01 Avr 2018

Reverend Horton Heat : Critique et photos du spectacle à Montréal (2018)

Hier soir, le Café Campus était envahi par une foule un peu bizarre : des gens de tous âges, des femmes en robes avec une fleur dans les cheveux et des hommes avec les cheveux enduits de gomina côtoyaient des rockers, des gens ordinaires… bref bien malin celui qui aurait pu deviner ce qui se tramait.

C’est le Reverend Horton Heat qui était en ville avec ses comparses Igor and the Red Elvises et Unknown Hinson et qui nous promettaient une soirée Psychobilly intense, bien grasse et un peu, beaucoup déjantée.

Quand je suis entré dans la salle, le spectacle venait à peine de commencer. Igor and the Red Elvises étaient sur scène et tout ce qui m’est venu en tête en les voyant, c’est « OMG quesse ça? ». De gauche à droite, il y avait une petite femme, les cheveux courts et platine qui se démenait comme une damnée derrière la batterie; à côté d’elle, un grand type à l’air un peu louche jouant de la guitare d’un air nonchalant et qui avait l’air d’un lounge singer après une brosse de trois jours; à côté de lui, une minuscule femme avec des lunettes et les cheveux bleus en couettes de chaque côté de la tête chantant et jouant d’une ÉNORME basse rouge; enfin, à l’extrême gauche, celui qui a l’air le plus normal, un homme avec les cheveux courts et une barbe, affublé de vêtements avec des couleurs qui pourraient guérir le daltonien le plus avancé. Toute une image!

Mon incrédulité s’est transformée en amusement quand j’ai commencé à écouter ce qu’ils chantaient : un mélange de Psychobilly, de Surf Rock et de Rock ‘n Roll. Après une chanson, la foule autour de moi était conquise, après deux, les gens dansaient devant la scène et, à partir de là, l’intensité n’a rebaissé que lorsque le groupe a quitté la scène. Le répertoire? Des titres inspirants comme I Want My Honda Back, un hymne à l’amour d’un homme pour son bazou. I Am a Closet Disco Dancer, une confession touchante. I Wanna See You Belly Dance, une chanson empreinte de désir, aux consonances orientales. Rocketman, qui n’a rien à voir avec Elton John ou Kim Jong-Un et qui raconte les aventures d’un homme de l’espace.

Leur musique regorge de vers d’oreille et leur humour est extrêmement contagieux. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas amusé autant à un spectacle : le kitch et la bonne humeur sont au rendez-vous. Igor a répété à plusieurs reprises que le groupe serait de retour à Montréal d’ici quelques mois, alors surveillez les annonces et allez les voir si vous avez le goût de passer une soirée pas mal différente et vraiment amusante.

Après le départ d’Igor, la scène s’est préparée à l’arrivée de Reverend Horton Heat, un des maîtres du Psychobilly. Le révérend et son groupe ne se sont pas fait attendre bien longtemps et il nous a montré dès le départ qu’il allait nous en mettre plein les oreilles. Big Sky, Baddest of the Bad et Psychobilly Freakout se sont succédées à un rythme effréné, au grand plaisir de la foule. Il allait nous servir ainsi un bon deux heures de chansons courtes et efficaces.

Le Reverend Horton Heat aime bien parler à la foule, nous raconter des anecdotes. Il nous a, entre autres, expliqué que lorsqu’il est allé rencontrer son bassiste, Jimbo Wallace, pour voir s’il ferait partie de son groupe ou non, il a remarqué des milliers de disques dans son salon et le premier devant lui était un album de Chuck Berry. « Il ne le savait pas encore, mais à ce moment-là, il faisait déjà partie de mon groupe. » Jimbo et le Révérend ont alors échangé leurs instruments et le groupe s’est lancé dans une reprise endiablée de Berry. Il nous a aussi raconté la fois où lui et son groupe ont voulu aller dans un bar Country pour séduire quelques jolies jeunes filles pour se rendre compte au bout de quelques minutes qu’il s’agissait d’un bar Country gai. C’est ainsi qu’est née la chanson Cowboy Love.

Reverend Horton Heat a ensuite présenté son autre comparse, Unknow Hinson, qui est venu faire une partie du spectacle avec eux. Showman de talent, Unknown Hinson a présenté quelques-unes de ses chansons et n’a pas manqué de faire participer la foule dans ses chansons vraiment pas sérieuses. Nous avons eu droit à des titres aussi inspirants que Fish Camp Woman, I Ain’t Afraid of Your Husband, Your Man Is Gay et Venus Bound.

Le spectacle s’est déroulé à un train d’enfer, les chansons s’enchaînant les unes après les autres, sauf une petite pause après le premier tiers, pour accorder les instruments. Le fait que les chansons soient assez courtes, environ 3 minutes chacune, accélère beaucoup le rythme. La foule n’a pas le temps de souffler, et elle adore ça. Un peu partout, autant sur le plancher principal que sur la mezzanine, on voit des gens danser ou apprécier la musique avec un énorme sourire en permanence dans le visage. C’est impossible de ne pas se laisser emporter par le tourbillon Psychobilly du Reverend Horton Heat.

Dans les derniers moments du spectacle, il a invité Igor and the Red Elvises à monter sur scène pour interpréter avec lui Let Me Teach You How to Eat. Inutile de dire qu’on ne parle pas vraiment d’une chronique culinaire ici. « Let me teach you how to eat, how to marinate the meat ». La foule chantait en cœur; c’était à la fois surréel et incroyablement drôle. Il a ensuite parlé d’une autre rencontre qui l’a marqué, celle avec Lemmy Kilminster de Motorhead. À l’époque, ils cherchaient une chanson à interpréter ensemble et Lemmy ne voulait absolument pas faire Ace of Spades. Il lui avait dit « Il ne faut pas donner aux gens ce qu’ils veulent, mais ce dont ils ont besoin. » Au Café Campus, la foule avait besoin d’Ace of Spades. Le groupe s’est donc lancé dans une version endiablée, dont Lemmy aurait été fier.

Le rappel a été assez bref : It’s Martini Time, un autre moment fort de la soirée, et King of Country Western Troubadours, en compagnie d’Unknown Hinson.

On s’est dangereusement approché d’une soirée parfaite au Café Campus hier soir. La symbiose entre la foule et les artistes était palpable. Les gens étaient venus pour avoir du plaisir et ils ont été servis jusqu’à satiété. Les trois heures et quelques de spectacle ont passé très rapidement, trop même.

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