17 Oct 2017

Roger Waters : Critique et photos du spectacle de Montréal (2017)

Le Centre Bell accueille Roger Waters pour trois soirs. Un événement assez rare. Hier était la première représentation des trois de la tournée Us and Them 2017 à Montréal. 14 350 personnes se sont entassées dans le Centre Bell pour entendre l’ancien bassiste de Pink Floyd. Celui-ci nous promettait toute une soirée : un spectacle en deux actes. Beaucoup de succès de Pink Floyd et quelques-unes de ses chansons saupoudrées ici et là.

Avant même que le spectacle commence, la scène est mise : un immense écran présente une image :une femme de dos sur le bord d’une plage, et de la musique joue doucement dans les haut-parleurs. Les lumières s’estompent et on commence à entendre Speak to Me, qui fait bientôt place à Breathe (in the air). Wow. Le son est parfait. Outre l’écran géant au fond de la scène, celle-ci est très sobre : Roger Waters trône au centre, flanqué à sa droite de ses choristes, Jess Wolfe et Holly Laessig du groupe Lucious, et à sa gauche, de Jonathan Wilson. C’est d’ailleurs lui qui chantera les parties de David Gilmour durant tout le spectacle. Waters est assez effacé pour cette première chanson; il joue de la basse, mais ne s’approche même pas de son micro. C’est à la basse qu’il continue avec One of These Days. Je commençais à me demander s’il n’avait pas des problèmes de voix lorsque les sons d’horloge de Time ont retenti. Non, il n’a aucun problème de voix; il est même très en forme. Mention à l’autre guitariste du groupe, Dave Kilminster, un maître de la guitare qui fréquente les plus grands de la musique progressive. C’est à lui que revient la tâche d’interpréter les solos de David Gilmour et il s’acquitte de la tâche avec brio. Les moindres nuances y sont.

Pas question d’arrêter là cette incursion dans Dark Side of the Moon, on poursuit avec Great Gig in the Sky. Le magnifique piano et la guitare slide retentissent. Les deux choristes s’avancent… et se lancent. Elles interprètent le célèbre air en duo et c’est majestueux. Les voix s’entremêlent, virevoltent de façon magistrale, puis s’estompent. Après quelques secondes, ce sont les effets sonores et l’accord de guitare 12 cordes annonçant Welcome to the Machine qui résonnent dans le Centre Bell. Dans l’amphithéâtre, on ressent toute la pression, l’oppression de cette pièce dramatique. Le solo de clavier est parfait. Je le souligne encore : le son est vraiment excellent; jamais on ne perd un instrument. Tout est bien défini, équilibré.

Roger Waters nous offre ensuite un trio de chansons tirées de son plus récent album solo : Déjà Vu, The Last Refugee et Picture That. Le Waters revendicateur, prêcheur, se réveille. Cette dernière pièce pourrait facilement passer pour du Pink Floyd et c’est Wish You Were Here qui suit. Sitôt les dernières notes de la guitare acoustique éteintes, des sons d’hélicoptère envahissent la salle. Un immense faisceau lumineux fouille la foule. Lorsque les lumières se rallument sur scène, une rangée de silhouettes se dresse devant les musiciens. On comprend rapidement qu’il s’agit d’enfants lorsque « We don’t need no education » se fait entendre dans les haut-parleurs. Ce sont les parties deux et trois de Another Brick In the Wall qui mettent fin à la première partie. J’ai entendu cette chanson un million de fois, mais ce soir, avec la prestation de Roger Waters, c’est comme si je l’entendais pour la première fois de nouveau. Le chanteur s’adresse d’ailleurs à la foule pour la première fois depuis le début du spectacle pour expliquer que des enfants différents sont choisis pour chaque spectacle et que ceux-ci ont extrêmement bien fait. Il annonce ensuite 20 minutes de pause avant le deuxième acte.

Les lumières s’allument, mais nous entendons des effets sonores dans les haut-parleurs; des bruits urbains, des sirènes de véhicule d’urgence. Au fur et à mesure que le temps avance, on réalise qu’il s’agit d’une émeute en préparation. Au moment où l’apothéose éclate, les lumières s’éteignent et une série d’écrans descendent du plafond. On reconnaît rapidement l’usine de la pochette de l’album Animals; les cheminées y sont aussi et elles produisent de la fumée. La guitare acoustique de Dogs confirme les soupçons.

Le Roger Waters revendicateur, protestataire est à son comble. Le groupe se lance dans une suite composée de Dogs, Pigs (Three Different Ones), Money et Us and Them. Sur les écrans, des images et des caricatures de Donald Trump. On le voit en bébé, en poupée de Vladimir Poutine et dans beaucoup d’autres situations peu flatteuses Le mot « Charade », référence directe à la chanson Pigs, est superposé sur les photos. Pendant Pigs, les musiciens revêtent des masques de cochon et font la fête au champagne. Les écrans continuent de montrer Donald Trump et affichent certaines de ses citations les plus célèbres. Évidemment c’est le moment que choisit le cochon géant pour faire son apparition. Celui-ci est passablement amoché et affiche la mention « Piggybank of War » (tirelire de guerre). Du symbole des oppresseurs, il est devenu celui du financement des guerres. Les écrans affichent ensuite des images troublantes : des réfugiés de guerre, des enfants qui détournent lentement le regard, des explosions. Money et Us and Them réinterprétées dans le contexte actuel : l’argent utilisé à mauvais escient et la crise des réfugiés.

Roger Waters revient avec une chanson de son plus récent album, Smell the Roses, puis s’élance dans le dernier droit de la soirée. Brain Damage commence et certains de mes voisins en profitent pour allumer un peu d’« herbe magique ». Comme pour cacher cette fumée quelque peu visible, des machines à fumée se mettent au travail, pendant que de grandes tiges s’élèvent un peu partout. Dès les premières notes d’Eclipse, se dresse un immense prisme en laser. Tranquillement, il prendra les couleurs de l’arc-en-ciel. La pochette de Dark Side of the Moon en version géante et tridimensionnelle occupe presque la moitié du pareterre. N’en pouvant plus, la foule se lève d’un bond et se lance dans une ovation debout qui durera pratiquement cinq minutes. Roger Waters est ému, très ému. Il tente quelques fois de s’adresser aux gens, mais la foule est trop bruyante; il faut laisser la vague passer. Quand il peut enfin parler, il remercie les gens en disant qu’il n’oubliera jamais cette soirée. Il demande ensuite un peu d’indulgence, car il ne reste que deux chansons au spectacle.

C’est à mon tour d’être ému lorsqu’il commence à jouer, seul à la guitare, les premières notes de Mother. L’interprétation est parfaite : sa voix fatiguée transporte toute la fragilité dont la chanson a besoin et, pour une fois, ce sont des voix féminines qui chantent les parties de la mère. Les autres musiciens s’insèrent un à un jusqu’à ce que tout le groupe termine la chanson. Waters profite ensuite du moment pour présenter les musiciens.

Un spectacle de Roger Waters/Pink Floyd ne serait pas complet sans Confortably Numb; c’est la pièce qu’il a réservée pour la fin. Encore une fois, Dave Kilminster reprend les solos en respectant scrupuleusement la version originale et Jonathan Wilson chante la contrepartie de David Gilmour. C’est grandiose, c’est touchant.

Roger Waters nous en a mis plein la vue et plein les oreilles ce soir. Loin de donner dans la nostalgie, il nous a plutôt rappelé à quel point l’œuvre de Pink Floyd a marqué le monde de la musique. Il est l’un des principaux contributeurs et il a raison d’en être fier.

Il est de retour ce soir, également à guichet fermé, mais il semble qu’il resterait quelques billets pour la représentation de jeudi soir. ALLEZ-Y! Des occasions comme celle-là, il n’y en a pas souvent. Pour ma part, j’ai vu mon spectacle de l’année ce soir et j’y retournerais volontiers.

Lu 2679 fois Dernière modification le mardi, 17 octobre 2017 04:36
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