06 Aoû 2018

Osheaga : Retour sur la fin de semaine de l'édition 2018

L’édition 2018 du festival Osheaga s’est terminée dans l’euphorie la plus totale. En affichant complet, une fois de plus, le festival vient de prouver toute sa pertinence.

Avec une carte que certains trouvaient répétitive, les festivaliers ont été présents, tout au long de la fin de semaine. Nous avons donc la confirmation qu’il importe peu qui se retrouve sur la programmation d’Osheaga, la foule sera au rendez-vous.

Et c’est ce qui fait la force d’un festival de ce genre. C’est de vivre l’évènement plutôt que de vivre un courant musical. Il est très tendance de pouvoir confirmer que « tu es » à Osheaga, en inondant ton compte Instagram de photos où tu proposes tes dernières fringues ou ta coiffure dernier cri. Ce côté superficiel semble un irritant pour le véritable amateur de musique qui s’offre une épopée de découvertes musicales mais qui doit faire du slalom au travers les blogueurs, influenceurs et autres maniaques du selfie qui pullulent sur le site.

Lors de la première journée, des artistes comme Portugal the Man, Chromeo, St-Vincent, Yeah Yeah Yeahs et Likke Li ont foulé l’une des cinq scènes disponibles. Mais c’est surtout le retard de Travis Scott qui a marqué l’imaginaire des festivaliers. Effectivement, avec plus d’une heure et des poussières sans fréquences sonores sur scène, le rapper est arrivé, créant un effet de soulagement pour certains mais une bonne dose de rage pour d’autres.

J’ai participé à de nombreuses reprises à Osheaga. Métallique à la base mais mélomane avant tout, je ne suis pas borné et j’adore faire des découvertes lors de ce festival. Je me suis donc présenté, samedi vers 12h30, sur l’immense site d’Osheaga. Endroit qui demeure temporaire, c’est à la même place que le Heavy Montréal quoi qu’il y ait une scène principale additionnelle vers l’est et une autre scène de type médiane, vers l’ouest.

Sous la pluie, je me suis avancé vers la Scène de la Montagne. Présent avec ma fille de 10 ans, il était primordial que nous soyons sur place pour la prestation d’Alice Merton. Cette jeune femme d’origine allemande (mais qui a déjà vécu au Canada) nous a démontré qu’il est possible d’assurer musicalement, même à 24 ans. Solide et bien accompagnée par d’habiles musiciens, Merton a travaillé la foule pendant une trentaine de minutes avec du matériel qui provient de son Ep et de quelques singles. Touchée par le fait qu’elle soit présente au Canada pour une première fois, elle cherchait de l’œil les copains et copines d’enfance qui avaient fait le voyage pour la voir à Osheaga. En terminant sa prestation avec No Roots, elle a pu laisser la scène en se disant que la pluie n’avait aucunement affecté l’humeur des participants.

Immédiatement après, la chanteuse canadienne Lights se retrouvait sur la Scène de la Rivière. Sa longue chevelure rouge se mariait à merveille avec son veston jaune et son short, rouge. Visible de loin, elle demeurait le point central de la scène. Très impliquée avec son public, elle ne s’est pas gênée pour descendre dans la foule pour y serrer des mains et prendre quelques selfies avec des amateurs en pamoison. Elle et son groupe ont maximisé sur les chansons de son dernier album, Skin & Earth, tout en proposant une reprise acoustique de Nice for What de Drake.

L’apparition du soleil s’est vraiment faite sous les rythmes reggae-rock de Bedouin Soundclash. C’est très cliché à dire mais j’avais l’impression que leur musique chaleureuse était responsable de cet ensoleillement. Habile au niveau musical, ce groupe demeure très chaleureux malgré une certaine complexité dans les arrangements. Leur bassiste groove et son jeu est bien audible sur des chansons comme St.Andrews et Rolling Stone. Vers la fin de leur prestation, l’humidité a pris une ampleur incommensurable. Il était temps de s’hydrater généreusement pour éviter que le corps subisse les contrecoups face à la déshydratation.

Retour à la Scène de la Rivière pour participer à l’évènement qu’était LANY. Cet acronyme veut dire Los Angeles New York et ce groupe d’indie pop plutôt charmant semblait plaire amplement au contingent féminin. Leur chanteur Paul Klein arborait un flamboyant t-shirt tie dye de Rush, ce qui n’a eu aucun impact sur les autres témoins de la prestation! La plupart des gens massés devant le groupe connaissait les paroles. Très participative, la foule connaissait les punchs instrumentaux et les bouts où Paul Klein demande une intervention. En descendant pour prendre un bain de foule, Klein est revenu sur scène avec une feuille de scrapbook. Une admiratrice lui avait remis un portrait de lui et ce dernier, visiblement touché par ce geste, l’a montré à la foule avec une certaine fierté.

À ce moment, nous étions à la recherche d’ombre. Milk & Bone, un duo montréalais de musique électro-pop ambiante, allait nous offrir cet instant de repos. En prenant une légère pause à la Zone Coors Light où l’ombre et les hamacs dominent, nous avons pu entendre les premières mesures du groupe. Après quelques lignes, nous avons décidé de nous approcher. Le nom du groupe était écrit avec de larges lettres dorées gonflables, comme celles que l’on peut se procurer dans les magasins de party. Laurence et Camille sont installées devant un immense rack aux allures de comptoir où leurs claviers, pads et autres bidules sont installés. Très ambiant musicalement et sous un soleil de plomb, nous avons réussi à nous immiscer dans la foule où la scène créait un effet d’ombre ravigotant. Leur musique n’offre pas vraiment d’instants sautillants donc de savoir que la tranquillité s’installait, c’était parfait! Sauf qu’au moment où les gicleurs pour la foule s’animent, il y a un effet de panique. Nombreux sont ceux et celles qui ne veulent pas être mouillés par le jet d’eau et c’est à ce moment qu’il se produit un mouvement de foule nerveux.

À l’inverse du Heavy Montréal où les gens courent vers ce jet d’eau rafraîchissant, la foule d’Osheaga, elle, semble le craindre…

Mon épouse m’avait fortement recommandé d’aller voir et entendre LP. Je voyais souvent son album passer dans mes recommandations d’achats chez Amazon. À voir la couverture, je croyais que LP était un homme ou même, un ancien membre des Strokes. Non, LP est une femme pour qui le look n’est pas une priorité. Très masculine, cette dame a de la poigne et elle se veut solide. Auteure-compositrice de talent, elle a écrit pour des nombreux artistes comme les Backstreet Boys, Christina Aguilera et même Cher!

Tantôt folk et parfois plus rock, il est surprenant d’entendre sa voix feutrée qui parfois prend des intonations très élevées, digne du fausset. Ukulélé en main, elle offre des instants plus intimistes mais lorsqu’elle siffle les ritournelles, elle nous captive. Une belle découverte qui risque de plaire autant au fan de Bob Dylan, de Jeff Buckley que de Sinead O’Connor, Feist ou même des Cranberries!

Ma découverte pour Osheaga reste la formation torontoise The Beaches. Influences des Runaways plutôt audibles, ce quatuor rock a su brasser la cabane et pour être franc, il était temps que ça déménage un brin! Avec un nouvel album du nom de Late Show, les filles ont présenté un bon nombre de pièces tirées de ce disque. Malgré les jupes courtes, les membres du groupe n’hésitait pas à se mettre le pied sur les moniteurs et à se brasser la chevelure sur des titres comme Moment, Gold, Money, Boy Wonder et la plus qu’enivrante, T-Shirt!

À 73 ans, Debbie Harry pourrait rester chez elle et sprayer du Windex sur ses disques d’or et de platine. Pas question car tant qu’il y a de la vie et une foule qui veut chantonner avec elle, c’est dans les plans de la dame et des gars du groupe! Même si Chris Stein doit demeurer assis pour jouer de la guitare, Blondie persiste et signe.

Avec une veste où l’on pouvait y lire « Stop Fucking Up the Planet », on pouvait clairement comprendre que la dame revendique encore et que l’âge ne l’assagit aucunement. Il était intéressant d’entendre ma fille me dire, à de nombreuses reprises : « Ah, c’est elle qui chante ça! » étant donné la grande portée des succès de Blondie.

Même si elle ne chante plus les parties plus élevées au niveau vocal, Debbie Harry peut compter sur la participation plus qu’active du public car tout le monde connaissait les refrains des chansons comme One Way or Another, Hanging on the Telephone, Call Me, Rapture, The Tide is High et l’incontournable Heart of Glass.

Il était essentiel pour ma fille de voir Loud. Le Québécois a eu une année 2018 fulgurante et le succès de la chanson Toutes les Femmes Savent Danser a propulsé le rapper au sommet des palmarès. Malgré tout, je m’étais dit qu’il n’y aurait pas un amoncellement monstrueux pour sa prestation à la Scène des Arbres. Après tout, la grande majorité des festivaliers semble être de souche anglophone. Donc, impossible qu’ils connaissent Loud. De plus, le groupe de l’acteur Finn Wolfhard de Stranger Things et It jouait en même temps!  

Non, je me trompais. C’était excessivement compacté devant Loud. Habillé comme un ours et casquette blanche inversée, le jeune homme a fait danser et sauter le bon peuple. L’odeur de l’herbe hallucinogène prenait de l’ampleur, elle aussi. Le soleil n’était aucunement timide, les décibels semblaient encore plus lourds dans nos oreilles.

Loud et DJ Ajust semblaient surpris par l’opacité de la foule devant eux. Le rapper sautait, dansait et tenait la foule dans le fond de sa casquette! Encore une fois, les gens connaissent les paroles et question de brouiller les cartes, Loud n’a pas enligné le hit de l’heure à la toute fin. Comme invité, Lary Kidd est venu rejoindre ses deux comparses, question de voir un retour de Loud Lary Ajust.

Avec une bonne tête qui rappelle une version amish d’Alex Nevsky, le chanteur de Lord Huron, Ben Schneider s’est avancé devant son micro. Leur indie rock aux teintes folkées sonnait, à mes oreilles, comme du Mumford & Sons mais en moins festif. Après trois chansons, nous avons décidé de laisser le groupe de côté et nous sommes allés à la Zone Enfants car ma fille voulait absolument faire de la glu, ou slime pour les habitués.

Cette année, Evenko a visé juste en installant cette zone familiale. Avec des animateurs, nos enfants peuvent faire de la peinture, de la slime, jouer dans un carré de sable ou aux poches. Pendant ce temps, tu peux changer la couche du plus jeune et surtout, des toilettes bien propres sont mises à notre disposition. Cette zone était disponible aussi lors du ’77 et du Heavy Montréal et je me dois de saluer ce geste!

La raison pour laquelle je voulais me rendre au festival cette année était en relation avec la présence de Carpenter Brut. Le synthwave conçu par le groupe se rapproche grandement du metal. L’imagerie morbide, érotico-satanique et très exagérée entre dans les standards du metal antique. D’avoir le groupe sur la programmation d’Osheaga semblait un peu risqué, de mon point de vue. J’imaginais beaucoup plus le groupe lors du Heavy Montréal mais la foule du festival a bien répondu, même si certains se demandaient ce qui se passait devant eux.

Présent en même temps qu’Anderson .Pakk, il était plutôt difficile d’attirer une foule volumineuse. C’est devant quelques centaines de curieux et quelques centaines de fanatiques que le trio s’est exécuté. À l’image de leur dernière visite, nous avons eu droit sensiblement au même concert. Efficace, le groupe joue au rythme des projections horrifiques qui déferlent derrière lui. Les lumières vives nous empêchent de bien voir les traits des musiciens et l’effet d’un groupe plus grand que nature prend tout son sens.

Leather Teeth a mis la table face à cette soirée. Il fallait s’attendre à quelques chansons du dernier album et nous avons eu droit à un portrait plutôt complet. À la guitare, Adrien Grousset joue le rôle du guitar hero et aux percussions, Florent Marcadet se veut concis. Les deux membres de Hacride accompagnent le groupe depuis longtemps, laissant de côté leur groupe principal.

Aux claviers, Monsieur Carpenter Brut (nous ne pouvons pas utiliser son véritable nom) est concentré mais il se permet quelques frétillements lors des chansons comme Inferno Galore, Meet Matt Stryker, Beware the Beast et Le Perv. Alors que quelques personnes délaissaient le terrain, elles sont revenues plutôt rapidement lorsque les premières mesures de Maniac, pièce tirée de la trame sonore de Flashdance, ont été entendues.

Les bras en l’air, le public semblait avoir apprécié cette rencontre avec la Bête!

Pour terminer la soirée, nous sommes passés devant Arctic Monkeys. Le groupe interprétait Do I Wanna Know? mais l’appel de ma chaumière se voulait plus fort. De plus, de pouvoir éviter la foule pour le métro venait ajouter du poids face à notre décision.

Pour finir, lors de la journée de dimanche, nous pouvons confirmer que Post Malone a créé un raz-de-marée humain. Certaines pleuraient, d’autres jubilaient tandis que le fan hochait de la tête en guise d’appréciation. Florence & the Machine est venue ajouter une touche de magie avec ses rythmes envoûtants et tout ce beau monde est reparti à la maison, la tête remplie de souvenirs… et le compte Instagram rempli de photos et peut-être, de likes!

 

Photos du vendredi:

 

Photos du samedi:

Lu 3125 fois Dernière modification le lundi, 06 août 2018 14:50
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