01 Jui 2018

Joe Satriani : Entrevue avec le guitariste à Montréal (2018)

MusikUniverse.MU a eu la chance de s’entretenir avec le grand Joe Satriani avant son spectacle au MTelus de Montréal ayant eu lieu le 25 mai.

MusikUniverse.MU : Salut, c’est un grand honneur de te parler. Comment vas-tu?

Joe Satriani : Ça va très bien, merci! Je suis pas mal occupé.

MU : Comment se passe la tournée?

JS : Très bien. Nous avons déjà fait soixante-dix concerts. J’ai participé au spectacle-bénéfice Acoustic-4-A-Cure au The Fillmore (San Francisco) il y a deux jours. J’ai hâte de commencer la tournée au Canada dans quelques jours.

MU : À quoi les gens peuvent-ils s’attendre en terme de sélections de pièces pour le spectacle?

JS : Tu sais, nous avons monté un spectacle de rock complet et nous présenterons au moins la moitié du nouvel album. De plus, nous jouerons les favoris du public des trente dernières années, avec quelques surprises ici et là.

MU : Excellent. Trente ans, c’est beaucoup de vécu. Y a-t-il un moment dont tu te remémores qui t’aurais marqué plus que d’autres? Y a-t-il un moment qui te frappe, qui te fait dire : « Je ne peux pas croire que j’ai fait tout ça? »

JS : Il y a plusieurs de ces moments et je les ai toujours en tête. C’est ce qui est si intéressant. J’ai toujours appelé ça une sorte de carrière accidentelle, parce que je n’ai pas commencé en voulant être instrumentiste, et tout à coup, c’était le cas. Ça m’a amené à jouer avec Mick Jagger, Deep Purple, Chickenfoot et bien d’autres artistes avec qui je n’aurais jamais cru jouer comme Final Path. Chaque semaine, quelque chose se passe qui me fait réfléchir à quel point c’est fou. Il y a quelques jours encore, j’étais sur scène avec Taj Mahal et Bob Weir de The Grateful Dead et Kevin Cronin de REO Speedwagon, et Don Was, mes copains de Chickenfoot, Chad Smith, Michael Anthony, Sammy Hagar... Dans ma tête, je me disais : « Wow, comment je suis arrivé ici? » On n’oublie jamais ces choses-là.

MU : En parlant de Chickenfoot, est-ce qu’il y a un projet de réunion?

JS : Je pense que ça serait faisable maintenant. Ça me surprend toujours de voir comment Chickenfoot donne l’impression d’être un projet terminé, mais que soudainement, il repart en pleine puissance. Je suppose que nous quatre travaillons toujours autant. En ce moment, il semble que c’est à nouveau amorcé parce que nous avons eu une agréable « réunion » l’autre soir au The Fillmore. Alors oui, pour l’instant, les choses semblent plutôt bonnes.

MU : Au fil des ans, tu as enseigné à quelques-uns des meilleurs guitaristes au monde. Y a-t-il quelqu’un qui t’a marqué comme étant un bon ou mauvais étudiant?

JS : En fait, tous étaient vraiment de bons étudiants. S’ils étaient de mauvais élèves, ils arrêtaient de se présenter assez rapidement de leur propre chef.

MU : D’accord.

JS : J’ai été plutôt chanceux en tant que professeur de guitare. Tous ceux qui venaient faire un tour étaient vraiment motivés. Vous savez, la plupart d’entre eux n’étaient pas des professionnels, c’étaient des gens qui avaient des emplois traditionnels. Ils faisaient autre chose et voulaient simplement rendre leur vie plus amusante en apprenant la guitare. Par contre, j’ai enseigné à des musiciens que tout le monde connaît comme Kirk Hammett, Larry Lalonde, Charlie Hunter, Steve Eye ou Alex Skolnick. Ils étaient vraiment jeunes à l’époque et ils voulaient vraiment être les meilleurs guitaristes qu’ils pouvaient être. C’était tellement amusant de leur enseigner parce qu’ils étaient si dévoués, dédiés, motivés, inspirés et ils savaient ce qu’ils aimaient. C’était certainement le cas pour Alex Skolnick et Kirk Hammett et Larry Lalonde. Tu sais, ils ont été les architectes d’un nouveau genre de heavy métal.

MU : On les connaît, c’est sûr!

JS : Tu sais ce que je veux dire? J’ai vu la vague venir avant son impact, parce qu’ils étaient dans mon studio en train d’apprendre à jouer. Je me disais que ces jeunes allaient changer le monde et ils l’ont fait. C’était assez intéressant de le voir de ce point de vue. C’était un réel plaisir de leur enseigner.

MU : Quel genre de prof es-tu? Es-tu sévère?

JS : C’est une bonne question parce qu’on me l’a souvent posée. Les gens se demandaient s’ils pouvaient me supporter en tant que professeur. Je disais à mes élèves que s’ils souhaitaient devenir les meilleurs, ils devaient me donner la permission d’être un professeur très strict. Par contre, si quelqu’un me disait qu’il était prof de maternelle ou chirurgien dans la journée et que son objectif était d’apprendre à jouer quelques chansons pour se détendre, il était certain que je n’allais pas mettre la même pression. C’était vraiment au cas par cas. Je pense que c’est la seule façon d’être un enseignant consciencieux est de vraiment se concentrer sur les besoins spécifiques de chaque élève. Il n’est pas nécessaire d’avoir une méthode unique pour tout le monde. Ça n’a pas de sens pour moi.

MU : Est-ce qu’il y a quelqu’un qui, selon toi, est une possible relève de la prochaine génération? Quelqu’un que tu perçois comme un innovateur ou un virtuose?

JS : Il y en a tellement! Tu sais, nous sommes choyés et en même temps inondés d’une énorme quantité de talents venant du monde entier. C’est l’une des conséquences d’Internet. On connaît de brillants guitaristes de jazz et de blues, des guitaristes et des « shredders » de métal, et ce, partout dans le monde. Peu importe si ça vient de la ville de Québec, de Mumbai, de New York ou de Pompéi. Avant, on entendait parler de guitaristes fous de Kansas City ou de Londres. On associait le jazz ou la musique rock était spécifiquement à un lieu. Si on voulait entendre du bon jazz, on devait aller à la Nouvelle-Orléans par exemple. S’il y avait eu Internet à l’époque, tout le monde aurait pu écouter la musique de tout le monde instantanément. Oh, il y a une dizaine d’années, nous sommes allés en Inde. Nous avons passé une semaine à jouer à Calcutta, à Bangalore et à Mumbai. Sans que nous le sachions, nous avons été suivis par une jeune équipe de tournage. Le documentaire a été fait sans que nous le sachions et il nous a ensuite été donné. Nous avons fini par le publier dans le cadre du DVD Satriani Live. Il y avait un segment là-dedans qui était vraiment très révélateur. Ils filmaient à vingt pas derrière nous pendant tout le voyage. Ils ont filmé les concerts, les tests de son, les séances d’autographes dans les magasins, les allers-retours des aéroports. Tout. Ils ont également interviewé tous les jeunes guitaristes locaux qui étaient venus me voir jouer. Ils sont aussi allés dans des écoles des jeunes enfants indiens de dix ans apprenaient du heavy métal et du « shredding ». Bien sûr, ils étaient tous incroyables, je veux dire qu’ils avaient l’air de pouvoir sortir de n’importe quel quartier de Los Angeles ou de Toronto ou d’ailleurs. Cela a encore une fois prouvé que la communication moderne a permis le partage de l’art dans le monde d’une manière démocratique. Quand c’est filmé et publié sur Internet, tout le monde peut voir et apprendre. Pour répondre à cette question, je dois mentionner un million de gamins de dix ans qui peuvent déjà jouer aussi vite que le guitariste le plus rapide ou tout aussi bluesy que le guitariste le plus bluesy, parce que c’est la réalité. D’une certaine manière, c’est génial parce que ça démystifie la technique, qui est quelque chose que j’ai toujours essayé de faire comprendre à mes élèves. Ce n’est pas la technique qui est intéressante c’est l’art derrière elle, c’est comment vous l’utilisez. Donc, c’est une bonne chose, mais d’un autre côté vous avez beaucoup plus de gens qui se lancent dans l’imitation que jamais, simplement parce qu’ils le peuvent, parce qu’ils y sont exposés. Nous pouvons tous imiter si vite et prétendre aux droits. C’est le cas pour la vidéo Childish Gambino notamment. Moins d’une semaine après la sortie, les gens commencent à lancer leurs propres versions. C’est très intéressant. Le monde change constamment et c’est toujours le chaos.

MU : Préfères-tu la scène ou le studio?

JS : Oh, ce sont deux mondes différents et incomparables. J’aime les moments privés où je compose et où il n’y a pas de caméra, personne qui me surveille. Je peux juste écrire librement, être artistique sans penser à rien d’autre. Et puis, la prochaine étape, bien sûr, qui est aussi intéressante est de faire des enregistrements, ce qui est encore une forme d’art tout en soi. C’est tellement amusant et je pourrais le faire pour toujours. Je pourrais y passer tout mon temps. En même temps, je me rends compte que pour compléter le cycle, il faut que je monte sur scène devant les gens, c’est l’étape finale et très importante du partage de la musique. Il faut partager. C’est ce que j’ai mentionné plus tôt à Acoustic-4-A-Cure. Il s’agit d’un bon exemple de musiciens professionnels célèbres qui ont simplement partagé leur musique avec le public.

MU : Tu as pu jouer avec presque tout le monde de la scène musicale. Y a-t-il encore quelqu’un avec qui tu n’as pas joué et avec qui tu aimerais collaborer?

JS : Oh, bien sûr. On ne peut pas jouer avec tout le monde. Quand on me pose cette question, je me pense d’abord aux guitaristes qui m’ont inspiré quand j’étais un jeune qui apprenait à jouer. J’ai appris avec des LPs. Tous les jours, je jouais avec des disques de Hendrix, de Led Zeppelin et de Cream. Un jour, j’aimerais pouvoir jouer avec Jimmy Page, Eric Clapton et Jeff Beck.

MU : Excellent! Actuellement, beaucoup de groupes tirent tranquillement leur révérence : Mötley Crüe a arrêté ses activités, Black Sabbath a fait sa tournée d’adieu, tout comme Slayer. Tu ne sembles pas avoir ralenti.

JS : Oui, c’est plus compliqué pour ces groupes. Pour Slayer, c’est vraiment dur. Il y a vingt ans, j’aurais dit que ça allait être dur de vieillir gracieusement en jouant du Slayer. C’est si exigeant du point de vue physique. Quand on regarde l’industrie du divertissement, il y a des gens comme Leonard Cohen ou Johnny Mathis. Ces artistes avaient un style très décontracté et sophistiqué et ont pu continuer à travailler jusqu’à l’aube de leurs 90 ans. C’est le cas de Tony Bennett. Il met un joli costume, ne bouge pas et chante de manière confortable. L’autre soir, j’étais avec Sammy Hagar et je ne pouvais pas croire que Sammy chantait comme ça. Il a soixante-dix ans et c’est vraiment difficile de chanter du gros rock puissant à cet âge. C’est plus technique que du Johnny Mathis ou du Leonard Cohen. Je ne suis donc pas surpris que certains groupes cessent leurs activités parce que c’est vraiment difficile de continuer à le faire. Quand je pense à l’énergie de Slayer, je peux comprendre qu’ils aient besoin de ralentir un peu. C’est plus facile pour moi. Tout d’abord, je ne chante pas et c’est facile de continuer à jouer. Je regarde toujours des gens comme Keith Richards, Ron Wood et Jeff Beck. Ces gars sont des légendes, des hommes plus âgés et ils jouent tout le temps bien. Ron Wood et Jeff Beck ne font que s'améliorer.

MU : Je ne peux pas imaginer finir sur une meilleure note.

JS : Très bien, merci. C’était cool de te parler.

MU : Merci beaucoup. Tu as été plus que généreux.

JS : Au revoir!

MU : Merci, au revoir.

 

 

Un immense merci au grand Joe Satriani pour son temps et sa généreuse participation. 

MusikUniverse.MU a eu la chance de s’entretenir avec le grand Joe Satriani avant son spectacle au MTelus de Montréal ayant eu lieu le 25 mai.

MusikUniverse.MU : Salut, c’est un grand honneur de te parler. Comment vas-tu?

Joe Satriani : Ça va très bien, merci! Je suis pas mal occupé.

MU : Comment se passe la tournée?

JS : Très bien. Nous avons déjà fait soixante-dix concerts. J’ai participé au spectacle-bénéfice Acoustic-4-A-Cure au The Fillmore (San Francisco) il y a deux jours. J’ai hâte de commencer la tournée au Canada dans quelques jours.

MU : À quoi les gens peuvent-ils s’attendre en terme de sélections de pièces pour le spectacle?

JS : Tu sais, nous avons monté un spectacle de rock complet et nous présenterons au moins la moitié du nouvel album. De plus, nous jouerons les favoris du public des trente dernières années, avec quelques surprises ici et là.

MU : Excellent. Trente ans, c’est beaucoup de vécu. Y a-t-il un moment dont tu te remémores qui t’aurais marqué plus que d’autres? Y a-t-il un moment qui te frappe, qui te fait dire : « Je ne peux pas croire que j’ai fait tout ça? »

JS : Il y a plusieurs de ces moments et je les ai toujours en tête. C’est ce qui est si intéressant. J’ai toujours appelé ça une sorte de carrière accidentelle, parce que je n’ai pas commencé en voulant être instrumentiste, et tout à coup, c’était le cas. Ça m’a amené à jouer avec Mick Jagger, Deep Purple, Chickenfoot et bien d’autres artistes avec qui je n’aurais jamais cru jouer comme Final Path. Chaque semaine, quelque chose se passe qui me fait réfléchir à quel point c’est fou. Il y a quelques jours encore, j’étais sur scène avec Taj Mahal et Bob Weir de The Grateful Dead et Kevin Cronin de REO Speedwagon, et Don Was, mes copains de Chickenfoot, Chad Smith, Michael Anthony, Sammy Hagar... Dans ma tête, je me disais : « Wow, comment je suis arrivé ici? » On n’oublie jamais ces choses-là.

MU : En parlant de Chickenfoot, est-ce qu’il y a un projet de réunion?

JS : Je pense que ça serait faisable maintenant. Ça me surprend toujours de voir comment Chickenfoot donne l’impression d’être un projet terminé, mais que soudainement, il repart en pleine puissance. Je suppose que nous quatre travaillons toujours autant. En ce moment, il semble que c’est à nouveau amorcé parce que nous avons eu une agréable « réunion » l’autre soir au The Fillmore. Alors oui, pour l’instant, les choses semblent plutôt bonnes.

MU : Au fil des ans, tu as enseigné à quelques-uns des meilleurs guitaristes au monde. Y a-t-il quelqu’un qui t’a marqué comme étant un bon ou mauvais étudiant?

JS : En fait, tous étaient vraiment de bons étudiants. S’ils étaient de mauvais élèves, ils arrêtaient de se présenter assez rapidement de leur propre chef.

MU : D’accord.

JS : J’ai été plutôt chanceux en tant que professeur de guitare. Tous ceux qui venaient faire un tour étaient vraiment motivés. Vous savez, la plupart d’entre eux n’étaient pas des professionnels, c’étaient des gens qui avaient des emplois traditionnels. Ils faisaient autre chose et voulaient simplement rendre leur vie plus amusante en apprenant la guitare. Par contre, j’ai enseigné à des musiciens que tout le monde connaît comme Kirk Hammett, Larry Lalonde, Charlie Hunter, Steve Eye ou Alex Skolnick. Ils étaient vraiment jeunes à l’époque et ils voulaient vraiment être les meilleurs guitaristes qu’ils pouvaient être. C’était tellement amusant de leur enseigner parce qu’ils étaient si dévoués, dédiés, motivés, inspirés et ils savaient ce qu’ils aimaient. C’était certainement le cas pour Alex Skolnick et Kirk Hammett et Larry Lalonde. Tu sais, ils ont été les architectes d’un nouveau genre de heavy métal.

MU : On les connaît, c’est sûr!

JS : Tu sais ce que je veux dire? J’ai vu la vague venir avant son impact, parce qu’ils étaient dans mon studio en train d’apprendre à jouer. Je me disais que ces jeunes allaient changer le monde et ils l’ont fait. C’était assez intéressant de le voir de ce point de vue. C’était un réel plaisir de leur enseigner.

MU : Quel genre de prof es-tu? Es-tu sévère?

JS : C’est une bonne question parce qu’on me l’a souvent posée. Les gens se demandaient s’ils pouvaient me supporter en tant que professeur. Je disais à mes élèves que s’ils souhaitaient devenir les meilleurs, ils devaient me donner la permission d’être un professeur très strict. Par contre, si quelqu’un me disait qu’il était prof de maternelle ou chirurgien dans la journée et que son objectif était d’apprendre à jouer quelques chansons pour se détendre, il était certain que je n’allais pas mettre la même pression. C’était vraiment au cas par cas. Je pense que c’est la seule façon d’être un enseignant consciencieux est de vraiment se concentrer sur les besoins spécifiques de chaque élève. Il n’est pas nécessaire d’avoir une méthode unique pour tout le monde. Ça n’a pas de sens pour moi.

MU : Est-ce qu’il y a quelqu’un qui, selon toi, est une possible relève de la prochaine génération? Quelqu’un que tu perçois comme un innovateur ou un virtuose?

JS : Il y en a tellement! Tu sais, nous sommes choyés et en même temps inondés d’une énorme quantité de talents venant du monde entier. C’est l’une des conséquences d’Internet. On connaît de brillants guitaristes de jazz et de blues, des guitaristes et des « shredders » de métal, et ce, partout dans le monde. Peu importe si ça vient de la ville de Québec, de Mumbai, de New York ou de Pompéi. Avant, on entendait parler de guitaristes fous de Kansas City ou de Londres. On associait le jazz ou la musique rock était spécifiquement à un lieu. Si on voulait entendre du bon jazz, on devait aller à la Nouvelle-Orléans par exemple. S’il y avait eu Internet à l’époque, tout le monde aurait pu écouter la musique de tout le monde instantanément. Oh, il y a une dizaine d’années, nous sommes allés en Inde. Nous avons passé une semaine à jouer à Calcutta, à Bangalore et à Mumbai. Sans que nous le sachions, nous avons été suivis par une jeune équipe de tournage. Le documentaire a été fait sans que nous le sachions et il nous a ensuite été donné. Nous avons fini par le publier dans le cadre du DVD Satriani Live. Il y avait un segment là-dedans qui était vraiment très révélateur. Ils filmaient à vingt pas derrière nous pendant tout le voyage. Ils ont filmé les concerts, les tests de son, les séances d’autographes dans les magasins, les allers-retours des aéroports. Tout. Ils ont également interviewé tous les jeunes guitaristes locaux qui étaient venus me voir jouer. Ils sont aussi allés dans des écoles des jeunes enfants indiens de dix ans apprenaient du heavy métal et du « shredding ». Bien sûr, ils étaient tous incroyables, je veux dire qu’ils avaient l’air de pouvoir sortir de n’importe quel quartier de Los Angeles ou de Toronto ou d’ailleurs. Cela a encore une fois prouvé que la communication moderne a permis le partage de l’art dans le monde d’une manière démocratique. Quand c’est filmé et publié sur Internet, tout le monde peut voir et apprendre. Pour répondre à cette question, je dois mentionner un million de gamins de dix ans qui peuvent déjà jouer aussi vite que le guitariste le plus rapide ou tout aussi bluesy que le guitariste le plus bluesy, parce que c’est la réalité. D’une certaine manière, c’est génial parce que ça démystifie la technique, qui est quelque chose que j’ai toujours essayé de faire comprendre à mes élèves. Ce n’est pas la technique qui est intéressante c’est l’art derrière elle, c’est comment vous l’utilisez. Donc, c’est une bonne chose, mais d’un autre côté vous avez beaucoup plus de gens qui se lancent dans l’imitation que jamais, simplement parce qu’ils le peuvent, parce qu’ils y sont exposés. Nous pouvons tous imiter si vite et prétendre aux droits. C’est le cas pour la vidéo Childish Gambino notamment. Moins d’une semaine après la sortie, les gens commencent à lancer leurs propres versions. C’est très intéressant. Le monde change constamment et c’est toujours le chaos.

MU : Préfères-tu la scène ou le studio?

JS : Oh, ce sont deux mondes différents et incomparables. J’aime les moments privés où je compose et où il n’y a pas de caméra, personne qui me surveille. Je peux juste écrire librement, être artistique sans penser à rien d’autre. Et puis, la prochaine étape, bien sûr, qui est aussi intéressante est de faire des enregistrements, ce qui est encore une forme d’art tout en soi. C’est tellement amusant et je pourrais le faire pour toujours. Je pourrais y passer tout mon temps. En même temps, je me rends compte que pour compléter le cycle, il faut que je monte sur scène devant les gens, c’est l’étape finale et très importante du partage de la musique. Il faut partager. C’est ce que j’ai mentionné plus tôt à Acoustic-4-A-Cure. Il s’agit d’un bon exemple de musiciens professionnels célèbres qui ont simplement partagé leur musique avec le public.

MU : Tu as pu jouer avec presque tout le monde de la scène musicale. Y a-t-il encore quelqu’un avec qui tu n’as pas joué et avec qui tu aimerais collaborer?

JS : Oh, bien sûr. On ne peut pas jouer avec tout le monde. Quand on me pose cette question, je me pense d’abord aux guitaristes qui m’ont inspiré quand j’étais un jeune qui apprenait à jouer. J’ai appris avec des LPs. Tous les jours, je jouais avec des disques de Hendrix, de Led Zeppelin et de Cream. Un jour, j’aimerais pouvoir jouer avec Jimmy Page, Eric Clapton et Jeff Beck.

MU : Excellent! Actuellement, beaucoup de groupes tirent tranquillement leur révérence : Mötley Crüe a arrêté ses activités, Black Sabbath a fait sa tournée d’adieu, tout comme Slayer. Tu ne sembles pas avoir ralenti.

JS : Oui, c’est plus compliqué pour ces groupes. Pour Slayer, c’est vraiment dur. Il y a vingt ans, j’aurais dit que ça allait être dur de vieillir gracieusement en jouant du Slayer. C’est si exigeant du point de vue physique. Quand on regarde l’industrie du divertissement, il y a des gens comme Leonard Cohen ou Johnny Mathis. Ces artistes avaient un style très décontracté et sophistiqué et ont pu continuer à travailler jusqu’à l’aube de leurs 90 ans. C’est le cas de Tony Bennett. Il met un joli costume, ne bouge pas et chante de manière confortable. L’autre soir, j’étais avec Sammy Hagar et je ne pouvais pas croire que Sammy chantait comme ça. Il a soixante-dix ans et c’est vraiment difficile de chanter du gros rock puissant à cet âge. C’est plus technique que du Johnny Mathis ou du Leonard Cohen. Je ne suis donc pas surpris que certains groupes cessent leurs activités parce que c’est vraiment difficile de continuer à le faire. Quand je pense à l’énergie de Slayer, je peux comprendre qu’ils aient besoin de ralentir un peu. C’est plus facile pour moi. Tout d’abord, je ne chante pas et c’est facile de continuer à jouer. Je regarde toujours des gens comme Keith Richards, Ron Wood et Jeff Beck. Ces gars sont des légendes, des hommes plus âgés et ils jouent tout le temps bien. Ron Wood et Jeff Beck ne font que s'améliorer.

MU : Je ne peux pas imaginer finir sur une meilleure note.

JS : Très bien, merci. C’était cool de te parler.

MU : Merci beaucoup. Tu as été plus que généreux.

JS : Au revoir!

MU : Merci, au revoir.

 

Un immense merci au grand Joe Satriani pour son temps et sa généreuse participation.

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