sur une démo de chaque chanson pendant longtemps; le but étant d’arriver le plus près possible d’une version finale. Une fois les démos terminées, nous devions choisir 18 chansons que nous allions enregistrer. Pour ces 18 chansons, nous avons finalisé les démos, écrit des mélodies de voix et composé des paroles. Nous sommes ensuite allés en studio pour enregistrer les 18 chansons, puis nous avons choisis lesquelles allaient se retrouver sur l’album. Ces 18 chansons étaient considérées comme pouvant aller sur l’album. Chaque personne a dressé une liste de ses chansons favorites y compris Joost, le producteur, parce qu’il est un peu plus objectif que nous par rapport aux chansons. Nous avons accordé une cote à chaque chanson pour déterminer les plus populaires. Après quelques pratiques, nous avons décidé des chansons qui seraient sur l’album, mais il a été entendu que les autres ne seraient pas publiées sur des versions spéciales de l’album, comme des chansons bonies. Nous avions déjà déterminé quelles seraient les chansons bonies, comme The Acoustic Principle. Il était déjà décidé que les chansons restantes seraient publiées sous forme d’EP, ce que nous n’avons jamais fait avant. Les chansons de The Solace System, du point de vue des paroles, n’étaient pas essentielles au rythme de l’album.

MU : Parce que chacun de vos albums aborde un thème précis, sans être un concept, il y a un fil conducteur qui relie toutes les chansons.

SS : Exactement et les chansons de l’EP peuvent être prises individuellement plutôt que comme un tout. Elles demeurent des chansons remarquables. Les fans nous ont signifié à quel point ils les aiment et ils ont apprécié l’EP. Dans un sens, The Solace System est un petit cadeau pour notre 15anniversaire. Avec The Quantum Enigma, nous avons utilisé des chansons bonies qui sont certaines de mes chansons préférées et je n’ai pas pu les avoir sur l’album. C’est pourquoi j’aime beaucoup l’idée de l’EP. Pour ce qui est de faire un album double, nous n’y avons pas pensé. Chaque album d’Epica est tellement plein d’information; le CD est plein « à ras bord ». Ça fait beaucoup d’information à recevoir, à digérer, pour nos fans. Pour cette raison, je pense que l’effet de chaque chanson aurait été dilué si toutes les chansons avaient été lancées en même temps.

MU : Effectivement, les albums d’Epica sont… denses. Il y a beaucoup de détails à entendre, à découvrir.

SS : Oui, chaque album est une petite découverte.

MU : Wheel of Destiny, par exemple, comporte des éléments que l’on n’entend pas souvent chez Epica. Quand je l’ai entendu la première fois, je me suis dit « Wow, d’où ça vient, ça? »

SS : Oui, Je pense que c’est une chanson d’Isaac (Delahaye) Il nous est arrivé de God Dethroned, comme notre batteur. Je ne connais pas vraiment le style de ce groupe, mais c’est définitivement beaucoup plus lourd que Epica. Comme ils écrivent tous les deux des chansons dans le groupe, ça fait évoluer le groupe. Rob s’est joint à nous. Il a des tendances plus doom, plus mélancoliques. C’est ce qui fait évoluer le son d’Epica, qui élargit notre palette de couleurs. Wheel of Destiny est une très bonne chanson, c’est une de celle que nous voulons faire en spectacle. Avec Architect of Light, ce sont mes deux chansons préférées de The Solace System… Immortal Melancholy aussi… Je les aime toutes finalement! Hahaha.

MU : Avec raison! Un gros merci pour avoir pris le temps de jaser avec nous et j’ai très hâte de voir le spectacle ce soir.

SS : Merci!

Lu 1076 fois Dernière modification le lundi, 16 octobre 2017 01:27
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