30 Avr 2017

Santa Teresa: Critique et photos du festival à Sainte-Thérèse (2017)

Le Québec en voie d’être déclaré la province mondiale des festivals? Déjà comblé par le Heavy Mtl, le Osheaga, le Rockfest, les Francofolies, le Festival de jazz, le Festival d’été de Québec,  le Woodstock en Beauce, le Pouzza Fest et j’en passe, voilà maintenant qu’un petit nouveau fait son apparition cette année dans la couronne nord de l’île.

Le festival Santa Teresa, qui se tenait du 27 au 29 avril, a eu lieu au centre-ville de Sainte-Thérèse avec le désir avoué de prendre possession de l’espace public  en collaboration avec la ville, les commerces et les restaurants du  coin. La plus grande démonstration de cette idée est l’utilisation de l’église Sainte-Thérèse-d’Avila comme salle de spectacle pour recevoir les deux plus gros noms de l’affiche. Pour une première année les organisateurs peuvent se féliciter de s’être assuré la participation de City and Colour et Patrick Watson. Ce dernier étant tellement en demande qu’il s’y produit deux fois plutôt qu’une. Curiosité pour un évènement de ce genre, aucun passeport pour assister à toutes les prestations n’est disponible et chaque intéressé doit se procurer les billets à la pièce à l’exception de quelques shows gratuits. Étant des amoureux de musique de tout genre et toujours prêt à vous donner un aperçu du plus d’évènements culturels possible, Musikuniverse était présent pour prendre le pouls de cette première édition. Malgré quelques petites ratées du côté organisationnel, nous en sommes revenus agréablement surpris.

 Jour 1

Comme belle démonstration de force pour un nouveau festival, le tout commence le jeudi à 20h avec une représentation acoustique de Dallas Green alias City And Colour qui affiche complet depuis la journée de la mise en vente des billets. Malheureusement, suite à une demande de la part du management du chanteur, situation hors du contrôle des organisateurs, le nombre de médias admis pour cette prestation fût extrêmement  restreint et nous n’avons pas pu y assister. Nous avons profité pour prendre connaissance des lieux. Comme on peut s’en douter pour un jeudi et pendant le plus gros show de la fin de semaine, c’est une ambiance  relativement tranquille qui émane des rues du centre-ville. Le hasard nous amène au bar le Montecristo pour la performance de Nicolet. Si ceci est le nom d’un projet solo du multi-instrumentaliste Étienne Hamel, il est ce soir accompagné d’une troupe de très talentueux musiciens. De toute évidence pourvue d’idée originale et d’un bon sens de la composition, un léger manque d’assurance de la part du chanteur et surtout un son déficient viendront malheureusement mettre une ombre au tableau. Il est difficile de se laisser emporter par la musique quand ont à l’impression qu’un haut-parleur est fendu.  Pour rendre ça encore plus difficile pour eux, l’endroit est très peu rempli et la plupart des personnes présentes jouent au billard ou sont assises au bar.  Dommage car je pense que le groupe aurait mérité mieux car il n’est  vraiment pas dépourvu d’intérêt. Ne vous gênez pas pour aller écouter ce qu’il fait sur Google Play Music, Spotify ou Bandcamp.

Après une pause repas, nous ne le savons pas encore mais nous somme sur le point de voir nos deux grandes surprises de la journée. Premièrement, nous retournons au Montecristo pour voir les Québécois de We Are Wolves. Pourquoi n'ai-je jamais vu entendu ce groupe-là avant? Un groupe de Montréal en plus. Cette question n’arrête pas de me passer par la tête pendant qu’ils jouent leur rock devant moi. Dès qu’ils commencent par Wrong tirée de leur nouvel album du même nom, je sais déjà que l’on va avoir du fun pour le reste de la soirée. Le chanteur Alexander Ortiz est un coloré personnage qui ne manque pas d’expression et qui semble vivre chacune de ses chansons. De plus il a une excellente voix et il reproduit sans problèmes ses prouesses réalisées en studio. Si son éternel partenaire au clavier Vincent Lévesque n’est pas en reste et nous adresse souvent la parole, le percussionniste Pierre-Luc Begin attire l’attention en jouant debout derrière sa petite batterie. Il vient même quelques fois à l’avant de la scène avec une percussion dans les mains. Nous aurons droit à plus d’une douzaine de chansons qui couvriront l’ensemble de leurs cinq disques. Heureusement, si l’éclairage n’est  guère mieux que les groupes précédents, le son s’est lui pas mal amélioré. Dommage qu’il n’y a pas plus de monde pour les voir. Le fait que ça soit aussi tard un jeudi soir ça n’a pas dû aider.

La soirée n’est pas encore finie pour nous, il reste Xavier Caféïne qui est au bar Le Cha Cha pour fêter les dix ans de son classique Gisèle.  Le Cha Cha est un petit bar où la piste de danse sert d’endroit au band pour jouer. Pour l’occasion Xavier est accompagné de son éternel acolyte Alex Crow à la guitare, de Vincent Peake (Groovy Aardvark, Grim Skunk) à la bass et de Michel Langevin (Voivod) au drum. Une équipe pas piquée des vers. Comme Xavier aime être proche de son public, il est servi ce soir car lui et ses musiciens jouent exactement à la même hauteur que nous. Il n’a qu’à faire quelques pas et il est littéralement avec nous et croyez-moi, il en profite plus souvent qu’autrement. Il ne se gêne pas pour venir nous faire des accolades, nous faire chanter et même thrasher avec nous. L’ambiance est vraiment à la fête. Et comme ce soir on fête les dix ans de Gisèle, ils en profitent pour nous le jouer au complet à notre grand plaisir. Il y aura bien un petit rappel pour quelques-unes de Bushido et autre car les fans en redemandent. Quelle belle fin pour cette première journée! Même si Eric s’est autant amusé que moi pour ce show, le groupe n’était éclairé seulement que par une lumière jaune. Pour les photos ce n’était pas une partie de plaisir.

Jour 2

Pour cette deuxième journée, nous étions conviés à l’église pour le premier des deux spectacles que Patrick Watson donne pendant la Santa Teresa. Pour cette occasion unique, il est accompagné ce soir de Safia Nolin et Louis-Jean-Cormier.  Un beau trio de ce qui se fait au Québec de nos jours. Si l’endroit n’affiche pas sold-out, il y a déjà beaucoup de monde pour assister à la performance de Safia Nolin. Une église est peut-être un endroit extraordinaire pour le son, il n’est pas si facile de se trouver une place où l'on voit bien la scène avec toutes ses colonnes qui parsème l’endroit. Ce n’est pas trop grave jusqu’ici car Safia est seul avec sa guitare à l’avant. C’est peut-être le côté solennel de l’endroit ou le style clame et introspectif de sa musique, mais le public reste calme et contemplatif. Il ne réagit qu’à ses quelques blagues et surtout quand Patrick vient l’accompagner pour une chanson à la fin. Si la prestation de notre Louis-Jean Cormier adoré commence aussi calme que sa prédecesseure, il saura à dose d’humour et de pièces accrocheuses réveiller l’endroit et nous faire oublier que nous sommes dans un lieu de culte. Quand il essaie de nous faire chanter la mélodie de Si Tu Reviens l’on a droit à un moment aussi mémorable que cocasse. Le chanter en chœur par la foule est beaucoup plus réussi pendant Tout le monde en même temps avec les voix de tous qui résonnait avec puissance dans l’endroit.  Il est sans contredit un des meilleurs artistes de sa génération dans son style et il n’a pas besoin d’un groupe derrière lui pour s’exprimer pleinement. À voir les réactions positives partout autour de moi, je suis pas mal sûr que presque tout le monde ici aurait pris plus que le petit 45 minutes qui lui étaient accordées. À revoir pour sûr.

Contrairement à ceux avant lui, Patrick Watson est accompagné de son band et avait un décor sur la scène de l’église. Les nombreux bulbes lumineux placés çà et là qui ressemblent à celui ornant la pochette de Love Songs For Robots et qui changent d’intensité et de couleur sont parfaits pour donner une belle ambiance sans prendre trop de place. C’est vraiment pendant cette prestation que le côté solennel de la place prend tout son sens. Ça commence fort par une introduction d’une de ses choristes qui démontre avec brio ses capacités vocales. Si Patrick et sa troupe ne mettent pas plus d’ambiance que Louis-Jean a pu le faire, leur musique remplit l’endroit d’une façon exemplaire comme si elle avait été composée pour être jouée dans une église. Sa voix planante semble flotter dans l’air et la musique, douce et complexe à la fois, en est l’accompagnatrice parfaite. La foule est calme comme en pleine contemplation et se laisse bercer pendant plus d’une heure et demie. Si le chanteur est souvent assis à son piano, il vient quelquefois au-devant de la scène pour y aller de quelques originalités comme chanter dans un porte-voix et jouer avec une scie.  Une performance très réussie à défaut d’être endiablée.

Étant à la recherche de quelque chose d’un peu plus vivant, le hasard fait bien les choses et nous amène au show de Duchess Says où nous avons été servies de ce côté-là. Comme pour la veille avec We Are Wolve, je ne m’explique pas pourquoi  je ne connais pas plus ce groupe qui est pourtant d’ici. Leur musique est aussi vivante que leur spectacle complètement déjanté. L’attention est mise sur la chanteuse Anne-Claude Deschênes qui offre une performance des plus singulières. Que ça soit par son chant qui oscille entre des cris stridents et un style punk et mélodique à la fois, que par ses expressions faciales fortes et proches de la folie ou sa volonté à n’avoir aucune barrière, encore moins un filtre, entre elle et son public, tout est inusuelle de sa part. Elle ne se gêne pas pour être constamment avec nous sur le parterre et va même jusqu’à déranger ceux qui jouent au billard sans regarder le spectacle. Les fans semblent aussi vouer un culte en n’hésitant pas à mettre les costumes qu’elle leur tend, manger les bonbons qu’elle leur donne et même se laisser verser de la bière dessus sans dire un mot. Et il n’y a pas à dire, ce n’est pas juste sur la scène que ça bouge, les participants au-devant de la scène danse et thrash comme si leur vie en dépendait. Nous avons tellement de plaisir que nous ne nous sommes pas sauvé avant d’être sûrs que c’était fini pour de bon. Sans contredit notre show de la journée.

Jour 3

Il y a de mauvaises coïncidences dans la vie. Il y a deux jours que le festival Santa Teresa fait rage dans le centre-ville de Sainte-Thérèse et ça fait deux jours qu’il fait beau et chaud pour ce temps-ci de l’année et ce même quand le soleil se couche.  Ça fait deux jours que nous nous promenons en short et pourtant tous les shows ont lieu à l’intérieur. Pour cette dernière journée, une grande scène extérieure est aménagée dans un stationnement  pour un grand spectacle de clôture. Malheureusement, plus la journée avance plus il fait froid. Quand nous arrivons sur place après que Rymz et Alaclair Ensemble aient essayé de réchauffer le public de leur hip-hop, le soleil et sur le point de se coucher et l’on se rapproche tranquillement du point de congélation. Voir du monde avec un gros manteau, un foulard ou une tuque est monnaie courante.  Je suis sûr que dans de meilleures conditions plus de monde se serait déplacé. Quoi qu’il en soit, Franklin Electric a une histoire d’amour avec les gens d’ici comme ils vont nous le dire plus tard et ils entendent  profiter de l’occasion pour nous le rappeler. Autre tuile qui leur tombe sur la tête, le volume est beaucoup trop fort pour la grandeur de la foule présente. Cela a pour effet de distortionner le son d’une façon désagréable. Malgré tout, le chanteur Jon Matte et sa bande ont une panoplie de bonnes chansons et au final c’est la musique qui va parler. Et ceux qui sont restés à ce froid sont là pour avoir du plaisir et ne laisseront pas la température avoir raison d’eux. La voix du chanteur reste superbe et tous les musiciens ont le sourire aux lèvres. Jon est toujours généreux de sa personne et semble encore profiter pleinement de cette nouvelle popularité.  Les succès comme IKnow The Feelin, Burning Flame, Unsatisfied et This Is How I Let You Down sont déjà des classiques que tous ici présent connaissent par cœur. Ce n’est peut-être pas la meilleure performance que j’ai vue d’eux, mais on ne peut jamais être complètement déçus quand on les voit tant ils sont talentueux  et ils méritent pleinement ce qui leur arrive.

Malgré tous les compliments que je peux faire au groupe précèdent,  avec ce froid, ce dont nous avons besoin c’est quelque chose qui va nous faire bouger pour nous garder au chaud. Heureusement ce sont les Dj de A Tribe Called  Red qui sont là pour conclure ce nouveau festival en beauté. Leur musique qui  mélange allégrement l’électronique avec la musique traditionnelle amérindienne est parfaite pour ça. Même si une partie du public nous a quittés, le party est pogné et ceux qui sont encore là à cette heure plus tardive sont là pour avoir du plaisir jusqu’à la fin. C’est vraiment une foule hétéroclite qui est encore là.  Il y a autant d’adultes accompagnants de jeunes enfants, que de rockeur et de hippies qui danse au son de la musique. C’est encore plus intéressant quand une danseuse traditionnelle toute en couleur vient agrémenter le tout. Si le Santa Teresa se voulait intergénérationnel et interdisciplinaire, ce show en est vraiment la démonstration réussie. Malgré quelques petites erreurs organisationnelles, normale pour une première année, je souhaite  fortement qu’il y ait une autre édition l’an prochain. Ce festival nouveau genre à sa place dans l’univers de festivals québécois et nous lui souhaitons une longue vie à nous impressionner avec des affiches aussi variées qu’originales. 

Lu 1773 fois Dernière modification le lundi, 01 mai 2017 22:23
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