11 Avr 2018

TesseracT : Entrevue avec Amos Williams sur la tournée et le nouvel album "Sonder" (2018)

MusikUniverse.mu a eu la chance de s’entretenir avec Amos Williams, bassiste du groupe TesseracT qui se prépare à sortir son 4e album, Sonder, le 20 avril prochain. Le groupe sera aussi présent au Club Soda à Montréal le 23 mai, accompagné de Plini et d’Astronoid.

MusikUniverse.mu : Bien le bonjour. Comment vas-tu ?

Amos Williams : Je suis vraiment occupé, mais heureux et excité, ce qui est cool.

MU : Oui, avec l’album qui arrive bientôt, j’imagine. Sonder paraîtra le 20 avril ici en Amérique, est-ce la même date pour l’Angleterre ou est-ce qu’il est déjà sorti ?

AW : Non, c’est une sortie internationale, ça sera le même jour partout.

MU : Excellent !

AW : Ouais, ça va être amusant. Je suis curieux de voir comment ça va se dérouler parce que ce n’est pas un lancement aussi extravagant que pour les albums précédents, mais nous avons expérimenté un peu ici et là, alors ça sera intéressant de voir comment les gens réagiront parce que nous l’apprécions. Laisser les choses suivre leur cours, si vous voyez ce que je veux dire. C’est la bonne façon pour nous de travailler.

MU : Je fais volontiers l’éloge quand c’est mérité donc mes sincères félicitations pour l’album. Je l’ai écouté justement ce matin et c’est lourd, c’est exaltant par moment, c’est complexe. Vraiment, vraiment bien !

AW : Merci mec, c’est gentil de l’entendre

MU : Il y a une sorte de dichotomie qui se dégage de l’album. Des éléments lourds et doux au même moment, soit par la musique, soit par le contenu lyrique, soit par la voix. Est-ce quelque chose que vous vous efforcez de faire consciemment ou est-ce juste le résultat du moment ?

AW : Nous aimons toujours jouer des trucs lourds et nous aimons aussi vraiment enregistrer des trucs mélodiques. Alors que cette dualité constante se produit, c’est une bataille entre les éléments mélodiques et la belle vibration euphorique, puis l’élément cathartique brutal. Tu sais nous ne sommes pas exactement ce que j’appellerais un groupe de metalcore. Ça ne sera jamais le style de thrash heavy du genre de Trivium, mais nous aimons la même chose. Les éléments pesants et gros et lourds. Il y a ce côté clair et obscur des choses que nous voulons représenter avec la musique. Nous voulons être immenses et percutants, mais nous voulons aussi jouer avec les subtilités et le pouvoir émotionnel. Donc, c’est quelque chose qui ressortira toujours des albums, je pense.

MU : Habituellement, d’après ce que je comprends, Acle (Kahney, guitare) porte le fardeau principal de la composition, mais cette fois-ci, tous les gars on pu participer avec l’aide d’un dossier de partage en ligne. Comment vous êtes-vous tous réunis pour assembler ces éléments et morceaux que vous aviez enregistrés en ligne ?

AW : Oui, nous avons fait beaucoup de démos entre nous dans nos différents studios séparés. En raison de la nature du fonctionnement de TesseracT, il nous est très difficile de travailler ensemble. Donc Acle a assemblé tout ce que nous avions. Si nécessaire, je devais faire d’autres enregistrements ou Jay (Postones, batterie) écrivait un peu plus, puis Dan (Tompkins, voix) dans son propre studio proposais des idées et le tout se tiserait en quelque chose qui a du sens. Il fait évidemment beaucoup de composition, mais les structures sont souvent des suggestions du reste des membres du groupe et les directions que prennent les pièces sont souvent des suggestions de nous tous, comme la manière de tout rassembler pour faire un morceau complet. Ensuite, nous allons simplement faire le mixage. Les choses ne peuvent pas finir avec le meilleur résultat parce que cette personne a une idée très claire dans la tête et c’est souvent bon qu’il la suive. Et puis, de toute évidence, on le lui dirait s’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Il y a le risque qu’il laisse passer quelque chose qui ne devrait pas arriver, du point de vue de la production, si le reste du groupe est présent.

MU : Je sais que c’est souvent la dynamique dans un groupe. Je veux dire, tout le monde veut faire sa part et voir ses idées dans le groupe, alors ça a du sens à un moment donné d’avoir quelqu’un, comme un chef d’orchestre, dire : « D’accord c’est que je pense que c’est ce qui va se passer. C’est l’idée principale ici. »

AW : Personnellement, après avoir travaillé comme producteur et ingénieur dans le passé, j’ai toujours trouvé que les disques les plus incroyables sont quand le groupe est confiant, c'est-à-dire quand le groupe fait confiance à l’ingénieur et le producteur. Le producteur peut aider le groupe à devenir meilleur que la somme de ses parties, et souvent, selon mes expériences, le groupe peut être envoyé hors du studio et ce sera juste l’ingénieur et le producteur qui travailleront ensemble et puis oui, et vous verrez que quelque chose de magique se passe à ce moment-là. Vous donnez votre nouvelle musique au public. Il est donc utile d’avoir un point de vue qui n’est pas seulement votre point de vue, car il peut ensuite être bien traduit et les idées que vous avez peuvent être comprises et réalisées du point de vue du grand public, donc c’est plutôt cool. Évidemment, il y a une perspective d’expérience, car en tant que musiciens, nous n’avons pas 2030 années d’expérience. Ça limite les chances de faire des erreurs et que quelqu’un se perde dans son propre ego. C’est marrant que je parle de ça parce que TesseracT n’a pas forcément ça, mais peut-être que dans le futur nous le ferons. C’est juste que nous n’avons jamais vraiment eu le temps de le faire. Nous avons toujours tourné beaucoup. Puis, on arrive au point où on doit faire un autre album, on n’a pas forcément le temps d’aller travailler de façon traditionnelle. Ce serait vraiment intéressant de voir ce qu’il se passerait si cela devait se produire à l’avenir, mais c’est plus à propos des budgets et du temps. Si nous obtenons le budget, j’aimerais bien le faire. C’est comme Tool qui passe quelques années à écrire et puis les membres vont dans un studio avec un producteur et quelques mois plus tard, ils sortent quelque chose de magique, j’adorerais essayer ça.

MU : Est-ce que vous ressentez une quelconque pression à lancer quelque chose ou est-ce que vous sentez juste qu’à un moment donné, le temps est venu de créer quelque chose de nouveau ?

AW : Nous nous avons toujours eu un régime assez structuré à cause des gens avec qui nous travaillons. Donc, la direction et les agents, ils diront que c’est le moment où nous devons nous arrêter et écrire, mais nous sommes également conscients que c’est un programme assez serré que les gens s’attendent à voir du nouveau matériel tous les deux ou trois ans. Donc, si vous êtes en tournée pendant deux ans, c’est plutôt difficile. Nous essayons donc aussi souvent que possible de commencer à écrire le plus tôt possible. J’imagine que nous allons commencer à écrire cet été pour le prochain album, qui sortira probablement en 2020, peut-être en 2021.

MU : J’ai déjà hâte ! Vous allez faire une tournée ici au Canada et aux États-Unis, juste à temps pour la sortie de l’album. Vous clôturerez la tournée à New York, juste après Montréal. `quoi les fans peuvent-ils s'attendre de ces spectacles ? Je sais que vous êtes en tournée avec Plini et Astronoid.

AW : Nous allons jouer du matériel de chaque album. Nous réalisons que le public vient voir un groupe qu’ils aiment, mais ils sont aussi là pour l’expérience de la musique qu’ils connaissent et qu’ils apprécient et aiment depuis tant d’années. Nous n’allons pas leur enfoncer un nouvel album que personne n’a écouté dans la gorge, parce que c’est une position bizarre dans laquelle se retrouver.

MU : C’est pourquoi je demande, j’ai été à des spectacles où le nouvel album venait d’arriver et à peu près tout le spectacle était juste un nouvel album dont personne n’avait jamais entendu parler.

AW : Je pense que le concert devrait être une expérience, mais il devrait aussi être une expérience partagée. La meilleure façon pour nous de faire cela est de jouer de la musique que vous connaissez déjà, et que tout le monde puisse profiter de cette expérience collective. Je veux dire, oui, nous allons jouer une bonne quantité de nouveau matériel, mais j’espère que c’est du matériel que le public connaitra déjà. Nous allons certainement avoir des choses de One, Altered State et Polaris.

MU : Excellent ! Parce que tu as dit que tu étais ingénieur de son. Es-tu quelqu’un de plutôt passionné par les spectacles ou es-tu plutôt intéressé par l'expérience en studio?

AW : Personnellement, il n’y a vraiment rien de mieux qu’une performance avec un public et de vivre une expérience partagée avec tout le monde. Pendant cinq minutes de  vie, tout le monde est au même endroit et vit la même chose. À ce moment, je deviens autant un membre du public. Ça peut sembler un peu étrange, mais j’ai l’impression d’assister à un spectacle autant que la personne qui assiste au spectacle, plutôt que d’être juste un artiste sur scène. Quand je suis sur scène, j’ai presque tendance à me dépouiller de l’ego qu’une performance construit parfois. Cela devient alors une chose unidirectionnelle et quand tu vas sur scène avec ce processus de pensée, c’est presque comme si le public était là pour toi, plutôt que l’inverse. Mais c’est excitant quand ça marche et que tout le monde est concentré sur la même chose. Comme quand tout le monde chante. C’est génial quand tout le monde vient se perdre et ils dansent tous dans leur propre petit monde, sans se soucier de ce qui se passera ensuite ou de ce qui s’est passé avant. C’est amusant quand, pour un bref instant, tout s’arrête et que tout le monde est juste perdu dans le moment. C’est tellement amusant pour moi et j’aime pouvoir faire le tour du monde et partager ce bref moment de fantaisie avec des étrangers.

MU : Parlant de tournée et de spectacles. Y a-t-il quelque chose en particulier, qui vous frappe comme un moment « wow »?

AW : Chaque fois qu’on monte sur scène et que je vois des sourires. Juste des gens qui sourient. Peu importe où ils se trouvent, à quel point le spectacle est petit ou grand ! Je suis incroyablement reconnaissant de pouvoir vivre cette expérience. C’est une chose tellement merveilleuse. Je veux dire, ouais, il y a des moments de stimulation de l’ego et ça qui devient juste fou, mais ils ne signifient pas forcément ce qu’il y a de plus important pour moi. C’est plutôt cette continuité de chaque spectacle, quand je suis capable de monter sur scène et d’y aller. Cela se passe encore, c’est vraiment une expérience vraiment intense de satisfaction d’avoir fait beaucoup de travail et beaucoup de sacrifices et d’être arrivé à ce moment. Peut-être que nous faisons quelque chose de bien ici, quelque chose de positif. Je cherche quelque chose d’édifiant non seulement pour moi, mais pour les autres aussi. C’est un véritable chemin à double sens.

MU : Vous sortez l’album sous format CD avec un enregistrement de type neuronal, ce qui est assez étonnant et intéressant. Y a-t-il une raison pour laquelle vous vouliez faire cela par opposition à un enregistrement quadriphonique ou surround?

AW : Quel est l’obstacle principal avec des enregistrements surround? En gros, il faut avoir cinq haut-parleurs, en plus d'un subwoofer et un amplificateur, ce qui est difficile pour beaucoup de gens. Maintenant, beaucoup de gens écoutent de la musique avec leurs téléphones et leurs écouteurs. C’est un moyen de démocratiser cette technologie. Tout cela a été fait à l’étape du mixage. Pour un enregistrement du genre, vous avez besoin d’une installation assez intense. C’est une technologie folle qui demande beaucoup de préparation. Cependant, le processus au mixage est cool. Nous pouvons maintenant partager cette technologie avec tout le monde. Je crois que ça ajoute juste un peu de dimension à la musique de TesseracT . Nous avons pu changer des choses et ajouter un peu à gauche et à droite. Ce ne sera certainement pas un mix qui tourne autour de votre tête. Il n’y a pas de planification folle, parce que pour être honnête, ça vous rend juste un peu malade. Motörhead a déjà fait un enregistrement surround et ouf, c’est chaotique! Il y a des caisses claires et des tambours qui éparpillés sur la piste et ça sonne comme un bordel sans nom. Il s’agit plus d’essayer d’imiter un environnement naturel que vous reconnaissez, ce qui est plus difficile avec la technologie stéréo.

MU : Une autre de tâches au sein du groupe est également de veiller sur la conception visuelle de l’album. Comment as-tu eu l’inspiration pour celui-là parce que si je regarde les pochettes des albums précédents, le cube est toujours présent sous un aspect ou un autre, mais cette fois-ci, vous êtes sorti avec un motif plus poli et sombre en arrière-plan et des cercles qui ressemblent presque à un système solaire ou quelque chose comme ça.

AW : Nous avons toujours, surtout moi-même eu envie de vendre l’album au public pour offrir un objet de collection. Donc, c’est une certaine forme d’imagerie qui est à l’origine du logo de TesseracT. Je voulais vraiment avoir quelque chose qui est presque comme un alphabet : une langue que vous lisez, que vous regardez tout de suite. Ce n’est pas un mot, mais vous comprenez immédiatement. Évidemment, vous devez apprendre à connaître TesseracT et pour comprendre ce que le logo signifie, mais avec celui-ci, le concept de l’album vise plutôt le sentiment d’altérité, de faire partie de quelque chose de plus grand. Je voulais aussi représenter cela tout en gardant le côté un peu plus abstrait et un peu unique du artwork des albums que nous avons sortis par le passé. Alors j’ai juste essayé de penser à une façon dont je pourrais représenter cela et tout ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, de la manière la plus simple possible afin que vous puissiez ressentir quelque chose de profond pour vous. C’est le concept de Sonder. Vous pourriez passer à côté de quelqu’un dans la rue, vous pourriez inconsciemment le remarquer du coin de l’œil. En même temps, ça pourrait être tout ce que vous savez sur cette personne. La réalité, c’est que toute la vie est très détaillée et c’est exactement comme votre vie. Cette personne a une ascendance et une histoire qui l’a amené à ce point, comme être assis dans un café, se trouver de l’autre côté de la rue ou à faire partie de votre vie pendant une seconde. C’est juste la profondeur et les détails bizarres qui nous entourent tout le temps que vous pourriez juste ignorer, mais c’est agréable d’y penser de temps en temps. Au départ, ça n’a pas bien marché, ça a divisé le groupe. Certains d’entre nous voulaient quelque chose de plus littéral et certains d’entre nous apprécient la nature plus abstraite qui encourage un auditeur ou un spectateur à prendre position. C’est prendre une image et créer quelque chose à partir de leur propre histoire. C’est comme quand un auteur décrit une scène dans un roman. C’est la moitié de votre imagination qui fait le livre.

MU : Merci d’avoir pris le temps de me parler.

AW : Avec plaisir.

 

Merci à Amos Williams pour ce temps accordé. Sonders paraîtra le 20 avril et TesseracT sera en spectacle avec Plini et Astronoid le 23 mai au Club Soda de Montréal.


 

MusikUniverse.mu a eu la chance de s’entretenir avec Amos Williams, bassiste du groupe TesseracT qui se prépare à sortir son 4e album, Sonder, le 20 avril prochain. Le groupe sera aussi présent au Club Soda à Montréal le 23 mai, accompagné de Plini et d’Astronoid.

 

MusikUniverse.mu : Bien le bonjour. Comment vas-tu ?

Amos Williams : Je suis vraiment occupé, mais heureux et excité, ce qui est cool.

MU : Oui, avec l’album qui arrive bientôt, j’imagine. Sonder paraîtra le 20 avril ici en Amérique, est-ce la même date pour l’Angleterre ou est-ce qu’il est déjà sorti ?

AW : Non, c’est une sortie internationale, ça sera le même jour partout.

MU : Excellent !

AW : Ouais, ça va être amusant. Je suis curieux de voir comment ça va se dérouler parce que ce n’est pas un lancement aussi extravagant que pour les albums précédents, mais nous avons expérimenté un peu ici et là, alors ça sera intéressant de voir comment les gens réagiront parce que nous l’apprécions. Laisser les choses suivre leur cours, si vous voyez ce que je veux dire. C’est la bonne façon pour nous de travailler.

MU : Je fais volontiers l’éloge quand c’est mérité donc mes sincères félicitations pour l’album. Je l’ai écouté justement ce matin et c’est lourd, c’est exaltant par moment, c’est complexe. Vraiment, vraiment bien !

AW : Merci mec, c’est gentil de l’entendre

MU : Il y a une sorte de dichotomie qui se dégage de l’album. Des éléments lourds et doux au même moment, soit par la musique, soit par le contenu lyrique, soit par la voix. Est-ce quelque chose que vous vous efforcez de faire consciemment ou est-ce juste le résultat du moment ?

 AW : Nous aimons toujours jouer des trucs lourds et nous aimons aussi vraiment enregistrer des trucs mélodiques. Alors que cette dualité constante se produit, c’est une bataille entre les éléments mélodiques et la belle vibration euphorique, puis l’élément cathartique brutal. Tu sais nous ne sommes pas exactement ce que j’appellerais un groupe de metalcore. Ça ne sera jamais le style de thrash heavy du genre de Trivium, mais nous aimons la même chose. Les éléments pesants et gros et lourds. Il y a ce côté clair et obscur des choses que nous voulons représenter avec la musique. Nous voulons être immenses et percutants, mais nous voulons aussi jouer avec les subtilités et le pouvoir émotionnel. Donc, c’est quelque chose qui ressortira toujours des albums, je pense.

MU : Habituellement, d’après ce que je comprends, Acle (Kahney, guitare) porte le fardeau principal de la composition, mais cette fois-ci, tous les gars on pu participer avec l’aide d’un dossier de partage en ligne. Comment vous êtes-vous tous réunis pour assembler ces éléments et morceaux que vous aviez enregistrés en ligne ?

AW : Oui, nous avons fait beaucoup de démos entre nous dans nos différents studios séparés. En raison de la nature du fonctionnement de TesseracT, il nous est très difficile de travailler ensemble. Donc Acle a assemblé tout ce que nous avions. Si nécessaire, je devais faire d’autres enregistrements ou Jay (Postones, batterie) écrivait un peu plus, puis Dan (Tompkins, voix) dans son propre studio proposais des idées et le tout se tiserait en quelque chose qui a du sens. Il fait évidemment beaucoup de composition, mais les structures sont souvent des suggestions du reste des membres du groupe et les directions que prennent les pièces sont souvent des suggestions de nous tous, comme la manière de tout rassembler pour faire un morceau complet. Ensuite, nous allons simplement faire le mixage. Les choses ne peuvent pas finir avec le meilleur résultat parce que cette personne a une idée très claire dans la tête et c’est souvent bon qu’il la suive. Et puis, de toute évidence, on le lui dirait s’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Il y a le risque qu’il laisse passer quelque chose qui ne devrait pas arriver, du point de vue de la production, si le reste du groupe est présent.

MU : Je sais que c’est souvent la dynamique dans un groupe. Je veux dire, tout le monde veut faire sa part et voir ses idées dans le groupe, alors ça a du sens à un moment donné d’avoir quelqu’un, comme un chef d’orchestre, dire : « D’accord c’est que je pense que c’est ce qui va se passer. C’est l’idée principale ici. »

AW : Personnellement, après avoir travaillé comme producteur et ingénieur dans le passé, j’ai toujours trouvé que les disques les plus incroyables sont quand le groupe est confiant, c'est-à-dire quand le groupe fait confiance à l’ingénieur et le producteur. Le producteur peut aider le groupe à devenir meilleur que la somme de ses parties, et souvent, selon mes expériences, le groupe peut être envoyé hors du studio et ce sera juste l’ingénieur et le producteur qui travailleront ensemble et puis oui, et vous verrez que quelque chose de magique se passe à ce moment-là. Vous donnez votre nouvelle musique au public. Il est donc utile d’avoir un point de vue qui n’est pas seulement votre point de vue, car il peut ensuite être bien traduit et les idées que vous avez peuvent être comprises et réalisées du point de vue du grand public, donc c’est plutôt cool. Évidemment, il y a une perspective d’expérience, car en tant que musiciens, nous n’avons pas 2030 années d’expérience. Ça limite les chances de faire des erreurs et que quelqu’un se perde dans son propre ego. C’est marrant que je parle de ça parce que TesseracT n’a pas forcément ça, mais peut-être que dans le futur nous le ferons. C’est juste que nous n’avons jamais vraiment eu le temps de le faire. Nous avons toujours tourné beaucoup. Puis, on arrive au point où on doit faire un autre album, on n’a pas forcément le temps d’aller travailler de façon traditionnelle. Ce serait vraiment intéressant de voir ce qu’il se passerait si cela devait se produire à l’avenir, mais c’est plus à propos des budgets et du temps. Si nous obtenons le budget, j’aimerais bien le faire. C’est comme Tool qui passe quelques années à écrire et puis les membres vont dans un studio avec un producteur et quelques mois plus tard, ils sortent quelque chose de magique, j’adorerais essayer ça.

MU : Est-ce que vous ressentez une quelconque pression à lancer quelque chose ou est-ce que vous sentez juste qu’à un moment donné, le temps est venu de créer quelque chose de nouveau ?

AW : Nous nous avons toujours eu un régime assez structuré à cause des gens avec qui nous travaillons. Donc, la direction et les agents, ils diront que c’est le moment où nous devons nous arrêter et écrire, mais nous sommes également conscients que c’est un programme assez serré que les gens s’attendent à voir du nouveau matériel tous les deux ou trois ans. Donc, si vous êtes en tournée pendant deux ans, c’est plutôt difficile. Nous essayons donc aussi souvent que possible de commencer à écrire le plus tôt possible. J’imagine que nous allons commencer à écrire cet été pour le prochain album, qui sortira probablement en 2020, peut-être en 2021.

MU : J’ai déjà hâte ! Vous allez faire une tournée ici au Canada et aux États-Unis, juste à temps pour la sortie de l’album. Vous clôturerez la tournée à New York, juste après Montréal. `quoi les fans peuvent-ils s'attendre de ces spectacles ? Je sais que vous êtes en tournée avec Plini et Astronoid.

AW : Nous allons jouer du matériel de chaque album. Nous réalisons que le public vient voir un groupe qu’ils aiment, mais ils sont aussi là pour l’expérience de la musique qu’ils connaissent et qu’ils apprécient et aiment depuis tant d’années. Nous n’allons pas leur enfoncer un nouvel album que personne n’a écouté dans la gorge, parce que c’est une position bizarre dans laquelle se retrouver.

MU : C’est pourquoi je demande, j’ai été à des spectacles où le nouvel album venait d’arriver et à peu près tout le spectacle était juste un nouvel album dont personne n’avait jamais entendu parler.

AW : Je pense que le concert devrait être une expérience, mais il devrait aussi être une expérience partagée. La meilleure façon pour nous de faire cela est de jouer de la musique que vous connaissez déjà, et que tout le monde puisse profiter de cette expérience collective. Je veux dire, oui, nous allons jouer une bonne quantité de nouveau matériel, mais j’espère que c’est du matériel que le public connaitra déjà. Nous allons certainement avoir des choses de One, Altered State et Polaris.

MU : Excellent ! Parce que tu as dit que tu étais ingénieur de son. Es-tu quelqu’un de plutôt passionné par les spectacles ou es-tu plutôt intéressé par l'expérience en studio?

AW : Personnellement, il n’y a vraiment rien de mieux qu’une performance avec un public et de vivre une expérience partagée avec tout le monde. Pendant cinq minutes de  vie, tout le monde est au même endroit et vit la même chose. À ce moment, je deviens autant un membre du public. Ça peut sembler un peu étrange, mais j’ai l’impression d’assister à un spectacle autant que la personne qui assiste au spectacle, plutôt que d’être juste un artiste sur scène. Quand je suis sur scène, j’ai presque tendance à me dépouiller de l’ego qu’une performance construit parfois. Cela devient alors une chose unidirectionnelle et quand tu vas sur scène avec ce processus de pensée, c’est presque comme si le public était là pour toi, plutôt que l’inverse. Mais c’est excitant quand ça marche et que tout le monde est concentré sur la même chose. Comme quand tout le monde chante. C’est génial quand tout le monde vient se perdre et ils dansent tous dans leur propre petit monde, sans se soucier de ce qui se passera ensuite ou de ce qui s’est passé avant. C’est amusant quand, pour un bref instant, tout s’arrête et que tout le monde est juste perdu dans le moment. C’est tellement amusant pour moi et j’aime pouvoir faire le tour du monde et partager ce bref moment de fantaisie avec des étrangers.

MU : Parlant de tournée et de spectacles. Y a-t-il quelque chose en particulier, qui vous frappe comme un moment « wow »?

AW : Chaque fois qu’on monte sur scène et que je vois des sourires. Juste des gens qui sourient. Peu importe où ils se trouvent, à quel point le spectacle est petit ou grand ! Je suis incroyablement reconnaissant de pouvoir vivre cette expérience. C’est une chose tellement merveilleuse. Je veux dire, ouais, il y a des moments de stimulation de l’ego et ça qui devient juste fou, mais ils ne signifient pas forcément ce qu’il y a de plus important pour moi. C’est plutôt cette continuité de chaque spectacle, quand je suis capable de monter sur scène et d’y aller. Cela se passe encore, c’est vraiment une expérience vraiment intense de satisfaction d’avoir fait beaucoup de travail et beaucoup de sacrifices et d’être arrivé à ce moment. Peut-être que nous faisons quelque chose de bien ici, quelque chose de positif. Je cherche quelque chose d’édifiant non seulement pour moi, mais pour les autres aussi. C’est un véritable chemin à double sens.

MU : Vous sortez l’album sous format CD avec un enregistrement de type neuronal, ce qui est assez étonnant et intéressant. Y a-t-il une raison pour laquelle vous vouliez faire cela par opposition à un enregistrement quadriphonique ou surround?

AW : Quel est l’obstacle principal avec des enregistrements surround? En gros, il faut avoir cinq haut-parleurs, en plus d'un subwoofer et un amplificateur, ce qui est difficile pour beaucoup de gens. Maintenant, beaucoup de gens écoutent de la musique avec leurs téléphones et leurs écouteurs. C’est un moyen de démocratiser cette technologie. Tout cela a été fait à l’étape du mixage. Pour un enregistrement du genre, vous avez besoin d’une installation assez intense. C’est une technologie folle qui demande beaucoup de préparation. Cependant, le processus au mixage est cool. Nous pouvons maintenant partager cette technologie avec tout le monde. Je crois que ça ajoute juste un peu de dimension à la musique de TesseracT . Nous avons pu changer des choses et ajouter un peu à gauche et à droite. Ce ne sera certainement pas un mix qui tourne autour de votre tête. Il n’y a pas de planification folle, parce que pour être honnête, ça vous rend juste un peu malade. Motörhead a déjà fait un enregistrement surround et ouf, c’est chaotique! Il y a des caisses claires et des tambours qui éparpillés sur la piste et ça sonne comme un bordel sans nom. Il s’agit plus d’essayer d’imiter un environnement naturel que vous reconnaissez, ce qui est plus difficile avec la technologie stéréo.

MU : Une autre de tâches au sein du groupe est également de veiller sur la conception visuelle de l’album. Comment as-tu eu l’inspiration pour celui-là parce que si je regarde les pochettes des albums précédents, le cube est toujours présent sous un aspect ou un autre, mais cette fois-ci, vous êtes sorti avec un motif plus poli et sombre en arrière-plan et des cercles qui ressemblent presque à un système solaire ou quelque chose comme ça.

AW : Nous avons toujours, surtout moi-même eu envie de vendre l’album au public pour offrir un objet de collection. Donc, c’est une certaine forme d’imagerie qui est à l’origine du logo de TesseracT. Je voulais vraiment avoir quelque chose qui est presque comme un alphabet : une langue que vous lisez, que vous regardez tout de suite. Ce n’est pas un mot, mais vous comprenez immédiatement. Évidemment, vous devez apprendre à connaître TesseracT et pour comprendre ce que le logo signifie, mais avec celui-ci, le concept de l’album vise plutôt le sentiment d’altérité, de faire partie de quelque chose de plus grand. Je voulais aussi représenter cela tout en gardant le côté un peu plus abstrait et un peu unique du artwork des albums que nous avons sortis par le passé. Alors j’ai juste essayé de penser à une façon dont je pourrais représenter cela et tout ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, de la manière la plus simple possible afin que vous puissiez ressentir quelque chose de profond pour vous. C’est le concept de Sonder. Vous pourriez passer à côté de quelqu’un dans la rue, vous pourriez inconsciemment le remarquer du coin de l’œil. En même temps, ça pourrait être tout ce que vous savez sur cette personne. La réalité, c’est que toute la vie est très détaillée et c’est exactement comme votre vie. Cette personne a une ascendance et une histoire qui l’a amené à ce point, comme être assis dans un café, se trouver de l’autre côté de la rue ou à faire partie de votre vie pendant une seconde. C’est juste la profondeur et les détails bizarres qui nous entourent tout le temps que vous pourriez juste ignorer, mais c’est agréable d’y penser de temps en temps. Au départ, ça n’a pas bien marché, ça a divisé le groupe. Certains d’entre nous voulaient quelque chose de plus littéral et certains d’entre nous apprécient la nature plus abstraite qui encourage un auditeur ou un spectateur à prendre position. C’est prendre une image et créer quelque chose à partir de leur propre histoire. C’est comme quand un auteur décrit une scène dans un roman. C’est la moitié de votre imagination qui fait le livre.

MU : Merci d’avoir pris le temps de me parler.

AW : Avec plaisir.

 

Merci à Amos Williams pour ce temps accordé. Sonders paraîtra le 20 avril et TesseracT sera en spectacle avec Plini et Astronoid le 23 mai au Club Soda de Montréal.

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