15 Jui 2016

L'histoire du métal et sa réinvention

Notre nouvelle journaliste, Charlotte Lamontagne, va partager avec vous ses opinions, ses visions et ses sentiments sur des sujets musicaux de tout genre! Comme premier texte, elle vous offre : L'histoire du métal et sa réinvention.

Bonne lecture!

Il est important de ne jamais oublier d’où nous venons. C'est lorsque que nous écoutons une variété de styles musicaux que nous réalisons à quel point la communauté métal a été forgée par divers courants, pour au final, se réinventer selon différentes vagues, différentes normes et une disparité de sons... Si, dans l'histoire des arts, nous sommes passés de la musique classique au blues, puis au jazz, c'est sans doute la transition entre le rock et le métal qui marquera le plus. D'une même racine, ces deux genres se sont dispersés dans le monde, en survivant à l'épreuve du temps, et ce, en tenant leur propre étiquette, leur style à part entière. Force est de constater qu'aujourd'hui, encore tout aussi avides de musique forte, rapide et brutale, nous avons cependant altéré le contenu de ces styles, les moulant aux besoins de notre société actuelle. Voilà encore une musique qui a du mordant, du cœur; qui offre une authenticité irremplaçable, mais qui en oublie son passé. De plus en plus, le métal et le rock empruntent de nouveaux chemins, tentent de réinventer la roue, à leur façon.

Rétrospective

         Rappelons l'époque progressive des années 70, où la musique s'étudiait. Derrière leurs manches et leurs baguettes, les musiciens de cette époque cherchaient à créer une musique cérébrale et calculée. Comme les longues envolées psychédéliques de Yes, où les froides et impressionnantes partitions de Genesis, la musique était un art que l'on  décortiquait, que l'on analysait et que l'on reconstruisait, en toute complexité.

         Puis, soudainement, un miracle teinté de malice, d'une ambition sombre, aux couleurs de l'enfer surgit. Une vague immense, un mouvement collectif. Tout à coup, ce sont les jeunes de la rue qui s'éveillent, s'unissent et mettent au monde une musique forte, agressive, prête à tout balayer. On ne parle plus de longues pièces élaborées, mais d'âme, de cru. C'est un tout autre type de musique, qui renferme une technique tout aussi hallucinante, mais à la fois contestataire. L'on ne cherche plus à plaire, à transmettre l'harmonieux avec grâce et poésie. Certes il s'agit d'une musique songée, mais entièrement réinventée : c'est la « street wave », renforcée par la rage des musiciens et de leur auditoire, qui se lanceront sans hésiter dans le « tape trading » et le bouche-à-oreille.

         L'on n'avait jamais vu rien de tel, jamais encore assisté à une rébellion à si grande échelle. Après la musique jugée « heavy » de Led Zeppelin et l'intéressante Helter Skelter des Beatles, encore considérée aujourd'hui comme un élément conducteur vers la musique métal, c'est dorénavant le son tranchant, coupe-gorge de la « Bay area » de Los Angeles contre les « thinking man metal bands » de la New Wave of British Heavy Metal de l'Angleterre. Bien qu'il y ait une centaine de protagonistes dans ce conte qu'est le développement du métal au sein d’une société réticente, c'est réellement au cours des années 80 que le tournant devint une voie, que la tendance brutale, sans retenue ni artifices explosa pour de bon.

         Dans un monde où Sabbath et Pentagram ont su amener le principe de la musique d'horreur, l'exprimant sous le « groove », c'était au tour de Metallica, de Megadeth et de Slayer de rugir, de démontrer à l'univers cet amalgame explosif de distorsion, de cris écorchés et de délire. S'ensuivirent les pionniers du « heavy 'n speedy », avec Iron Maiden, Motörhead puis, les novateurs de l'extrême, du provocant : Venom, Darkthrone… Le métal était à son apogée, une période des plus créative, où tout un chacun avait quelque chose à y apporter. Du thrash au black, rapidement, ce fut au tour du death de surprendre, ou encore du doom. Il y avait toujours place à l’innovation avec des groupes cultes tels qu'Electric Wizard, ou encore Acid Bath et son sludge des plus sale et rouillé. Sans plus tarder, le technical et le melodic vinrent également transformer la tendance et puis le reste, c'est de la vieille histoire…

         Comment expliquer ce phénomène? Pourquoi tant de sous-genres pour un seul et même style? Serait-ce que le métal absorbe des influences aussi bien de la structure classique, que du « soul » retrouvé dans le blues? D'une décennie à l'autre, chaque nouveau style a su forger le métal, y ajoutant toujours une petite touche explosive, unique. Par le biais du son arraché de The Kinks, l'énergie folle de The Who, grâce à la soif d’étrenner de Deep Purple, mêlé à la folle expérimentation de Pink Floyd et de King Crimson,  le  métal s'est laissé charmer, altéré par les essais des autres. Comme une toile vierge, c'est un genre qui s'est laissé inspirer de tous ces courants, pour enfin naître sous ses propres termes et tout remettre en question sur nos connaissances et nos limites… 

Réflexion

         Cette flamme, cette unicité ne se recrée plus aujourd'hui. C'était l'époque de la montée, de l'intensité. C'était l'ambition de tout conquérir, dans la débauche et la dévotion. Cet aspect de la vieille école sonne faux à présent, lorsque les groupes tentent de l’imiter; de lui rendre hommage. C'est un nouvel élan qui a pris le relais : le métal évolue vers la critique. Certes, bien des classiques de la scène « old school » visaient déjà à critiquer notre société; il ne faudrait surtout pas oublier des chefs-d’œuvre tels que Paranoid ou Rust In Peace, qui dénonçaient haut et fort notre soif de guerre et de contrôle, mais il semble qu'une nouvelle vague domine désormais la scène. C'est la mobilisation, l'envie de sensibiliser les foules en regard des gestes et des valeurs néfastes de l'État. Pensons à Gojira qui milite pour l'environnement, ou alors Graveworm qui se bat pour les droits de la communauté LGBT. C'est le désir puissant de changer, d'améliorer le sort de l'humanité, un nouveau courant pour le métal. Une détermination qui permet au genre de carburer avec autant de force, d'audace et de ferveur. Si le métal se sentait autrefois appelé par le besoin de critiquer (rappelons que Slayer en avait long à dire sur la religion), eh bien aujourd'hui nous faisons face à la réflexion. C'est la philosophie : nous cherchons problèmes et solutions.

         C'est le retour du balancier, de la technique et de son abus. Les groupes réétudient la musique, tentent de se surpasser en termes de complexité. À nouveau, nous recherchons le distinct, nous cultivons le besoin de créer, d'innover. C'est une nouvelle forme d'ambition, un prolongement logique par rapport aux complaintes des décennies précédentes. C'est une suite sensée, directement en corrélation avec l'évolution de notre monde, une transformation qui était inévitable due à notre déchéance humaine. Comme tout mouvement qui revient à la mode, aujourd'hui, le métal se construit avec temps, persévérance et dévouement. C'est la quête de surprendre, de provoquer de nouvelles réactions, dans un monde où tout semble déjà avoir été dit…

         Au final, c'est toute une histoire qui se cache derrière ces albums et ces groupes cultes de la scène métal. C'est un univers sans fin, qui s'explique selon bien des facteurs, mais qui s'est surtout développé grâce à la passion d'un auditoire affamé par la musique, en constante recherche du distinct. Renfermant bien des phénomènes, anciens comme récents, il faut continuer de se questionner, d'analyser le cours des choses. Si l'on se doit de rendre hommage à nos racines, il ne faut pas négliger l'avenir pour autant. Avec une telle évolution, quel type de changement sera souhaitable pour l'épanouissement et le développement éternels du métal? Y a-t-il  encore place au changement? Y a-t-il encore moyen d'innover, de réinventer sans se répéter? Et si, encore une fois, tout dépendait de nous? De notre vision trop étroite où trop grande? Saurons-nous réaliser tout le potentiel du genre, en sorte que l'humanité de demain puisse en jouir? Comme toute tradition transmise d'une génération à l'autre, il est de notre devoir d'enseigner l'histoire, l'origine et les trésors que renferme ce genre passionné, authentique, névrosé….


 

 

Lu 5261 fois Dernière modification le mercredi, 15 juin 2016 23:15
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