22 Juil 2014

Les Archives Rock/Métal : Iron Maiden/Anthrax - 16 janvier 1991 au Colisée de Québec

En 1991, 4 jours avant ma fête de 16 ans, je me suis payé un voyage « organisé » donc tout inclus pour aller voir Iron Maiden. À l’époque, pour voir des concerts lorsque tu étais saguenéen, il ne fallait pas attendre la venue des groupes majeurs en ville car avec la motion spéciale votée lors du conseil de ville de Chicoutimi, toute représentation scénique de musique à caractère agressif était maintenant à proscrire étant donné les dommages laissés par la venue de Metallica en 1989. Ce qui voulait dire que si tu voulais du métal de gros calibre et même de moyen calibre, il fallait que tu te déplaces. Et faire la route jusqu’à Québec quand tu as 15 ans, c’est impossible ! C’est pourquoi les voyages organisés en autocar de luxe étaient présents pour le peuple saguenéen, peu importe l’âge.

« Il va tu y avoir de la drogue ? Il va tu y avoir de la boisson ? » étaient les questions que nos parents nous demandaient. C’est certain que nous répondions par la négative, question d’avoir un pied dans le bus et un autre à l’extérieur. C’est pourquoi nos mères désiraient parler avec l’organisateur des voyages organisés. Je me souviens d’être allé payer mon forfait un samedi matin, à l’appartement de Pierre D’Aragon, juste avant d’aller à ma partie de hockey. C’était lui l’organisateur des périples. Il relevait de brosse, c’était évident. Ça sentait la tonne dans son appart, mon père avait l’œil louche envers Pierre. J’ai payé mon 60$, un prix qui comprenait le voyage aller-retour et le billet du concert, et j’ai pris mon reçu qui confirmait que j’allais être présent dans l’autocar pour aller voir Iron Maiden lors de la tournée de l’album No Prayer for the Dying avec mon groupe favori en ouverture, Anthrax !

Dans le parcours d’un métalleux, il y a de nombreuses rencontres qui font ce que tu deviens. Une des rencontres les plus marquantes pour moi est celle avec Pierre D’Aragon. Ce jeune adulte à l’époque nous laissait une place dans son autobus, sans problème ! Même avec nos têtes de jeunes adolescents.

Bien agglutinées sur les murs de la ville et dans les fenêtres des abris-bus, les affiches de Pierre D’Aragon nous interpellaient ! Collages effectués grâce aux grossissements offerts par les photocopieuses, elles nous frappaient fortement car c’était notre sauveur !

J’ai fait de nombreux voyages avec Pierre D’Aragon, une bonne dizaine au moins. L’avantage avec ses périples était la possibilité de faire la fête à notre guise. Après les concerts, on pouvait arrêter dans des bars de Québec pour en prendre une dernière. Même si nous n’avions pas l’âge requis, il s’arrangeait toujours pour que l’on entre, sans problème !

Il s’en buvait de la bière, la seule exigence était d’être en canettes et de passer le chapeau pour le conducteur car, il était en infraction comme de raison. Certains utilisaient d’autres substances. Les joints roulaient, la mescaline était très populaire à l’époque mais moi, je me suis toujours contenté de prendre quelques bières, choix personnel et aussi plus avantageux pour pouvoir me rappeler du concert ! Quand les bus de Chicoutimi arrivaient à Québec au Colisée, les gens qui faisaient la file dehors avaient droit à un spectacle… avant même le vrai concert !

En contact avec le promoteur de Québec, Pierre D’Aragon nous obtenait toujours les meilleurs billets, au moins 9 fois sur 10.

Je n’avais jamais vu Iron Maiden en concert et en encore moins Anthrax. Quel moment intense pour moi, c’était la tournée No Prayer on the Road pour Maiden, c’est-à-dire qu’il n’y avait pas Adrian Smith. Anthrax, même si le groupe ouvrait, avait l’opportunité d’avoir la scène complète avec tout leur set complet de Persistence of Time, comme dans le clip d’In My World, avec les horloges qui avaient des aiguilles qui tournaient.

Au départ, nous étions une bonne bande de chums comme toujours. Parmi le tas, il y avait Éric (nom fictif, je ne veux pas le faire suer avec cette histoire…) qui était déjà quelqu’un d’assez avancé dans le monde interlope… Tsé, à 15 ans en 1991, d’avoir un paget, ça nous impressionnait en gériboire ! Mais il vendait, pas le choix ! Je connaissais Éric depuis le primaire, un bon gars, un chic type très sympathique qui déplaçait ben de l’air…

Éric était un gars de Laterrière et qui dit Laterrière, dit gars qui sait boire et en quantité!

Question de bien se réchauffer avant le concert et pendant le voyage en autobus, Éric s’est enfilé une bonne dizaine de canettes de Laurentide tièdes et a fumé des substances, comme une cheminée de l’Alcan.

Assis près de moi, il sentait que le wobbellisme le gagnait :

« Aie Klimbo, man, peux-tu me garder mon billet ? T’es moins maganné que moi, j’ai ben peur de le perdre… » me dit-il, sortant le billet de son portefeuille.

« Pas de trouble, je te le redonne en sortant ! »

Et le tout continue. À mes côtés, j’ai mon cousin Dom, 13 ans, qui participe à sa première expérience du genre et on boit quelques canettes d’O’keeffe bien peinard en jasant avec le monde autour.

Le trajet Chicoutimi-Québec ne prend que deux heures mais dans ce genre de voyage, tu te rends compte que tu peux te maganner assez vite en deux heures, surtout si tu as commencé avant d’entrer dans l’autocar !

La musique crachait toute croche des speakers cheaps en arrière. Pierre D’Aragon faisait toujours des mix tapes où il parlait entre les chansons, demandant de sa voix métallisée : « Est-ce que vous trippez ? » Les deux premières fois, ça réveillaient les troupes mais ensuite, c’était dans le beurre ! Il faisait tirer de la bière aussi car il avait toujours une commandite de Labatt pour quelques caisses de canettes.

Cette fois-là, Éric en a gagné quelques-unes qu’il s’est sifflé dans le temps de le dire, encouragé par les poilus plus vieux que nous autres qui voulaient nous faire boire, question d’être testés… correctement ! Éric commençait à être bigrement maganné… mélange de bières bues très rapidement et de fumée magique, Éric me dit :

« Klimbo, j’pense que je vais dormir. Réveille-moi à Québec avant le show pis c’est toi qui a mon billet… Maiden estie! » a-t-il ronchonné.

« Ouais plus Anthrax pour moi, dors un peu, ça va être mieux tantôt ! »

À Québec, c’était l’arrêt habituel au McDo, question de se faire une patch. Éric me fait comprendre qu’il n’a pas faim, je me clanche trois cheeseburgers question de dégriser un peu…

De retour dans le bus, il ne reste plus que quelques minutes avant d’arriver au Colisée de Québec. En arrivant, il y a déjà du monde partout en cette froide journée d’hiver. Comme de raison, tous sortiront en t-shirt pour ne pas trainer de veste, trop encombrante.

Je dois réveiller Éric, c’est vrai. Je sors son billet de mon portefeuille.

« Aie Éric, réveille. On est rendu ! » dis-je de ma grosse voix aucunement autoritaire.

Il bronche, s’étire, il est vert fluo, exposant 8.

« Ah ouais, on est là, Maiden estie ! T’as mon billet ?»

« Le v’là ! Let’s go, il faut que je passe au kiosque d’Anthrax »

« Ouais, je poigne mon manteau. J’arrive. Calme-toi, il va y en avoir encore des gilets d’Anthrax…»

Il se prépare, met son billet dans sa poche de jeans.

« Tu ne devrais pas le mettre dans ta poche de jeans, tu vas le scraper ! » lui dis-je comme un fin connaisseur dans le domaine du traitement du billet.

Moi, je sors car il est réveillé. Tout le monde sort et c’est le cirque saguenéen!

Je suis crissement excité, mon cousin Dom aussi. À l’époque, j’étais camelot pour le journal Le Quotidien. J’avais une bonne run de journaux et en plus des circulaires, je pouvais me faire de 70 à 100$ par semaine, somme énorme à 15 ans.

Avec les cadeaux monétaires pour ma fête en plus de mon argent mis de côté, j’avais environ 225$ sur moi. J’arrive au kiosque avec mon cousin Dom, les yeux luisants !

« Oui, je peux t’aider ? » me demande le gars au kiosque de marchandises d’Anthrax.

« Euh… as-tu des t-shirts en format médium ? »

« Oui, ils se font tous en médium mon ami ! » dit-il.

« Ok, je vais tous les prendre SVP en plus de la casquette »

« Euh… attends un peu, sais-tu que ça te fait, attends, 210$ mon ti-gars ? » m’annonce l’employé.

« Shit, j’en ai pas assez pour le programme de tournée. Je prendrai une bière à la place ! » dis-je avec mon look de Peter Pan fusionné avec Punky Brewster de l’époque.

Le gars me donne tous mes t-shirts, celui aux manches longues et je les mets un par-dessus l’autre. 5 t-shirts et un chandail à manches longues. Ensuite, je mets la casquette sur ma tête et attrape au vol un gars de mon autobus plus âgé pour qu’il m’achète une bière.

Je descends au parterre, rejoins ma place et j’attends le début du concert. Malheureusement, mon cousin Dom n’a pas un billet près de moi sauf qu’il se faufile gentiment et je lui fais une place sur ma chaise.

Anthrax nous bombarde avec nos chansons favorites, on crie comme des nénettes en feu. Iron Maiden nous fait halluciner royalement !

Fin du concert, retour à l’autocar. J’attends mon tour, je monte.

Bien évaché sur son banc, il dort. La bave lui coule de la yeule, il ronfle comme un vieux moteur de tondeuse…

Je le réveille…

« Aie Éric, t’es déjà revenu ? » dis-je.

« Hein, Klimbo ? » il est totalement dans les limbes… « Aie, faut que tu me réveilles en arrivant pour le show, t’as mon billet ! »

Oups…

« Éric, c’est parce que le show est fini, on retourne à Chicoutimi. Je t’ai donné ton billet y’a vraiment longtemps ! » lui annonce-t-il.

«Hein…… Ben voyons… en tout cas… moi je me recouche…ZZZZZZZZZZzzzzzzzz »

Il est reparti dans le domaine du dodo…

Après l’avoir vu replonger dans un sommeil très profond, la discussion du retour était cet évènement.

Selon certains, Éric était bel et bien réveillé avant le concert, dans le bus. Il était debout et cherchait son billet mais dans son manteau et dans son portefeuille. Il n’a jamais pensé à son jeans…

À l’école le lendemain, il m’a raconté le tout et c’était ça en fin de compte. Trop bollo, il ne savait plus à quel endroit était son billet. Écœuré de chercher, Éric s’est rassis pour se rendormir.

Le conducteur là-dedans ? N’a-t-il pas tenté de réveiller ce pauvre jeune homme ?

Non, car ce n’était pas la première fois qu’il voyait ce genre de truc !

Éric a manqué ce concert. Tout ce voyage pour rien mais une bastonnade mémorable ! J’ai tellement raconté cette histoire souvent…

Pour ce qui est du concert en tant que tel, je me souviens qu’Iron Maiden a commencé avec Tailgunner. Eddie avait une veste de jeans et se battait avec Janick Gers mais le plus impressionnant a été ceci :

Bruce Dickinson a annoncé sur scène, vers 21h55 que les Américains avaient officiellement déclaré la guerre à l’Irak. C’était le début de l’opération Tempête du Désert, le début de cette guerre. Il a annoncé le tout dans son français impeccable pour ensuite nous dire : « Maintenant, il est 21h58, donc 2 minutes avant 22h00. Et voici 2 Minutes to Midnight! »  

Liste des chansons:

Tailgunner

Public Enema Number One

Wrathchild

Die With Your Boots On

Hallowed Be Thy Name

22 Acacia Avenue

Holy Smoke

The Assassin

No Prayer for the Dying

The Clairvoyant

2 Minutes to Midnight

The Trooper

Heaven Can Wait

Iron Maiden

Rappel:

The Number of the Beast

Bring Your Daughter... to the Slaughter

Run to the Hills

Sanctuary

Lu 6748 fois Dernière modification le mardi, 22 juillet 2014 15:02
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