08 Déc 2017

Belphegor / Cryptopsy : Critique et photos du spectacle de Québec (2017)

Scars Of Disgrace, Panzerfaust, Cryptopsy et Belphegor – Le Cercle, 7 décembre 2017

Si dans le film La Dernière Tempation du Christ (1988), Jésus trace avec un caillou un cercle autour de lui pour se protéger des tentations proposées par Satan, ce soir Le Cercle ne fut d’aucune protection contre la décharge fulgurante de métal, livrée pour nous comme une punition, par 4 formations bien décidées à prouver leur valeur. 

Ça commence avec le groupe local (de Lévis en fait), Scars Of Disgrace, qui disposait d’une belle occasion de se faire connaître. Ils n’ont pas déçu en donnant une performance dans le ton, avec un son actuel, où le chant alterne entre le gras et l’aigu et où les rythmes soutenus forcent l’attention. Les gars sont un peu statiques sur scène, mais devant le peu d’espace mis à la leur disposition, on comprend un peu pourquoi. Ils ont souvent regardé leur manche aussi, mais sûrement pour s’assurer de réussir à 100% la performance de ce soir. C’est déjà pardonné. Définitivement, c’est un groupe à suivre. Leur reste à trouver une façon de se démarquer de la compétition, qui dans le genre est très féroce.

Puis, Panzerfaust s’amène avec une proposition tout à fait originale. Immédiatement, on remarque la disposition scénique qui sort de l’ordinaire. La batterie est placée à l’avant de la scène et le chanteur se tient derrière, sur une plateforme surélevée, debout, sans bouger, seulement pour effectuer des mouvements de bras dans l’éclairage, ce qui lui donne des allures de prêtre/guerrier sorti du Moyen Âge. Très intéressant et très théâtral, mais surtout très réussi. Leur musique est atmosphérique à souhait, parfois comme la trame sonore d’un film, agrémentée de boucles sonores judicieusement choisies, placées comme des citations entre des morceaux dont on cherche le début et la fin. En effet, le groupe ontarien enchaîne les pièces dans une continuité qui porte à la transe. Malheureusement, la sonorisation est quelque peu déficiente; le son est brouillon et on entend beaucoup de feedbacks nous pincer les oreilles. Qu’importe! Le groupe se démarque franchement, avec une approche originale et artistique. J’ai beaucoup aimé. Une agréable surprise.

Dans un Québec idéal, un groupe comme Cryptopsy serait davantage apprécié. D’emblée, leur très haut degré de professionnalisme impressionne. Décidemment, on a affaire à une machine bien huilée. Le genre de groupe qui place ce style de musique au rang de sport de compétition. La foule se réveille d’un claquement de doigts. On remarque aussitôt beaucoup de fans dans la salle, réjouis par la présence sur scène d’un chanteur hors norme, très en voix et qui ne lâchera pas les spectateurs d’une semelle tout au long de la performance. Devant nous, des musiciens très compétents qui ne laisseront échapper aucun temps mort, aucune accalmie. Si bien qu’on a l’impression de se faire passer dessus par une machine infernale ou une pleine division de chars d’assaut. C’est selon. Même si la musique est ultra technique et dure à suivre, Cryptopsy a tenu les spectateurs en haleine, sans jamais perdre leur air d’aller. Impressionnant! Selon moi, un groupe de cette trempe fait irrémédiablement partie des joyaux du métal québécois.

Une odeur très forte d’encens d’église embaume la salle et nous prend au nez. Évidemment, les lumières rouges qui s’allument. On remarque des crânes de bêtes ornementales au devant de la scène. Satan est dans la place. Le niveau d’agression et de violence monte déjà très haut. Belphegor est un groupe qui ne fait pas dans le compromis. Leur musique cherche à déranger, à provoquer et à rendre inconfortable. La foule est concentrée, hypnotisée par les effets de vocal partagé très réussis et l’excellent mélange entre les atmosphères et les rythmiques soutenues. La structure des chansons est diversifiée et l’utilisation de boucles sonores et d’effets vocaux ajoutent à l’ambiance de virée en enfer. Je trouvé les musiciens un peu mécaniques sur scène, mais peut-être était-ce exactement l’effet recherché. Au début la sonorisation semblait bourrée, sans définition, pourtant on dirait qu’elle s’est améliorée au cours de la prestation. Une chose dont on ne pourra jamais accuser les groupes de black death métal comme Belphegor, c’est de ne pas donner un bon show. J’ai eu le plaisir de voir à l’œuvre un groupe composé d’excellents musiciens, portés par une vision brute et lourdaude, certes, mais très étudiée et réfléchie. Bravo.

Lu 2334 fois Dernière modification le vendredi, 08 décembre 2017 22:49
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