03 Mar 2018

Sabaton / Kreator: Critique et photos du spectacle à Montréal (2018)

On va se le dire : quand Sabaton s’amène en ville, ce n’est jamais ennuyant; quand Kreator s’amène en ville, il se passe toujours quelque chose. Alors, imaginez ces deux groupes-là partir en tournée ensemble. Ajoutez à cela un groupe tout récent, Cyhra, mais composé de musiciens aguerris et vous obtenez ce qui est probablement la meilleure soirée métal de l’année jusqu’à présent.

On peut vous pardonner de ne pas savoir qui est Cyhra, mais dès que le groupe met les pieds sur scène, on peut reconnaître Jake E., anciennement de Amaranthe et Jesper Strömblad, anciennement de In Flames et, derrière les peaux, Alexander Landenberg, qui a fait partie de Luca Turilli’s Rhapsody. Tout un mélange. Le groupe fait un métal accessible, mais drôlement contagieux. Il a fallu à peine 5 minutes à la foule pour les acclamer à tout rompre. Les musiciens sur scène n’en revenaient pas de l’accueil que leur a réservé le public montréalais. Par moment, on a l’impression que Cyhra est un peu ce que Jake E aurait voulu faire d’Amaranthe : une musique commerciale avec de grosses guitares sur un fond de claviers à saveur légèrement techno, mais plus lourd et moins pop. Cyhra penche plus vers le métal classique que l’EDM. Le groupe est peut-être jeune, mais les gars sont des pros. Le spectacle est bien huilé. Les quatre musiciens s’amusent et ont chacun leur moment de gloire durant la (trop courte) prestation du groupe. Nous avons eu droit à un bon éventail de chansons provenant de leur album Letters to Myself. En plus de la pièce titre, le groupe nous a présenté Dead to Me, Here to Save You, Heartrage, Closure et Karma. Franchement, c’était très bon et j’en aurais pris plus longtemps. J’ai été déçu du dernier effort d’Amaranthe, mais Cyhra m'a redonné de l’espoir. Et je n’étais pas le seul. Les gens ont beaucoup aimé. Le groupe chargé de réchauffer la foule pour la première tête d’affiche a fait admirablement bien son travail.

À l’annonce du spectacle, l’automne dernier, je me demandais qui en serait la véritable tête d’affiche. En bien, sur le plan de la durée, nous avons eu droit à un véritable programme double. Une combinaison quasi létale de Thrash Metal allemand et de Power Metal suédois. Kreator ne s’est pas fait attendre très longtemps avant de monter sur scène. Il faut se rendre à l’évidence : pour un groupe qui fête ses 36 ans d’existence cette année, Kreator ne fait pas son âge. Mille Petrozza, le chanteur, bien campé au centre de la scène et armé de sa guitare, semble inébranlable. Le groupe nous sert un Thrash Metal brutal comme seuls les Allemands peuvent le faire. Ce groupe va droit à l’essentiel; pas question de jeu de lumières élaboré, pas de flafla : c’est la musique qui parle. Les seuls artifices sont une fumée parfois épaisse et un éclairage de couleurs primaires, rouge et bleu, et parfois blanc. De toute façon, la musique de Kreator n’a besoin de rien pour faire son effet. Évidemment, le plus récent album, Gods of Violence, a été mis en valeur, mais le groupe n’a pas hésité à puiser au plus profond de ses archives pour nous servir quelques classiques comme Flag of Hate, Pleasure to Kill et People of the Lie. D’ailleurs, si on peut servir un petit blâme à Kreator c’est de nous offrir une liste plutôt convenue. Sur 36 ans d’histoire, le groupe a 14 albums à son actif. Je suis certains que les fans auraient apprécié entendre quelques pièces plus obscures. Sinon, c’est un spectacle drôlement efficace que nous ont servi les Allemands. 1h15 de Thrash métal asséné sans véritable pause. Même le rappel est venu assez rapidement. Il faut dire que les gens ont crié, applaudi et sifflé durant tout le spectacle, alors il aurait été difficile d’attendre une plus grande réaction avant de revenir sur scène.

Sitôt les lumières rallumées, les techniciens se sont empressés de préparer l’arrivée du troisième et dernier groupe de la soirée. Sabaton fait un tabac à toutes ses visites à Montréal. Encore une fois, nous avons eu droit à une prestation de premier ordre. In the Army Now a retenti dans les haut-parleurs, alors que nous avions droit à des séquences vidéo présentées sur un énorme écran, au fond de la scène. Le groupe fera d’ailleurs une utilisation très judicieuse de cet écran tout au long de son spectacle. Tantôt un karaoké, tantôt un écran de cinéma, les séquences étaient toujours pertinentes à la chanson et très bien réalisées. La foule a poussé un énorme rugissement lorsque les musiciens sont entrés sur scène pour interpréter Ghost Division. Sans attendre d’invitation, elle a entonné en chœur le fameux refrain « They are the Panzer elite, born to compete, never retreat », ce qui a mis un énorme sourire dans le visage de Joakim, le chanteur. Ce sourire ne le quittera pas de la soirée. Joakim, fidèle à lui-même, bat la mesure, fait ses grands écarts, interagit avec la foule.

Il n’y a même pas eu un an entre les deux visites de Sabaton à Montréal. Le spectacle au Club Soda, en 2017, était à guichet fermé et la foule était survoltée. Eh bien, elle l’était encore plus hier. Le groupe, conscient de ses nombreuses visites dans la Métropole (nous avons également vu Sabaton en 2016 à Heavy Montréal), nous avait préparé une liste de chansons différentes, avec quelques surprises et un choix de réponses! En début de spectacle, le groupe nous a joué Cliffs of Gallipoli, une chanson qu’il n’a pas vraiment jouée en spectacle depuis 2013, et la foule a répondu d’un coup, entonnant encore une fois le refrain d’une seule voix. Là, le groupe était vraiment impressionné. Encore une fois, The Last Stand, leur dernier album, a été à l’honneur, avec 5 chansons en tout, dont Shiroyama lors du rappel. Joakim nous a également demandé de choisir entre Into the Fire et The White Death. La foule a choisi cette dernière, alors le groupe s’est exécuté.

Il est impossible de passer sous silence l’énergie des musiciens. J’ai mentionné la présence scénique de Joakim, le chanteur, mais les autres membres du groupe ne sont pas en reste. Ils ont tous donné leur 100 % pendant l’heure et demie qu’a duré le spectacle, fort probablement en réaction à l’énergie que leur procurait la foule. Joakim a d’ailleurs pris le temps de dire qu’un spectacle comme ce soir, il s’en produit environ un sur cent. Les gens étaient en feu! Jamais l’énergie n’a baissé durant les quelque trois heures de spectacle que nous avons eues ce soir.

Ce qui, au départ, pouvait sembler un assemblage bizarre de groupes s’est révélé être un redoutable trio de groupes complémentaires; un bel éventail de métal européen. Je dois également mentionner l’excellent son dont nous avons bénéficié ce soir. La balance parfaitement équilibrée, ce qui, durant Cyhra, nous a permis d’entendre le clavier sans « noyer » les guitares et les voix. Le mur de décibels durant Kreator, érigé avec précision, et les subtilités de la musique de Sabaton, avec ses claviers et les harmonies vocales.

À Montréal, les premiers mois de l’année sont incroyablement chargés en spectacles de tous genres, mais la venue de Sabaton et Kreator a su combler une foule véritablement assoiffée de métal. L’incroyable accueil qu’elle a réservé aux trois groupes en fait foi. Le spectacle de ce soir est, de loin, la soirée la plus réussie jusqu’à présent cette année. 

Lu 3326 fois Dernière modification le dimanche, 04 mars 2018 08:45
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