28 Juil 2016

Cliff Burton : Génie des arts et force ultime derrière Metallica Spécial

En l'honneur des deux premiers opus de Metallica, fêtant tout deux leurs 33e et 32e anniversaires respectifs cette semaine, le frénétique Kill 'Em All et sont agressif acolyte, Ride The Lightning, aujourd'hui coté sextuple platine, un article s'imposait, d'une part afin de célébrer la contribution du quatuor de Los Angeles à la scène métal, mais surtout afin de souligner le génie créatif derrière le tout, le je-ne-sais-quoi unique du défunt Cliff Burton. Distinct dans sa manière de fusionner la signature typique du thrash à la mélodie, tant harmonieuse que stimulante, c'était dans les mains et l'esprit du bassiste de 24 ans que dormait la force motrice de Metallica, cette montée vers le rêve commun de construire un nouveau genre, un mouvement contestataire.

         En effet, si l'on a aujourd'hui beaucoup de reproches à l'encontre de la formation, il faut tout de même leur accordé un certain crédit : alors que la musique stagnait, à une époque où il fallait restreindre toutes pulsions, toutes envies sujettes au mal, ce sont ces groupes tels que Metallica qui ont eu la force de se lever, d'hurler et de se déchaîner sur leurs instruments afin de faire comprendre au monde entier qu'il y avait plus à la vie, que nous nous devions de répondre à ces appels, ces désirs, notre folie innée. Mais pourquoi Metallica, pourquoi ce groupe précisément? Depuis déjà 40 ans, tout le monde semble fixé sur ces quatre hommes, avant tout autre membre du « Big Four ». C'est un fait, Metallica ont réussi à se classer parmi les groupes les plus connus de la scène tant rock que métal, et, à ce jour, plusieurs s'obstinent encore à savoir si leur succès commercial est dû à la période cheveux-courts-et-« radio-hits »-à-saveur-« heavy », ou s'il devrait s'expliquer par la vigueur et la dévotion dont ils ont usé, dès le début, afin de conquérir l'univers musical selon de nouvelles règles, leur propre jeu. Aussi adoré qu'est cette période, il nous paraît parfois impossible d'oublier ce sombre jour où ils ont cédés à l'industrie, rejetant la vitesse et toute forme de complexité musicale, échangeant leurs auras de « bad ass » pour des œuvres plus simplistes, vidées de toute hargne. Bien sûr, plusieurs diront qu'ils ont réussi à rejoindre un public plus large de par ces pièces, alors que d'autres perçoivent encore les années 90 comme une haute trahison. Peu importe où l'on se retrouve parmi ce chaos, le débat est inévitable. Au final, la comparaison se doit d'être établie et il est important de savoir tracer une ligne entre les Metallica d'hier et d'aujourd'hui, car nous avons justement cette fâcheuse incapacité d'apprécier un album sans l'analyser et l'opposer à telle ou telle autre période. Bien que l'enjeu soit fort intéressant, aucune issue ne paraît possible. Toute explication s'y prête, mais rien ne semble convaincre ou satisfaire la rage d'une partie ou de l'autre. Au fil du temps, l'on finit par se désintéresser, l'on perd le feu intérieur et la détermination de se battre : les clans se dissipent et, bien des décennies plus tard, Metallica n'est qu'un autre classique, un nom connu de tous, mais souvent incompris...


         Afin de démystifier leur succès, il faut absolument retracer leurs débuts et les trois albums qu'ils ont composés en tant que formation originale. C'est là que tout a commencé, sans aucun doute, alors qu'ils osaient provoquer d'une musique lourde et agressante, faisant honneur au thrash en usant de distorsions, de percussions brutes et de lourds « shreds », d'une atmosphère malicieuse.  Avant l'arrivée de Cliff, c'était la débauche, l'art dans l'excès, la musique sous la déchéance, les paroles noyées au fond de la bouteille. Bien que cette période renferme une authenticité inégalable, c'est sous l'esprit complexe et innovateur du bassiste que le groupe s'est raffiné, amenant une dimension plus crédible à leur musique, des thèmes plus élaborés et des pièces plus solides; permettant aux hommes d'explorer, de repousser leurs limites et de mettre au monde de longues instrumentales, criantes d'émois.

         En observant Burton sur scène, deux aspects se dégagent : au-delà de son synchronisme hors pair, il usait d'une technique inouïe, mêlant vitesse à agilité, en passant par la force, l'endurance et la minutie. Maître de plusieurs techniques comme les « harmonics », ou de l'atmosphère liquide, émotionnelle et abstraite que crachait sa « Wah », l'homme gérait également la rythmique des pièces, créant un pont inébranlable entre la tonalité et la structure. Admiré de tous pour cette force physique et cette efficacité musicale, c'était également l'audace même de l'homme qui faisait de lui une force mémorable au sein de Metallica. Effectivement, il a su créer un son unique, donnant une étiquette au groupe, de par son grand usage de pédales et de distorsions, dans la même veine que Lemmy Kilmister, un son très ambitieux et intrigant pour une guitare basse. Avec une créativité particulière, Cliff alimentait le groupe d'idées colorées, de partitions et de solos de basse hallucinants (d'ailleurs souvent mépris pour de la guitare), de thèmes étranges et imagés, ainsi que de mélodies glorieuses, qui marqueraient la mémoire et survivraient à l'épreuve du temps.


         Ayant maintes connaissances quant à la musique classique et une excellente base de piano, Burton pouvait également approvisionner ses pièces de notions plus théoriques, jouant avec l'arrangement rythmique, notamment la syncope. À l'époque, alors que la « Street wave » dominait peu à peu, c'était un atout que d'avoir un membre plus éduqué parmi son groupe. Bien que le thrash se résumait à la rapidité, la vulgarité, la révolte et la bière, Cliff savait y joindre un soupçon de culture classique, clamant le compositeur allemand Bach comme une de ses grandes influences. Rappelons que le virtuose appréciait lui-même un large éventail de styles et d'époques différentes, sachant judicieusement s'inspirer de celles-ci, offrant un ingénieux amalgame forgé des jeux de distorsions de Lemmy, du lourd, rebondissant et enveloppant « groove » de Geezer Butler et de l'éternelle méticulosité de Geddy Lee, le tout légèrement scellé d'une signature sudiste.


         Avec précision et confiance, Cliff transpirait l'amour inconditionnel de la musique et de son évolution. C'était le dévouement total, le corps uni à l'âme afin de transmettre à la foule le plus profond de lui, une interprétation émouvante, splendide tant dans le bout de ses doigts que dans les sons qui se dégageaient de son manche… À tout coup, il rendait à la foule sa ferveur, sa fougue, toute l'énergie possible, en vivant et en ressentant chaque note. Des heures et des heures de pratiques sous son doigté ferme et exact démontraient à coup sûr sa passion pour l'art. Muni d'un grand savoir et d'une détermination singulière, armée d'une technique savante et d'une force incroyable, il avançait, guidait ses partenaires vers tout le succès nécessaire, en restant fidèle à ses croyances et ses habitudes. Ayant toujours eu ce souci du détail authentique et ce désir de recréer la perfection, il savait pourtant parfaitement assumer sa nature de « bum », de sales « thrasher »; avec ses cheveux de pouilleux, son tatouage des Misfits et ses jeans troués.

Aujourd'hui, son répertoire aurait été bien varié et c'est pour cela que personne ne peut s'empêcher d'en vouloir au destin de nous avoir privés de son talent. C'est l'écho de son âme, de son esprit libre et de toutes ses créations qui résonnent en nous, éclatent, chaque fois qu'une œuvre de Metallica retentit...



Lu 10002 fois Dernière modification le jeudi, 28 juillet 2016 01:09
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