29 Avr 2018

Carpenter Brut : critique et photos du spectacle à Montréal (2018)

Il y avait une soirée pas mal spéciale au Théâtre Corona hier : L’artiste du Synthwave Carpenter Brut venait nous présenter son premier album, Leather Teeth. Le groupe montréalais Le Matos était en première partie. 

La salle était assez remplie lorsque Le Matos est entré sur scène. Le duo fait également du Synthwave et des bandes sonores de films. Dès les premières notes, j’ai eu une très forte impression de Tangerine Dream; cette impression ne me quittera d’ailleurs pas de tout leur spectacle. Avec une mise en scène très dépouillée, le groupe misait avant tout sur la musique : pas d’intervention, très peu de pauses. La foule, même si elle était très peu réactive, semblait écouter attentivement. Très atmosphérique, leur musique prêtait très peu aux éclats d’appréciation; ceux-ci sont venus d’ailleurs vers la fin du spectacle, avec la première vraie pause dans la musique. On aurait dit que cette première pause a requinqué la foule, qui s’est mise à danser un peu plus pour les dernières 5-7 minutes du spectacle. Des applaudissements nourris et des sifflements ont accompagné le groupe hors de scène. Personnellement; je pense que l’absence de mise en scène a nui au spectacle. Le côté très atmosphérique de la musique devient lassant après 15 minutes sans véritable stimulus. Ce qu’ils font est excellent comme musique d’ambiance, mais en spectacle, ça passe un peu moins bien selon moi.

Après une trentaine de minutes d’attente, Carpenter Brut est monté sur scène, sous un tonnerre d’applaudissements. La foule était ici pour lui, ça c’était clair dès le départ. C’est avec la pièce titre de son album, Leather Teeth, qu’il a ouvert le bal. Pour laisser toute la place à la musique, les musiciens sont plongés dans le noir; de l’éclairage au plafond et derrière eux, et un grand écran vidéo occupant toute la place.

Dès les premières notes, une chose est claire : la présence de musiciens sur scène est un énorme plus à la musique de Carpenter Brut. Ceux-ci rendent la musique plus concrète, plus ancrée. La musique est d’ailleurs extrêmement entraînante et, accompagnée des séquences vidéo, prend une dimension plus grande que nature. La courte durée de chaque pièce fait que Carpenter Brut nous plonge dans des atmosphères différentes environ aux quatre minutes. Loin d’être déboussolant, ce rythme est parfait; il n’y a pas de longueur et les pièces sont suffisamment diversifiées pour qu’on capte très bien les sensations et les impressions qu’elles transmettent.

Côté mise en scène, nous avons eu droit à la totale : dans la salle un peu partout, des affiches avertissent les gens de l’utilisation de stroboscopes. Ce n’est pas de la frime. L’éclairage du Corona est utilisé comme je l’ai rarement vu : les lumières clignotent, éclairent et des rayons lumineux de couleurs vives balaient la salle dans tous les sens. Ils n’arrêtent que pour laisser la place à l’écran, qui présente des séquences vidéo absolument délicieuses. Des pastiches de films d’horreur, de films d’action, de shock films des années 70 et 80. Il faut voir la bande-annonce de Meet Matt Stryker, l’homme-tronc qui fait du karaté et se promène en fauteuil roulant modifié et équipé de toutes sortes d’armes. Absolument incroyable. Carpenter Brut nous offre véritablement une expérience multisensorielle très poussée.

Ce qui est remarquable est que la musique de Carpenter Brut réussit le tour de force de rassembler les amateurs de musique électronique et les métalleux. Voir une foule rassemblant des participants à ÎleSoniq et à Heavy Montréal, c’est une première pour moi. C’est ce qui fait que la musique de Carpenter Brut est tellement spéciale. C’est du synthwave avec une approche très métal : des sonorités électroniques, mais organiques; brutales, mais entraînantes. C’est un mélange tout à fait unique qui a plu énormément à la foule compacte rassemblée au Corona. Le spectacle a passé très rapidement; j’en aurais voulu plus, beaucoup plus. Et je ne suis pas le seul. Partout autour de moi, les gens semblaient reprendre conscience après un rêve éveillé particulièrement agréable. Il fallait voir les gens hurler en cœur les paroles de Maniac (de la bande sonore de Flashdance), pour comprendre un peu toute la portée du phénomène.

Si vous n’étiez pas parmi les chanceux qui étaient dans la salle hier soir, Carpenter Brut sera le samedi 4 août à Osheaga cet été. Je ne sais pas si l’expérience sera aussi grandiose sur une scène extérieure, en plein jour, mais une chose est certaine, c’est impossible de s’ennuyer dans un spectacle de Carpenter Brut. Allez-y! Laissez-vous emporter dans son univers. Vous ne le regretterez pas.

Lu 804 fois Dernière modification le dimanche, 29 avril 2018 13:06
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