03 Sep 2017

Marduk / Incantation / Abysmal Dawn : Critique du spectacle de Québec (2017)

Voici notre critique du spectacle de Marduk à Québec!

Hier en regardant les nouvelles à la télé, j’ai appris que le clocher de l’église Saint-Sauveur menaçait de s’écrouler, mettant en péril l’intégrité physique des passants et des enfants qui fréquentent l’école voisine. Immédiatement, j’ai pensé que l’autobus de tournée de Marduk (prononcé mardook), en passant sur le boulevard Charest, devant l’église centenaire, en direction de la Salle Multi, avait sans aucun doute provoqué ce fâcheux incident. J’imagine que pour un groupe de métal extrême enclin au satanisme et à l’antichristianisme, dont le premier démo s’intitulait Fuck Me Jesus, un tel événement n’a rien d’extraordinaire et qu’à chaque endroit qu’il visite, des choses semblables se produisent constamment.

Le soir venu, je me suis dirigé vers la Salle Multi du quartier St-Roch à Québec, non sans quelques appréhensions. La soirée était fraiche et sombre; le théâtre parfait pour une séance de death metal en règle. À l’intérieur, j’ai rejoint une centaine de personnes, revêtues pour la plupart de vêtements très foncés, arborant des croix inversées et des messages du genre : « Fuck Your Faith » ou « Eat Pussy, Chug Whisky, Hail Satan ». Vous voyez le genre! Drôlement, pour une musique aussi provocatrice et transgressive, il y avait très peu d’adolescents dans la salle, mais beaucoup de quarantenaires et de cinquantenaires. Ce qui est loin d’assurer l’avenir de ce style musical, dans la Vieille Capitale du moins.

Le programme a débuté avec Abysmal Dawn, originaire de Los Angeles, qui jouit, depuis leur album From Ashes, paru en 2005, d’une belle reconnaissance de la critique. Tout de suite, j’ai trouvé le son un peu étouffé, manquant de définition. Pour un groupe porté sur la technique, la sonorisation n’était définitivement pas à leur avantage. De plus, les musiciens étaient très statiques, à l’image de leur pièce Inanimate – qui pourtant a été, à mon humble avis, le moment fort de leur prestation. Les musiciens avaient l’air de s’emmerder sur la scène. Dommage, car j’ai pourtant bien apprécié la qualité des arrangements, qui laissent place à quelques passages plus progressifs où l’instrumentation est mise de l’avant avec brio, mais les membres du groupe manquent grandement de charisme, ce qui donne au final un spectacle plutôt terne et redondant.

J’attendais beaucoup du groupe suivant, Incantation, qui fait partie avec Suffocation, Mortician et Immolation, de la vieille garde du death metal newyorkais. Malheureusement, j’ai été quelque peu déçu. Autant j’ai adoré écouter leurs albums, autant j’ai trouvé que leur spectacle manquait de tonus et de force de frappe. Cela dit, John McEntee, en plus de ressembler étrangement à Max Cavalera, possède un excellent vocal, qui est mis de l’avant dans le mix, à mon grand bonheur. Sans surprise, la musique d’Incantation relève un côté old school que j’apprécie énormément, surtout dans la lenteur de certains passages, qui ajoute de la pesanteur au son des guitares et de la basse. Un effet de style qui laisse paraître toute l’expérience et la sagesse de ce groupe de vétérans. Après quelques pièces, McEntee a connu des problèmes techniques avec sa guitare, ce qui a interrompu le spectacle pendant plusieurs minutes. Après un changement d’instrument, le groupe est reparti de plus belle, mais sans racheter une performance qui, malgré quelques bons moments, ne passera pas à l’histoire. Ce qui me fait dire qu’Incantation passe mieux sur disque qu’en spectacle. Chose qui reste à confirmer si jamais une récidive se présente.

En résumé, ce fut une soirée plutôt ordinaire, jusqu’à ce que Marduk entre en scène et y mette le feu. Mon doux Seigneur Jésus! Quelle énergie! Quelle fougue incroyable! Quel aplomb! L’attente en valait vraiment la peine. Les gars ont le sens du spectacle et une passion contagieuse. Les Suédois se sont présentés en très grande forme, devant une foule complètement subjuguée devant la redoutable puissance de ce groupe, dont la réputation n’est plus à faire. Nous avons eu droit à des musiciens d’exception et à une musique qui ne fait aucune concession. En effet, on retrouve chez Marduk une attitude punk je-m’en-foutiste qui impressionne et qui impose le respect, surtout dans l’industrie musicale actuelle, où on cherche à plaire à tout prix. Les riffs de guitare, toujours bien tranchants à la mode black metal, sont nettement supérieurs à la moyenne et marquent l’imagination par leur mélodie lugubre et leur sonorité saillante. C’est la batterie suralimentée, gracieuseté de Fredrik Widigs et la basse de Devo qui se chargent des basses fréquences, ce qui donne une sonorisation bien découpée, juste et définie, qui permet d’entendre dans le détail toute la diversité de l’instrumentation. Le chanteur Mortuus est tout simplement époustouflant. Il tient la foule dans sa main tout du long et sa voix de démon transperce le mix comme un pic à glace en pleine poitrine. Bravo! Décidemment, nous avons affaire à un groupe qui se soucie sans aucun doute de leurs spectateurs et de la qualité de leur son. Sur scène, les musiciens sont totalement investis par leur musique. C’est beau à voir. Hier soir, Marduk, nous a offert un spectacle sans faute, qui prouve encore une fois que la musique death metal, quand elle est bien avisée, n’est en aucun cas l’apanage des simples d’esprits et de vulgaires blasphémateurs, mais le résultat d’une démarche artistique de haut niveau.

Aux dernières nouvelles, le clocher de l’église Saint-Sauveur risquait encore de s’effondrer et allait même être démonté à ce qu’il paraît, à cause des infiltrations d’eau et de la pourriture qui le rongent de l’intérieur. Mais Marduk est déjà rendu loin, laissant derrière lui encore quelques nouvelles ruines.

Lu 1486 fois Dernière modification le dimanche, 03 septembre 2017 10:42
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