27 Avr 2017

Testament/Sepultura/Prong: Critique et photos du spectacle à Montréal (2017)

Pour quiconque qui a vécu la fin des années ’80  et le début des années ’90 en métal la soirée de ce soir au Metropolis est un vrai cadeau de dieu (du diable?). Trois groupes mythiques qui ont tout un chacun des albums aussi marquants qu’intemporels qui sont parue entre 1989 et 1996.

Cleansing, Arise, Chaos A.D.,Roots, Practice What You Preach, The Ritual, je suis sûr que certain de ces titres vous ont marqués. Chose certaine, tous les trois ont continué à produire des albums de qualités depuis ce temps et sont encore aujourd’hui au meilleur de leur forme. 

Le premier à se produire ce soir est logiquement le moins connu et c’est sans grande surprise que la salle est  loin d’être aussi pleine qu’elle le sera quelques heures plus tard. Pourtant  Prong a marqué les esprits en mélangeant leur origine thrash avec le courant de métal industriel de l’époque. Avec  45 minutes de retard sur ce qui avait été prévu au départ, ils s’élancent avec  un « Bonjours Montréal » sur  Ultimate  Authority de leur dernier disque. L’accueil du public, quoique favorable, reste plus poli qu’autre chose. Il faudra attendre la fin avec  Snap Your Fingers, Snap Your Neck  pour que la foule s’agite un peu plus. Pourtant, même si les trois musiciens ne bougent pas beaucoup sur scène, ils ont de l’énergie à revendre et sont visiblement contents d’être là. On n'a juste à voir le sourire fendu jusqu’aux oreilles du batteur Art Cruz et les nombreuses interventions du chanteur et guitariste Tommy Victor pour s’en convaincre. Un bon show qui, à défaut d’être marquant, est parfait pour réchauffer la salle pour ce qui s’en vient.

Même si ça fait de cela plus de 20 ans que le chanteur original Max Cavalera a quitté Sepultura, la cassure est encore vive dans le cœur des fans. Le fossé est gros entre ceux qui croit que le band n’a rien sorti de bon sans lui et qu’ils ne sont plus qu’une pâle copie de la formation originale et ceux qui croit comme moi qu’ils ont juste évolué en quelque chose d’autre, mais qui reste pertinent avec de nombreux disques de qualités. Machine Messiah, sortie cette année, fait manifestement partie de ceux-là et est pratiquement garantie d’avoir une place dans mon top 10 de 2017. Le groupe semble lui aussi fier de lui au point de lui consacrer pas moins de 5 titres joués sur 11.  Ceci a pour effet de créer des réactions partagées dans le public. Certains vrais fans en sont ravis et profite pleinement de ce que cette formation a à donner. De très bonne composition complètement maitrisée par des musiciens qui les ont composés et les ont enregistrés. C’est là que la voix de Derrick performe le mieux, d’autant plus qu’il est un frontman énergique.  Pour moi, le bijou de la soirée reste Choke, seule pièce de l’ère post-Max qui ne provient pas de leur dernier disque.

 Pour le reste, qui compose la très grande majorité, ils n’attendent que les grands classiques qui ont fait la renommée du groupe brésilien. Andreas Kisser nous rappelle que ce vieux matériel a toujours  la cote. Les mosh-pit et l’incessant body-surfing  qui  se manifestent à chaque fois qu’un Refuse/Resist  ou un Roots Bloody Roots est joués tendent à lui donner raison. Portant, c’est dans ces moments-là que les faiblesses du groupe sont évidentes. Autant le nouveau chanteur a une bonne voix, autant elle n’est pas dans le même registre que son prédécesseur et ça paraît. C’est aussi là que le manque d’une deuxième guitare est criant et gâche un peu les oreilles averties. Malgré tout, l’expérience Sepultura en spectacle reste une valeur sûr à tous ceux qui ne veulent seulement ruminer le passé et ils nous l’ont encore prouvé ce soir. Mention spéciale au jeune drummer Eloy Casagrande qui attaque ses fûts comme si sa vie en dépendait. Il n’a que 26 ans, mais déjà il a l’étoffe d’un grand batteur et tient tête avec panache à ces grands routiers de la musique que sont ses coéquipiers.

Quand je me faufile vers l’avant pour me préparer à l’arrivée imminente de la tête d’affiche, il est  impressionnant de voir à quel point la salle s’est remplie. Testament est clairement dans un très bon moment de sa carrière. Leurs excellents trois derniers albums ne sont certainement pas étrangers à ce succès. Si l’on combine ça à un regain d’intérêts pour le thrash métal traditionnel, on a des conditions gagnantes que le groupe californien n’a clairement pas l’intention de laisser passer et c’est nous qui en profitons. Dès les premières notes de Brotherhood of the Snake Chuck Billy et sa bande nous démontrent qu’ils sont là pour en découdre avec nous et que nous n’aurons pas de répit ce soir. Le chanteur est un monstre sacré du métal et possède une présence incroyable sur scène. Il est plus grand que nature et ses performances vocales n’ont pas prises trop de rides et sont toujours en haut de la moyenne pour ce genre de musique. Mais si l’impression de marteau compresseur qui va tout détruire sur son passage est si forte, c’est en grande partie à cause de la section rythmique. Si le batteur et le bassiste sont les deux seuls membres ce soir qui n’officiaient pas lors de l’enregistrement de leur premier vrai disque en 1987, il n’en reste pas moins qu’ils sont des légendes de la musique extrême dont le talent n’est plus à prouver depuis longtemps. Steve Di Giorgio et Gene Hoglan ont joué dans des groupes aussi cultes que Death, Strapping Young Lad et Fear Factory (des fois même ensemble) pour ne nommer que ceux-là. La virtuosité ne s’arrête pas là, le guitariste Alex Skolnick est aussi un des maîtres du genre.

Du côté de la liste de chansons, ils ont clairement l’intention de bien doser entre des plus récentes et des vieux classiques. Gros avantage pour eux, les réactions dans l’assistance sont positives dans les deux cas. Chuck n’a pas plus de difficulté à faire répondre la foule sur Rise Up que de créer l’euphorie pendant Into The Pit. Comme promis, il y a aussi quelques raretés qui viennent parsemer le tout comme Low tout droit sortie de l’album du même nom, Eyes Of The Wrath et l’étonnante l’instrumentale Urotsukidôji.  J’ose imaginer les surprises que nous aurions pu avoir de plus si chaque membre du groupe n’avait pas eu son moment de gloire avec un solo. Ça reste une question de goût, mais je trouve qu’en 2017 les solos ne sont plus d’époque et ne font que briser le rythme d’un spectacle et grugent du temps qui aurait pu être consacré à des chansons supplémentaires, et ce, nonobstant le talent évident des musiciens concernés.  

Même s’il est déjà 23h lorsqu’ils nous quittent, l’heure n’a plus aucune importance et l’on en redemande bruyamment. Pour finir ça en beauté, ils nous ont gardé deux incontournables qui sont sûrs de faire mouche. Après une petite anecdote comprenant le tournage d’un vidéoclip, d’une bouteille de Jack Daniel et un spectacle de Pantera, ils enchainent avec Practice What You Preach et Over The Wall qui finit cette soirée aussi intense et nostalgique que plaisante et d’actualité. En les regardant ce soir, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il est rendu loin le temps où le métal était tellement plus à la mode que des groupes comme ceux de ce soir avaient de la difficulté à remplir de petits bars.

Liste des chansons Testament :

Brotherhood of the Snake

Rise Up

The Pale King

Centuries of Suffering

Guitar Solo (Alex Skolnick)

Electric Crown

Into the Pit

Low

Throne of Thorns

Stronghold

Guitar Solo (Eric Peterson)

Eyes of Wrath

Drum Solo (Gene Hoglan)

First Strike Is Deadly

Bass Solo (Steve DiGiorgio)

Urotsukidôji

Souls of Black

Seven Seals

The New Order

Encore:

Practice What You Preach

Over the Wall

Lu 3983 fois Dernière modification le jeudi, 27 avril 2017 07:09
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