30 Juil 2017

'77 Montréal: Critique et photos (2017)

Il n’y a peut-être pas de Heavy Montreal cette année, mais Evenko nous a concocté un festival d’un jour sur un autre genre de musique qui brasse beaucoup, le punk.

Nommé ‘77 Montreal en l’honneur de l’année ou le punk a explosé il y a 40 ans déjà, il a eu lieu ce vendredi 28 juillet, car dès l’année prochaine il se collera sur le festival métal qui se tiendra comme à son habitude le samedi et dimanche. Et contrairement au Rockfest et au Vans Warped Tour (qui nous a quittés depuis belle lurette), ’77 se veut une ode à tout le mouvement punk et non principalement au punk-rock popularisé dans les années ’90 avec Green Day et Offspring. Très belle et éclectique affiche pour cette première année.

Comme il m’a tout fallu pour réussir à avoir congé, j’ai dû travailler jusqu’à 13h et j’ai manqué quelques-uns des premiers groupes. Heureusement, Nicolas était là pour prendre des photos pour vous.

The Pale Lips

Barrasso

Genetic Control

The Kingpins

Ça commence très bien pour moi avec la formation ontarienne The Creepshow. Mené par la belle et énergique Kenda, leur psychobilly aux accents punk a de quoi dégourdir une foule qui commence à être de plus en plus nombreuse sous le soleil cuisant. La chanson Run For Your Life, qui fait office de classique pour le groupe, est intelligemment interprétée en deuxième et fait bouger le parterre. Est-ce la barrière de langue ou parce que la foule n’est pas concentrée, mais peu de monde semble saisir la blague quand ils nous annoncent que la prochaine chanson est dédiée au Maple Leafs de Toronto et non au Canadiens de Montréal (hué générale du public!) avant de partir Born To Lose. Très bien joué avec notre fibre nationale du hockey pour un show réussi sur toute la ligne.

J’ai dû manquer le bateau quelque part mais je n’avais jamais entendu parler de la formation de Toronto Joyce Manor et son nom aussi haut dans l’affiche m’a surpris au plus haut point. Même s’il y a sans contredit des fans dans l’auditoire qui passe du bon temps, je n’ai rien perçu de bien bon dans ce que j’ai vu. Les quatre musiciens au look beaucoup plus indie rock que punk nous balance un punk rock d’une facilité désarmante qui semble tout droit composé par des jeunes qui ne connaisse que quelques accords. On dirait le groupe de mon petit frère qui joue dans le garage et qui a un certain talent mais qui n’est pas rendu à jouer dans les ligues majeures. Ils ont écouté du Green Day et du Blink 182 ça parait, mais on est loin de l’original et l'on frôle des fois le rock FM. Et c’est peut-être dû aux problèmes de son  qu’ils ont eu, mais le chanteur Barry Johnson est souvent carrément à côté de la note. À revoir dans le futur pour voir si j’ai tort.

Bon coup de la part de l’organisation d’avoir mis la main sur Jake Burns leader et chanteur du groupe de Belfast Stiff Little Finger qui a sorti son premier disque en 1977. Cependant, ce dernier se présente bien assis et seul sur scène avec sa guitare acoustique  pour nous jouer un rock folk qui n’a absolument rien à voir avec le punk. Si ce n’est des fans de son groupe ou ceux qui le connaissent déjà, la petite foule n’a pas trop l’air de comprendre ce qui ce passe. C’est dommage, car l’homme a vraiment l’air bien dans ce qu’il fait et reste bien concentré et dynamique tout le long de sa prestation. Chanteur mythique et icône du punk, il avait sa place ici, mais il faudra que ça bouge un peu plus pour que le festival reprenne sa vitesse de croisière.

Le contraste ne pouvait être plus gros et c’est  sans contredit le groupe le plus violent de la journée qui suit. Le groupe de hardcore new-yorkais Madball est là pour en découdre avec le public et va y aller à plein régime.  C’est en plein ce qu’il nous fallait. Il n’y a même pas deux chansons de jouée que le chanteur Freddy Cricien est déjà complètement en sueur et qu’un gros « mosh pit » s’est formé et celui-ci est particulièrement violent. Ce dernier n’hésitera pas à descendre le plus proche possible de la foule, même une fois carrément y aller dedans, pour profiter de toute cette énergie qui s’en dégage. Leur style est taillé pour le live avec des riffs groovy hyper efficaces et des refrains accrocheurs comme sur les indémodables Set It Off et Demonstrating My Style de leurs deux premiers albums des mêmes noms. Seuls représentants de leur genre, ils ont permis au plus métal d’entre nous de se défouler à souhait et ont donné de sueurs froides aux amateurs de « slam » plus amical. Au plaisir de les revoir bientôt.

De retour à un style plus propre au festival, The Bouncing Soul est sûrement le premier gros show de la journée. Une foule assez impressionnante, qui me prouve que cette première édition est déjà un succès, s’est accumulée devant le stage ouest et veux faire le party avec le band. Car c’est ça un spectacle de la formation du New Jersey, une grosse fête punk rock où tout le monde est invité. Le chanteur Greg Attonito est un « frontman » de choix et n’hésite pas à nous conter des anecdotes avant chaque chanson et  descendre dans le couloir qui amène à la console pour être proche du public et chanter avec ses fans. Il va même à complimenter ses compères musiciens d’être beaux à regarder jouer sur scène. Énergiques et bien exécutés, nous sommes dans les ligues majeurs jusqu’à la fin à partir de là.

Dans le punk il y a ceux qui passent un message politique sérieux et il y a ceux qui ne se prennent pas au sérieux et qui ont le sens de la dérision et de la provocation. Le groupe The Vandals fait définitivement partie de la deuxième catégorie et amène un vent de folie sur l’île Ste-Hélène. Il est dur de manquer le guitariste Warren Fitzgerald tout de rouge vêtu avec un polo bleu et une casquette orange. Ce dernier est un vrai clown et prend beaucoup d’espace sur le stage. Il va même à la fin de leur spectacle faire un « moon » en montrant ses fesses sur la plateforme en face de la console. À peine plus réservé, le chanteur Dave Quackenbush attire la controverse en en abordant fièrement un chandail de PTTR BTTM, un groupe punk queer dont un des membres a été accusé d’agression sexuelle dernièrement. Choix douteux c’est sûr, mais qui n’enlève rien à l’énergie de la performance et la foule semble trop comblé pour se rendre compte de quoi que ce soit. De toute façon, comment prendre trop au sérieux un band qui a des pièces comme Anarchy Burger et My Girlfriend’s Dead?

Une des plus belles prises des organisateurs du festival est sans contredit le groupe X. Le groupe punk rock américain fête cette année ses 40 ans de carrière, timing parfait pour un festival du nom de ’77. Il est sûr que les musiciens ne sont plus des jeunesses, mais force est de constater qu’ils ont encore de l’énergie à revendre et qu’ils pourraient donner des leçons de spectacle à bien des jeunes bands. La chanteuse Exene Cervenka bouge encore considérablement et a encore une bonne voix malgré qu’elle soit éraillée. Elle semble tellement heureuse d’être là que son plaisir est contagieux et l’on ne peut que se laisser embarquer. Comme moi, beaucoup de monde ne semble les connaître que par réputation. Malgré tout, on a autant de plaisir que les vrais fans qui connaissent toutes leurs chansons par cœur et la foule qui s’est amassée devant la scène est considérable.

 

Nous voilà déjà rendus au premier des deux headlines. Le groupe de rock celtique du Massachusetts Dropkick Murphys est reconnu pour ses shows hyper énergiques et ce n’est pas ce soir qu’il va nous laisser tomber. Après Lonesome Boatman qui nous est servi en guise d’introduction, il ne fallait que le hit The Boys Are Back pour que la foule endiablée chante en chœur, que les « mosh pit» s’enflamment et que les «Body Surfurs» s’en donnent à cœur joie. Pour être sûr que nous n’arrêtions jamais de chanter avec eux, l’écran géant au fond de la scène passe souvent les paroles de chansons comme avec l’excellente Blood qui transforme le Parc Jean-drapeau en karaoké géant. Le chanteur Al Barr est vraiment une bête de scène et sait comment tenir une foule en haleine pendant plus d’une heure. Il est admirablement bien épaulé par le reste du groupe qui bouge et virevolte dans tous les sens sur les planches de la scène est. L’énergie est à son comble et l’on pourrait facilement se croire à l’évènement de clôture de la journée si ce n’était que le soleil n’est pas complètement couché. Deuxième référence au Hockey, Ken Casey nous rappelle que malgré la grande rivalité qu’il y a entre les Bruins et le Canadien, nous sommes tous une famille par la musique. Ils gardent beaucoup de leur gros canon pour la deuxième moitié de leur prestation ce qui leur permet de finir en beauté. Peu ici ne connaisse pas l’humoristique Rose Tattoo, The State Of Massachusetts, Johnny, I Hardly Knew Ya et l’indémodable I’m Shipping Up to Boston. Comme à leur habitude, ils font monter sur scène un grand nombre de fans, surtout de filles, pour chanter et danser avec eux pour Until The Next Time en guise de conclusion de leur show. Festif à souhait, sans contredit mon spectacle de la journée.

Même si je ne suis pas un grand admirateur de Rancid, je dois avouer que pour finir le premier grand festival de Punk organisé à Montréal il n’y a pas mieux. Le groupe californien est certainement le meilleur pont entre les amateurs de punk hardcore et ceux qui n’aime le punk qu’occasionnellement. Si leur musique est facile d’approche, personne ne peut reprocher à Tim Armstrong et Matt Freeman d’être des vendus et ne pas être des vrais. Il ne fallait que Roots Radicals jouée dès le début pour que ça explose jusqu’à la fin. Autre moment fort, ils invitent des membres de Madball à les rejoindre sur scène et c’est de la bombe. Tim n’hésitera pas à descendre dans la foule au grand plaisir de ses fans. Un des rares commentaires légèrement politisés de la journée leur revient, ils nous inviteront à défendre la liberté d’expression à tout prix. Un classique pour un show punk.

Au plus grand plaisir de tous ici présent, c’était annoncé depuis le début, tous les membres de Dropkick Murphys viennent rejoindre Rancid pour le rappel. Celui-ci ne sera pas constitué de morceaux d’un des deux groupes, mais plutôt de quatre reprises. Cretin Hop de Ramone, I Fought The Law de The Calsh, Folsom Prison Blues de Johnny Cash et  TNT d’AC/DC. Du vrai bonbon. La chimie entre les deux formations est évidente et personne ne se marche sur les pieds ou ne veut prendre la place d’un autre sur le stage. On dirait qu’ils ont fait ça toute leur vie. Finale grandiose pour une première édition d’un festival qu’on peut déjà qualifier de succès par la qualité des spectacles et la grande quantité de monde qui y ont assisté. Je peux seulement leur conseiller d’augmenter le nombre de toilettes et le nombre de guichets ATM sinon, vivement un retour en 2018!   

Lu 6568 fois Dernière modification le dimanche, 30 juillet 2017 11:19
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