20 Avr 2018

Sons of Apollo : Critique et photos du spectacle à Montréal (2018)

Ça existe un super-groupe qui inclus des membres de Dream Theater, Guns ‘n Roses, Avenged Sevenfold, Mr Big; des musiciens qui ont joué avec Yngwie Malmsteen, David Lee Roth, Tony McAlpine, Alice Cooper, Kiss, Glenn Hugues, Scott Weiland et bien d’autres? Absolument. Les Sons of Apollo étaient d’ailleurs en spectacle au Corona hier soir. Vous les avez manqués? Vraiment dommage!

Le guitariste vénézuélien Felix Martin était chargé de la première partie. Cette drôle de bébitte est facile à reconnaître et difficile à manquer : il joue avec une guitare dotée de deux manches de huit cordes chacun disposés parallèlement. Il en joue un peu comme d’un Chapman Stick. Il présentait ses pièces en formule trio, accompagné d’un batteur et d’un bassiste. Sa musique progressive a été bien accueillie par la foule venue voir les Sons of Apollo. Sa façon de jouer de la guitare, en tapant les cordes, est intrigante au début, mais un peu lassante à la longue. Son spectacle de 30 minutes contenait juste assez d’interventions avec la foule et était assez varié sur le plan musical, mais je ne me déplacerais pas pour le voir en tête d’affiche. Probablement en raison de sa façon bien particulière de jouer, les sonorités varient peu. Il a donc quitté la scène après 30 minutes, sous des applaudissements quand même assez nourris.

Évidemment, les gens attendaient les têtes d’affiche avec impatience. Les Sons of Apollo, composés de Jeff Scott Soto, Ron « Bumblefoot » Thal, Billy Sheehan, Derek Sherinian et Mike Portnoy ont faut leur entrée sous les premières notes de God of the Sun. Cette pièce épique, d’une dizaine de minutes, sonne comme une tonne de briques. La sono est au point et on entend parfaitement chaque membre du groupe. Il suffit de quelques minutes pour réaliser qu’il va se passer quelque chose de très intéressant ce soir. Les musiciens sont en feu! Je constate rapidement que deux yeux ne sont pas suffisants pour voir tout ce qui se passe sur scène.

Bumblefoot et Billy Sheehan sont tous deux équipés d’un instrument à deux manches et s’en servent allègrement, fluidement. Jeff Scott Soto chante de sa voix puissante et malléable, chaque note est précise et claire. Derrière eux, Derek Sheridian martèle ses claviers comme un damné, leur arrachant des plaintes et des sons de la fin du Monde. À côté, Mike Portnoy, parfois debout, parfois assis, frappe ses tambours de toutes ses forces, passant les changements de tempo comme si de rien n’était.

En plus des chansons de Psychotic Symphony, le groupe nous sert deux chansons de l’album Falling Into Infinity de Dream Theater, un album très sous-estimé que je ne pensais jamais réentendre en spectacle. Évidemment, la présence de Mike Portnoy et Derek Sherinian avalise amplement la crédibilité du groupe à jouer du Dream Theater. Il est quand même agréable (et impressionnant!) de voir avec quelle aisance les musiciens s’acquittent de Let Me Breathe et Lines in the Sand. Pas de doute, nous avons affaire à des pros, des vrais, et leur sens de la musique n’a d’égal que leur sens du spectacle. Lorsqu’il n’est pas en train de chanter, Bumblefoot arpente la scène dans tous les sens et Mike Portnoy, avec l’aisance qu’on lui connaît sur scène, joue dans toutes les positions et lance constamment ses baguettes dans les airs.

D’ailleurs, chaque musicien aura son petit espace personnel pour s’exprimer et se mettre en valeur. Bumblefoot a choisi de mettre à sa main le thème de la Panthère Rose, nous offrant une performance swing endiablée. Derek a utilisé l’introduction de Lines in the Sand pour nous servir une bonne dose des sons de guitares particuliers qui sortent de ses claviers. On aurait cru entendre Eddie Van Halen et parfois même Yngwie Malmsteen. Celui qui m’a le plus impressionné, c’est sans contredit Jeff Scott Soto. Il nous a présenté un extrait de Prophet Song, reprenant toutes les lignes vocales simultanément grâce des effets d’écho et de répétition. C’était identique à la version enregistrée originalement par Queen. Il a poursuivi en faisant chanter la foule sur Save Me. Ce gars-là a une voix tout simplement extraordinaire.

Étrangement, Mike Portnoy ne nous a pas offert de solo rocambolesque, mais sa performance tout au long de la soirée parlait d’elle-même. Depuis son départ de Dream Theater, j’avais l’impression que Mike Portnoy se cherchait. Il s’est produit avec un nombre impressionnant d’artistes et de groupes plus ou moins éphémères et avec des vedettes comme Avenged Sevenfold et Twisted Sister. Il a certainement voulu prouver qu’il n’était pas l’homme d’un seul groupe, mais selon moi, il était à la recherche de son nouveau chez-soi. Je pense que c’est ce qu’il a trouvé avec les Sons of Apollo. On le voit heureux d’être sur scène, partageant la vedette avec d’autres musiciens de son calibre.

Quand le groupe a commencé à jouer Let Me Breathe, je me suis pris à rêver à quoi aurait ressemblé Dream Theater si le groupe avait eu un chanteur avec les moyens de Jeff Scott Soto, mais je me suis rapidement resaisi : les Sons of Apollo sont une bête différente. Ils sont progressifs, oui, mais avec un accent plus important sur le rock et la performance. La comparaison est facile à faire, mais ce serait une erreur. Je pense que ce groupe peut faire de grandes choses et qu’il a déposé les premières pierres de sa fondation avec son excellent premier album.

Le groupe jouait pour la première fois de son histoire en sol canadien hier soir et l’accueil que leur a réservé les Montréalais les a rapidement convaincus de revenir. Même si elle n’était pas très nombreuse, la foule était très vocale. Les gens ont chanté haut et fort à toutes les occasions qui se sont présentées. Soto a interagi avec la foule à de nombreuses reprises, nous faisant faire des vocalises avec lui. Le point fort de cet échange étant la reprise de And The Cradle Will Rock (Van Halen), durant le rappel, où le chanteur est allé se chercher un shooter au bar avant d’entreprendre une tournée de la salle tout en chantant.

Il fallait voir le sourire dans le visage des gens à la sortie de la salle pour comprendre à quel point la soirée a été exceptionnelle. Évidemment, le spectacle était excellent et le groupe a promis de revenir rapidement. Mais, à plusieurs reprises, la communion entre les musiciens et la foule était vraiment hors du commun hier soir et ce sont ces moments-là qui ont allumé le sourire de tous ceux qui ont pu assister au spectacle.

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